Édition internationale

À New York, une Alliance française qui revendique une francophonie plurielle

Présidente et CEO de L’Alliance New York, Tatyana Franck revient sur l’identité, la mission et le modèle d’une Alliance qui assume pleinement sa mue, entre héritage historique et francophonie contemporaine.

Tatyana Franck, présidente et CEO de L’Alliance New YorkTatyana Franck, présidente et CEO de L’Alliance New York
Tatyana Franck, présidente et CEO de L’Alliance New York - Photo L’Alliance New York
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 1 février 2026, mis à jour le 2 février 2026

 

 


 

« Nous ne sommes pas seulement une Alliance française, nous sommes une Alliance francophone » -  Tatyana Franck


 

Le changement de nom, acté récemment, n’est pas anodin. Pour Tatyana Franck, il marque un positionnement assumé. « Quand je suis arrivée, il y avait un vrai besoin de clarté. FIAF était une marque historique forte, mais elle ne racontait plus complètement ce que nous faisions. Aujourd’hui, L’Alliance New York dit exactement qui nous sommes. »

 

FIAF : French Institute Alliance Française
L’Alliance Française a été fondée en 1898
Le Museum of French Art French Institute est né en 1911
Les deux entités ont fusionné en 1972
Elles ont adopté le nom FIAF
Et depuis 2024, L’Alliance New York

 

Fondée en 1898, l’institution est le fruit d’une histoire singulière, marquée par la coexistence puis la fusion, en 1972, avec le French Institute, créé en 1911.  « Nous sommes nés de cette fusion entre l’éducation et la culture. Ma vision est de faire vivre cette double identité, mais en l’ouvrant pleinement à toutes les cultures francophones. » explique la présidente.

La francophonie, chez elle, n’est jamais réduite à un cadre institutionnel. « Ce qui m’intéresse, c’est la circulation entre les pays francophones, les artistes, les idées. New York est un carrefour mondial : c’est ici que ces dialogues prennent tout leur sens. »


 

L'Alliance New-York

 

 

Un lieu new-yorkais, pensé comme un outil culturel

Installée à deux pas de Central Park, L’Alliance New York occupe un bâtiment Beaux-Arts de huit étages. Un héritage, certes, mais surtout un levier. « Ce bâtiment n’est pas une vitrine. C’est un outil. Il nous permet d’accueillir des publics très différents et de faire coexister une école de langue, un théâtre, une bibliothèque, des expositions, des festivals. » souligne  Tatyana Franck.

Théâtre Florence Gould, auditorium, galerie, skyroom, bibliothèque et salles de classe composent un ensemble rare à Manhattan. « Nous sommes profondément new-yorkais. Notre programmation, nos publics, nos artistes sont en prise directe avec la ville. »

 

La langue seule ne suffit plus

Si l’enseignement du français reste un pilier — plus de 6 000 apprenants par an, de la petite enfance aux adultes —, Tatyana Franck revendique une approche élargie.
« Aujourd’hui, apprendre une langue ne se résume pas à une grammaire. Ce sont les cultures, les récits, les artistes qui donnent envie de s’y plonger. »

C’est dans cet esprit que L’Alliance New York développe une programmation culturelle dense : cinéma hebdomadaire, arts visuels, performances, débats, et trois grands festivals internationaux.

 

« Nous voulons être un lieu de création et de découverte, pas seulement de transmission académique. »

 

Un modèle économique assumé, fondé sur l’indépendance

Interrogée sur le fonctionnement financier de l’institution, la présidente précise que « Nous sommes une institution américaine indépendante à but non lucratif ».  Avec un budget annuel d’environ 15 millions de dollars, L’Alliance New York repose sur un modèle équilibré, typique du contexte culturel américain. « Environ 40 % de nos revenus proviennent du centre de langues, c’est-à-dire des cours de français. C’est fondamental : cela garantit notre autonomie. »

À cette base s’ajoutent les activités culturelles et le mécénat.  « Un peu plus de 40 % viennent de la levée de fonds et de la philanthropie, ce qui est essentiel aux États-Unis. Les locations d’espaces représentent autour de 15 %, et la billetterie reste volontairement marginale. »

Un modèle qui, selon Tatyana, impose rigueur et créativité  « Ce système demande une exigence permanente, mais il offre aussi une grande liberté artistique. »

 

Le conseil d'administration de L'Alliance New-York
Le conseil d'administration de L'Alliance New-York

 

 

Une gouvernance à l’image de la francophonie

Cette vision se reflète également dans la composition du conseil d’administration.
« Notre board est très francophile, mais surtout très divers. Il rassemble des profils venus de Tunisie, du Canada, de pays francophones d’Afrique. Cette diversité n’est pas seulement symbolique : elle structure nos choix. »

 

 

L'Alliance New-York

 

 

Faire circuler une forme de joie de vivre 

Quand on lui demande de résumer la mission de L’Alliance New York, Tatyana Franck répond sans hésiter « Notre rôle, c’est de faire circuler une forme de joie de vivre. Pas quelque chose de superficiel, mais une énergie, une curiosité, un désir de rencontre. »

Une philosophie incarnée par des événements emblématiques, comme le Bastille Day, qui rassemble chaque année plus de 50 000 personnes à New York.  « Ce n’est pas une fête communautaire. C’est un moment new-yorkais, ouvert, populaire, où la culture française et francophone dialogue avec la ville. » nous explique-t-elle.


 


 

Une francophonie sans centre ni périphérie

Pour la présidente, la francophonie ne peut être figée. « La francophonie n’est pas un bloc homogène. Elle est multiple, mouvante, parfois contradictoire. C’est précisément ce qui la rend vivante. »

À New York, L’Alliance New York entend être un lieu où ces voix se rencontrent.
« Si nous ne sommes pas un espace de liberté culturelle et intellectuelle, alors nous perdons notre raison d’être. »

 

New York comme terrain d’expression de la francophonie

À travers la parole de sa présidente, L’Alliance New York apparaît comme un organisme vivant, attentif à son époque. Une institution qui pose une question simple, mais essentielle : quelle place la culture francophone peut-elle occuper, aujourd’hui, dans une métropole mondiale comme New York ?

 

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