Alors que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) vient de signer à Washington un accord avec l’Organisation des États américains (OEA - OAS en anglais) pour former des diplomates au français, l’initiative met en lumière une réalité souvent ignorée : la Francophonie est également présente dans les grandes institutions interaméricaines. Comment s’inscrit-elle dans cet espace diplomatique dominé par l’espagnol et l’anglais ?


Une organisation continentale née au XIXᵉ siècle
L’Organisation des États américains (Organization of American States - OAS) est la plus ancienne organisation régionale du monde. Ses origines remontent à la Première Conférence internationale américaine, tenue à Washington entre 1889 et 1890, qui posa les bases d’un système de coopération entre les pays du continent.
L’institution actuelle est officiellement créée en 1948 avec la signature de la Charte de Bogota, entrée en vigueur en 1951. Elle rassemble aujourd’hui les 35 États indépendants des Amériques, du Canada au Chili en passant par les Caraïbes.
Au fil des décennies, la Charte fondatrice a été adaptée par plusieurs protocoles afin d’accompagner l’évolution politique et institutionnelle du continent.
La mission de l’OEA est clairement définie : promouvoir un ordre de paix et de justice, renforcer la coopération entre les États membres et défendre leur souveraineté, leur intégrité territoriale et leur indépendance.
Une tribune politique pour l’ensemble du continent
Aujourd’hui, l’OEA constitue la principale enceinte diplomatique interaméricaine. Elle intervient sur des questions politiques, juridiques, sociales et économiques touchant l’ensemble du continent.
Son action repose sur quatre grands piliers : la démocratie, les droits de l’homme, la sécurité et le développement.
L’organisation joue notamment un rôle important dans l’observation électorale, la médiation politique, la coopération juridique et les programmes de développement. Elle dispose également d’un réseau international élargi : 70 États et l’Union européenne bénéficient du statut d’observateur permanent.
Installé à Washington, son siège est devenu au fil du temps un véritable carrefour diplomatique pour les Amériques.
Une Francophonie bien présente dans les Amériques
Dans cet espace continental, la Francophonie n’est pas absente. Plusieurs États membres de l’OEA sont également membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, à commencer par le Canada et Haïti, mais aussi plusieurs pays des Caraïbes où le français ou le créole sont présents.
À Washington, cette réalité s’incarne notamment dans le Groupe des ambassadeurs francophones, qui rassemble les diplomates attachés à la promotion du français dans les organisations internationales.
Dans un environnement largement dominé par l’espagnol et l’anglais, la présence francophone constitue ainsi un espace de dialogue linguistique et diplomatique.

L’OIF, partenaire extérieur mais actif
L’Organisation internationale de la Francophonie ne fait pas partie de la structure institutionnelle de l’OEA. Elle intervient toutefois comme partenaire de coopération, notamment dans le domaine de la formation diplomatique et de la promotion du multilinguisme.
L’accord signé récemment à Washington s’inscrit dans cette logique. Il prévoit la formation de soixante fonctionnaires de l’OEA et diplomates du Groupe des ambassadeurs francophones au français des relations internationales.
Au-delà de l’apprentissage linguistique, l’objectif est de favoriser un environnement de travail réellement multilingue au sein des institutions internationales.
Une Francophonie qui dialogue avec les organisations régionales
Cette coopération illustre une stratégie plus large portée par l’OIF : renforcer les liens avec les grandes organisations régionales afin d’y promouvoir la diversité linguistique et culturelle.
Dans les Amériques, où se croisent plusieurs traditions diplomatiques et linguistiques, la Francophonie apparaît ainsi comme une passerelle entre espaces multilatéraux.
La formation de diplomates au français n’est donc pas seulement un enjeu linguistique. Elle participe aussi à la construction d’un dialogue continental où la pluralité des langues reste un vecteur essentiel de coopération internationale.
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