Édition internationale

Isabelle Marteau Fages : accueillir les Français et francophones avec Saigon Accueil

À la tête de Saigon Accueil depuis septembre 2024, Isabelle Marteau Fages s’engage au quotidien pour accompagner les Français et francophones installés à Ho Chi Minh-Ville. Arrivée au Vietnam il y a deux ans, elle a rapidement pris la présidence de l’association, avec la volonté de renforcer son rôle d’accueil et de lien au sein de la communauté.

Isabelle Marteau Fages : au service des Français avec Saigon AccueilIsabelle Marteau Fages : au service des Français avec Saigon Accueil
Isabelle Marteau Fages : avec Saigon Accueil
Écrit par Enora Magne
Publié le 9 avril 2026

Dans cette interview, elle présente les missions de Saigon Accueil, ses nombreuses activités et les actions mises en place pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. Elle revient également sur les enjeux de l’expatriation au Vietnam et sur l’importance de créer un véritable réseau de solidarité entre francophones.

LPJ : Pouvez-vous vous présenter ? Depuis combien de temps êtes-vous au Vietnam et à la présidence de Saigon Accueil ?

Isabelle Marteau Fages :

Cela fait deux ans que je suis arrivée au Vietnam.  J’ai pris la présidence de Saigon Accueil dès mon arrivée, en septembre 2024.

 

Isabelle Marteau Fages
Isabelle Marteau Fages

 

J’arrivais de Colombie, où je travaillais dans une entreprise de conseil à l’international. J’ai suivi mon mari au Vietnam. Mon parcours compte une vingtaine d’années dans l’accompagnement des entreprises françaises à l’international.

J’ai 55 ans, deux enfants, et une trajectoire très internationale depuis une vingtaine d’années. J’ai vécu et travaillé dans de nombreux pays, et j’ai notamment réalisé un tour du monde à la voile.

Parcours et arrivée au Vietnam

LPJ : Aviez-vous un attrait particulier pour l’Asie ?

Pour être franche, je suis très attachée à l’Amérique latine : j’ai vécu au Mexique, au Venezuela, en Colombie, à Cuba… L’Asie n’était pas une destination que je visais particulièrement. Cette installation s’est faite davantage par opportunité professionnelle et familiale mais je suis aujourd’hui ravie de découvrir le Vietnam.

LPJ : Ces expériences vous ont-elles poussé à prendre la présidence de Saigon Accueil ?

J’ai toujours travaillé à l’international, notamment comme directrice pays. En arrivant à Ho Chi Minh-Ville, je savais que je ne pourrais pas occuper le même type de poste dans mon entreprise, et je cherchais donc une nouvelle activité.

En tant qu’expatriée, je me suis souvent tournée vers des associations d’accueil, qui sont essentielles pour s’intégrer, rencontrer du monde et obtenir des conseils du quotidien. J’ai rencontré les équipes de Saigon Accueil au moment où la présidente partait. Je souhaitais d’abord m’engager comme bénévole, puis, de fil en aiguille, la présidence m’a été proposée. J’ai saisi cette opportunité, qui m’a beaucoup occupée la première année, avec de nombreux défis à relever : restructurer les équipes, réactiver nos partenaires, relancer certaines activités et en créer de nouvelles.

L’association Saigon Accueil

LPJ : Pouvez-vous présenter l’association, sa création et ses objectifs ?

Saigon Accueil est une association à but non lucratif créée il y a 32 ans. Elle fait partie du réseau FIAFE (Fédération internationale des accueils français et francophones à l’étranger). Sa mission est d’accueillir les Français et francophones qui s’installent à Saigon, de faciliter leur intégration et de créer du lien social.

 

Événement de Saigon Accueil à HCM Ville
Événement de Saigon Accueil à HCM Ville

 

Pour cela, nous organisons plus de 200 rendez-vous par an : cafés-rencontres, visites culturelles, marches, ateliers créatifs, cours de langues ou de cuisine, activités sportives/ bien-être, jeux de société, ainsi que de grands événements festifs comme Noël, la galette des rois, la chandeleur et récemment la fête du printemps. Nous avons aussi un pôle caritatif et nous menons des actions en lien avec d'autres associations comme les Enfants du Dragon et Français du Monde par exemple.

LPJ : Combien de personnes participent à ces événements ?

Nous comptons environ 300 adhérents, avec des inscriptions individuelles ou familiales. Il s’agit principalement de familles expatriées, de nomades digitaux, de retraités ou d’auto-entrepreneurs.

En moyenne, une cinquantaine de personnes participent à nos grands événements.

Fonctionnement et financement

LPJ : Comment financez-vous ces activités ?

Nous ne recevons pas de subventions directes. Les adhérents paient une cotisation annuelle : 600 000 dongs (environs 20 euros) pour une adhésion individuelle et 1 200 000 dongs (environs 40 euros) pour une famille.

Cette contribution permet d’accéder gratuitement à la majorité des événements. Certains événements plus importants nécessitent une participation supplémentaire, mais elle reste modérée. Par ailleurs, nous bénéficions de revenus publicitaires pour financer notre magazine L’Écho des Rizières.

Vie au Vietnam et différences culturelles

LPJ : Quelles sont, selon vous, les principales différences culturelles entre Français et Vietnamiens ?

Avec seulement deux ans de recul, mon observation reste limitée. Mais je dirais qu’il existe une différence notable dans le rapport au temps et à la communication.

En France, la communication est souvent directe, alors qu’au Vietnam, on privilégie l’harmonie sociale et la “sauvegarde de la face”. Le respect de la hiérarchie et des aînés est également très important.

LPJ : Les nouveaux arrivants vivent-ils des chocs culturels ?

Oui, certains peuvent vivre de véritables chocs culturels. Selon moi, l’Asie, et le Vietnam en particulier, suscite souvent des réactions tranchées : on aime ou on n’aime pas.

La vie y est très intense, avec une forte pollution sonore et atmosphérique, un trafic dense et une humidité marquée. Le choc est souvent sensoriel.

Attractivité du Vietnam

LPJ : Quels sont les avantages d’une expatriation au Vietnam ?

Le dynamisme économique est un atout majeur, tout comme la sécurité au quotidien. Venant d’Amérique latine, je peux dire que c’est un vrai confort, notamment pour les familles.

La gastronomie est également très riche, les habitants accueillants, et c’est un pays où beaucoup de choses sont possibles pour ceux qui ont de l’énergie et des projets.

LPJ : La communauté française est-elle bien implantée ?

La communauté française est très implantée à Saigon avec de nombreux entrepreneurs français, près de 250 filiales françaises, des VIE…

La communauté est très dynamique. Le Consulat Général de France à Saïgon et à l’Institut Français du Vietnam font un travail remarquable pour le développement et le maintien de la langue française au Vietnam. La présence française est aussi forte dans la gastronomie, avec de nombreux chefs installés au Vietnam. 

L’Écho des Rizières

LPJ : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre magazine ?

L’Écho des Rizières est un magazine en couleur de 65 pages, publié trois fois par an (avril, août et décembre). Il est réalisé par un comité de rédaction bénévole.

 

Magazine L'Écho des Rizières
Magazine L'Écho des Rizières

 

À l’origine bulletin de liaison des français de Saigon il y a 50 ans, il est devenu un magazine complet abordant l’actualité locale, la santé, le voyage, la gastronomie, les traditions vietnamiennes et des retours d’expérience. Il inclut également des offres de 25 annonceurs et 140 partenaires auprès desquels nos adhérents peuvent bénéficier d’avantages exclusifs. Tiré à 1.500 exemplaires, il est disponible en version papier et numérique dans plus de 100 points à Saigon.

Nouveaux projets et défis

LPJ : Un nouveau pôle vient d’être relancé, pouvez-vous nous en parler ?

Saigon Accueil Pro a été relancé en janvier après six mois d’arrêt. Il s’agit d’un réseau destiné à favoriser l’entraide entre francophones porteurs de projets à Ho Chi Minh-Ville.

Il permet aux salariés et aux entrepreneurs d’échanger, de développer leurs projets et de bénéficier de l’expérience d’autres expatriés, avec l’intervention de bénévoles et d’experts extérieurs.

LPJ : Quels sont les principaux défis de l’association ?

Le principal défi reste le manque de ressources humaines, notamment de bénévoles, pour diversifier davantage les activités et toucher de nouveaux publics, comme les jeunes et les salariés en proposant plus d’activités en soirée.

Le renouvellement des bénévoles est difficile, car les expatriés sont souvent très occupés. Nous devons nous adapter en proposant davantage d’activités en soirée ou le week-end, mais avec une équipe d’environ 32 bénévoles, cela reste complexe.

LPJ : Existe-t-il un esprit de solidarité entre Français à Ho Chi Minh-Ville ?

Oui, il est très présent, notamment dans des quartiers comme Thao Dien, où l’on retrouve un véritable esprit de  village.

Cette solidarité est essentielle face au décalage culturel important entre l’Asie et l’Europe, et elle joue un rôle clé dans l’intégration des nouveaux arrivants.

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