Aujourd’hui encore, il est plutôt rare de voir une femme diriger un orchestre. La profession commence néanmoins à se féminiser, grâce notamment au talent et à l’obstination de quelques-unes qui ont su vaincre des préjugés pourtant tenaces. Zahia Ziouani en fait partie. Fille d’immigrés algériens ayant grandi en Seine Saint-Denis, rien ne la prédisposait à devenir l’une des étoiles montantes de la direction d’orchestre. Rien sinon un immense talent, une sacrée carapace, une confiance inébranlable, une capacité hors normes à transmettre, à fédérer et à mener à bien des projets ambitieux…


Aujourd’hui, Zahia Ziouani est solidement installée dans le paysage musical français. A la tête de Divertimento, l’orchestre qu’elle a créé alors qu’elle était encore toute jeune, elle incarne mieux que quiconque une génération de femmes prêtes à s’affirmer haut et fort, envers et contre tout s’il le faut.
De la Seine-Saint-Denis aux plus grandes scènes internationales
Des HLM de Pantin à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris en 2024, son parcours est aussi singulier qu’inspirant.
C’est à tel point vrai qu’elle est aussi l’héroïne d’un film sorti en 2022, Divertimento. Et voilà qu’elle arrive au Vietnam pour deux concerts exceptionnels à Hanoï (11 avril) et Hô Chi Minh-Ville (19 avril), dans le cadre d’une tournée organisée par l’Institut Français du Vietnam.
« La maestra du 9-3 », comme on la surnomme parfois, est née dans une famille de mélomanes. Très jeune, elle découvre la musique dite « classique » et avec sa sœur jumelle (Fettouma, violoncelliste de son état), elle fait du conservatoire de Pantin, où elle réside, une sorte de « seconde maison ». Guitare, alto… Très vite, la jeune fille manifeste un intérêt évident pour la musique d’ensemble et pour cette formidable machine à faire de la musique qu’est l’orchestre symphonique… Mais orchestre pour orchestre, c’est en chef(fe) d’orchestre qu’elle se projette, qu’elle se rêve : il faut dire qu’elle possède une autorité naturelle et une capacité à fédérer qui pour le coup, sont autant de cadeaux des fées…
C’est vers l’âge de 17 ans que son parcours atypique va connaître un accelerando-crescendo des plus marquants, avec notamment une rencontre décisive, celle de Sergiu Celibidache, véritable légende vivante de la direction d’orchestre s’il en est…
L’enseignement du maestro roumain, Zahia Ziouani ne va pas pouvoir en profiter très longtemps. C’est en effet un homme arrivé au crépuscule de sa vie qui accepte ainsi de la prendre sous son aile : le temps de lui inculquer, outre une technique très sûre, une exigence et une détermination qui vont devenir sa marque de fabrique.
« Pas un métier pour les femmes ! »
Et de la détermination, il en faudra, à Zahia Ziouani, pour continuer à croire en sa bonne étoile.
« Ce n’est pas un métier pour les femmes ! ».
Combien de fois devra-t-elle entendre ce genre d’anathème ?
Mais Zahia Ziouani est de celles qui tracent leur route et qui puisent leur énergie dans les obstacles qu’elles rencontrent. Le milieu musical ne veut pas d’elle ? Qu’à cela ne tienne! À 20 ans, elle crée son propre orchestre, Divertimento, en misant sur une rencontre qui déjoue tous les préjugés : celle de la musique dite « classique », réputée élitiste, et du public de Seine Saint-Denis, laissé en marge… Débute alors une aventure artistique et sociale sans précédent, menée avec une conviction et une énergie qui forcent l’admiration.
Au fil des années, Zahia Ziouani va sortir de l’ombre et s’imposer comme une figure majeure de la vie musicale française. Si elle devient la coqueluche des médias, Divertimento, son orchestre, va quant à lui devenir le symbole d’une mixité sociale et culturelle brandie en étendard, un orchestre qui aura donc eu l’insigne honneur d’être choisi pour jouer La Marseillaise lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris en 2024, en mondovision.
Une cheffe d’orchestre qui bouscule les codes
Aujourd’hui, Zahia Ziouani est « la » cheffe d’orchestre par excellence, celle qui a su s’imposer dans un milieu éminemment masculin par la force de son talent et d’une conviction inébranlable. C’est de ce parcours unique en son genre que s’inspire le scénario de Divertimento, un long métrage de Marie-Castille Mention-Schaar sorti en 2022. Si le film n’est pas complètement fidèle à la réalité, comme par exemple sur la rencontre avec Celibidache, il nous raconte bel et bien l’histoire d’une adolescente de banlieue qui doit se battre contre vents et marées pour réaliser ses rêves…
C’est donc précédée d’une renommée désormais internationale que Zahia Ziouani s’apprête à débarquer au Vietnam où elle est attendue pour deux concerts exceptionnels à la tête de l’orchestre symphonique national du Vietnam (11 avril, Hanoï), puis de l’orchestre de l’opéra d’Hô Chi Minh-Ville (19 avril, Hô Chi Minh-Ville).

Deux concerts, deux programmes : un pour Hanoï, avec une symphonie de Haydn (la 92e « Oxford »), la Petite suite de Debussy et les Suites 1 et 2 de Carmen de Bizet, et un autre pour Ho Chi Minh-ville, avec une œuvre de Tran Manu Hung, le concerto pour piano en sol majeur de Ravel (soliste : Luu Hong Quan), La mer de Debussy et le Boléro de Ravel. A noter également des projections du film Divertimento suivies de rencontres et des interventions à l’Académie nationale de musique du Vietnam à Hanoï et au conservatoire de Ho Chi Minh-ville.
Pour de plus amples informations :
- https://ifv.vn/fr/evenement/zahia-ziouani-lorchestre-national-symphonique-du-vietnam/#/
- Sur l’orchestre Divertimento : https://www.orchestre-divertimento.com/
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