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GAO XINGJIAN - Le Nobel de Littérature expose sa peinture à Aberdeen

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Le célèbre auteur et dramaturge chinois, exilé en France depuis 1988, également peintre de renommée mondiale, présente une sélection de ses toiles à la Galerie Alisan Fine Art à Aberdeen. L'exposition Layers of Light, Ink in mind, qui se déroule dans le cadre du French May est prolongée jusqu'à la fin du mois de juillet.

 

Gao Xingjian???,On the Shore??,2016,Encre de Chine sur papier de riz ????,91x154.5cm

Alisan Fine Art, qui fête cette année ses 35 ans, est l'une des galeries hongkongaises les plus connues et les plus emblématiques. Dès ses débuts, elle a offert une place particulière aux peintres chinois en exil naviguant entre plusieurs cultures, ainsi qu'aux artistes français. La rencontre avec Gao Xingjian était donc évidente. L'artiste y expose aujourd'hui pour la septième fois ! Une rétrospective qui vient célébrer une collaboration qui a vu le jour au milieu des années 1990, avant que le prix Nobel de Littérature, reçu en 2000, ne mette résolument en lumière sur la scène mondiale cet artiste protéiforme.

Voyage en confluence artistique

La galerie Alisan est aujourd'hui installée à Aberdeen, quartier devenu l'un des écrins undergrounds d'une scène artistique en pleine expansion, au 23ème étage d'un immeuble industriel. Et c'est déjà une expérience en soi que de longer le marché au poisson, jusqu'à cet immense bâtiment, sis entre une autoroute et l'entrée du port, de prendre l'un des ascenseurs-monte-charge avant d'emprunter le long couloir qui mène à la petite salle d'exposition.

Douze peintures de Gao Xingjian en ornent les murs. Toutes en noir et blanc, représentant majoritairement des clairs de lune ou des silhouettes esseulées, très épurées, qui attrapent instantanément le regard. La lumière se module dans les nuances de gris. Entre abstraction et figuration, la contemplation oscille entre images conscientes et subconscientes. Une invitation à la méditation. On devine autant que l'on suppose. L'artiste laisse d'ailleurs courir ses pinceaux sur sa page blanche sans idées préétablies. Il ressent avant de peindre.

Encre chinoise et dimension occidentale

Gao Xingjian a ainsi toujours usé de la calligraphie et de l'encre de Chine. S'il s'est essayé un temps à la toile, la majorité des ?uvres sont ici des ?uvres sur papier. Il n'est pourtant pas question de rouleau, comme dans l'art traditionnel chinois. Le format est plutôt occidental. En termes de rétrospective, la collection ne présente pas vraiment d'évolution de l'?uvre mais différents travaux qui témoignent de motifs récurrents. Un style général. Comme l'absence de lignes précises qui va à l'encontre du style chinois. Difficilement classable donc. Mais, le peintre refuse de se positionner dans un discours d'identité. « A la fin du jour, je suis chinois. Je suis habitué à l'expression en deux dimensions de la peinture traditionnelle chinoise et je suis grandement attiré par la profondeur de la peinture occidentale » 

Révolution culturelle, création et exil

Né en 1940, en Chine, Gao Xingjian voulait être peintre, s'inscrire aux Beaux-Arts, mais sa mère, actrice, lui préfère une carrière de traducteur. Il obtient ainsi un diplôme de français à l'Institut des Langues Etrangères de Pékin et traduit les ?uvres d'Eugene Ionesco et de Samuel Beckett qui seront pour lui des inspirations majeures.

Lors de la Révolution culturelle, Gao est envoyé durant six ans en camp de rééducation à la campagne. Il n'est autorisé à voyager en Europe qu''après la mort de Mao Tse-Tung (1976), en 1979. A son retour en Chine, il publie des nouvelles, des pièces de théâtre et des essais en Chine et réussit un temps à contourner la censure mais ses ?uvres, avant-gardistes et subversives, finissent par attirer les foudres du Parti communiste. En 1987, il est contraint à l'exil et s'installe en France, dont il obtient la nationalité à la fin des années 1990. 

La peinture, au-delà des limites de l'écriture

L'auteur du chef d'?uvre la Montagne de l'âme, voyage initiatique, réflexion poétique sur la Révolution culturelle, obtient son Nobel de Littérature en 2000 « pour une ?uvre marquée d'une amère prise de conscience et d'une ingéniosité langagière qui a ouvert des voies nouvelles à l'art du roman et du théâtre chinois ».  Mais quelques unes de ses pièces de théâtre sont directement écrites dans sa langue d'adoption, le français. Sa littérature, comme sa peinture, est hybride. Elle est surtout très personnelle, ,. Sa peinture, quant à elle, vient après les mots, comme Gao le dit lui-même dans son essai Pour une autre esthétique : « Revenir à la peinture, c'est se libérer des verbiages, rendre les concepts au langage, c'est peindre là où le langage ne suffit plus, commencer à peindre là même où l'on a fini de parler. »

Johana Burloux (www.lepetitjournal.com/hong-kong) vendredi 8 juillet 2016

Crédit photo Henry Chan viia Wikimedia Commons

Infos pratiques :

"Layers of Light, Ink in mind" jusqu'au 30 juillet
Alisan Fine Art
2305 Hing Wai Centre, 7 Tin Wan Praya Road, Aberdeen, Hong Kong
Du Lundi au Samedi de 10h30 à 17h30. Fermé le dimanche et les jours fériés

http://www.alisan.com.hk/en/index.php

 

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