Édition internationale

Radio-Canada étend son réseau mondial, mais l’Afrique reste en attente

Pékin, Jérusalem, Los Angeles, Mexico, bientôt une capitale européenne… En dévoilant un ambitieux plan d'expansion de son réseau international, CBC/Radio-Canada précise le rôle de chacun de ses futurs bureaux. Sauf pour l'Afrique. Le continent est bien mentionné, mais sans ville, sans calendrier et sans moyens annoncés, alors même que les relations entre le Canada et les pays africains connaissent une accélération discrète mais bien réelle.

Radio-Canada / CBC bientôt en Afrique ?Radio-Canada / CBC bientôt en Afrique ?
L'ouverture annoncée d'une future implantation de CBC/Radio-Canada en Afrique relance la question de la couverture permanente des réalités africaines par les médias canadiens. Illustration LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 24 juillet 2026, mis à jour le 26 juillet 2026

 

 

CBC/Radio-Canada vient d’annoncer l’une des plus importantes expansions récentes de son réseau international. Au cours des deux prochaines années, le diffuseur public canadien installera des journalistes à Pékin, Jérusalem, Los Angeles et Mexico, tandis qu’un cinquième bureau doit ouvrir dans une ville européenne encore à déterminer.

L’Afrique figure également dans le communiqué publié le 16 juillet, mais selon des modalités beaucoup moins précises. Aucun pays, aucune ville et aucun calendrier ne sont annoncés. CBC/Radio-Canada indique seulement qu’une présence permanente y sera « bientôt » établie, après des déploiements plus fréquents de ses équipes sur le continent.

Cette différence de traitement interroge au moment où le Canada cherche précisément à renforcer ses relations politiques, économiques et humaines avec l’Afrique.

 

CBC News et Radio-Canada : deux rédactions, un même diffuseur public

Le diffuseur public canadien est officiellement CBC/Radio-Canada. Il regroupe deux grands réseaux nationaux qui partagent une même gouvernance, mais disposent de leurs propres rédactions. CBC signifie Canadian Broadcasting Corporation.

CBC News produit l'information en anglais pour l'ensemble du Canada anglophone, tandis que Radio-Canada Info s'adresse au public francophone. Les deux services couvrent souvent les mêmes grands événements internationaux, mais avec leurs propres journalistes, leurs choix éditoriaux et leurs productions.

À l'étranger, certaines implantations sont communes, tandis que d'autres accueillent des correspondants propres à l'une ou l'autre rédaction. Les journalistes peuvent également collaborer ponctuellement, notamment lors de grands événements internationaux.

L'annonce du 16 juillet concerne donc l'ensemble de CBC/Radio-Canada. Les nouveaux bureaux et les renforts annoncés bénéficieront, selon les besoins, aux équipes anglophones, francophones ou aux deux.

 

 

Cinq implantations clairement définies

Pour chacune des nouvelles implantations annoncées, CBC/Radio-Canada avance une justification stratégique.

Le retour à Pékin doit permettre au diffuseur de suivre une puissance mondiale dont les décisions influencent directement l’économie et la politique internationale. La réouverture d’un bureau à Jérusalem vise à renforcer la couverture du Moyen-Orient. Los Angeles complétera les implantations déjà établies à New York et Washington, tandis que Mexico deviendra un point d’appui pour suivre l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

En Europe, le choix de la ville reste à faire, mais le mandat est déjà précisé : compléter le travail des bureaux de Londres et Paris et accompagner le rapprochement de CBC/Radio-Canada avec les diffuseurs publics européens.

Pour l’Afrique, la formulation demeure beaucoup plus générale. Le continent n’apparaît pas parmi les cinq nouveaux bureaux annoncés, même si le diffuseur affirme vouloir y établir ultérieurement une présence permanente.

 

La chaîne YouTube de CBC News (en anglais).
La chaîne YouTube de CBC News (en anglais).

 

Un continent encore couvert depuis l’extérieur

Radio-Canada Info et CBC News disposent actuellement de sept bureaux permanents à Istanbul, Londres, Mumbai, Taipei, New York, Paris et Washington.

Le réseau ne compte donc aucune implantation permanente en Afrique, malgré les nombreuses crises politiques et humanitaires, les transformations économiques, les mouvements migratoires et les débats démocratiques qui traversent le continent.

Cette absence ne signifie pas que l’Afrique est ignorée par les équipes canadiennes. CBC/Radio-Canada souligne que ses journalistes se sont rendus dans 65 pays au cours de la dernière année. Les envoyés spéciaux permettent de couvrir les grands événements, mais ils ne remplacent pas nécessairement une présence durable, capable de suivre les sociétés au-delà des crises et de développer des sources sur le long terme.

La question n’est donc pas seulement quantitative. Elle concerne aussi la manière dont le continent est raconté : depuis quels lieux, avec quelles connaissances du terrain et selon quelles priorités éditoriales.

 

La chaîne YouTube de Radio-Canada Info (en français).
La chaîne YouTube de Radio-Canada Info (en français).

 

 

Le Canada redéfinit pourtant sa relation avec l’Afrique

Le caractère encore flou de l’annonce contraste avec l’évolution récente de la politique africaine du Canada.

Depuis le lancement de sa Stratégie pour l’Afrique en mars 2025, Ottawa cherche à rapprocher diplomatie, développement international, commerce et sécurité. Le gouvernement fédéral ne présente plus seulement sa relation avec le continent sous l’angle de l’aide humanitaire, mais évoque désormais les investissements, les chaînes d’approvisionnement, l’emploi des jeunes et la « prospérité partagée ».

Cette réorientation reste progressive. Les échanges entre le Canada et l’Afrique représentent encore environ 1 % du commerce extérieur canadien, mais ils auraient progressé de près de 30 % depuis 2020. Le Service des délégués commerciaux disposait en 2025 de 53 représentants répartis dans une vingtaine de bureaux africains.

Sur le terrain diplomatique, économique et humanitaire, plusieurs pays occupent une place croissante.

Le Nigeria est devenu l’un des partenaires fédéraux les plus visibles, avec des coopérations portant sur la santé, l’entrepreneuriat féminin, la croissance verte, le numérique et la gouvernance. Le Kenya demeure un point d’entrée important en Afrique de l’Est, tandis que le Canada a engagé plus de 120 millions de dollars supplémentaires pour répondre à la crise au Soudan et dans les pays voisins.

Ces relations ne relèvent donc plus seulement de situations ponctuelles. Elles constituent progressivement un axe identifiable de la politique internationale canadienne.

 

L’Afrique francophone au cœur des nouveaux liens

Pour Radio-Canada, la question comporte également une dimension francophone.

Une grande partie de la croissance démographique mondiale du français se joue en Afrique. Le continent rassemble des sociétés très diverses, où la langue française cohabite avec de nombreuses langues nationales et accompagne des échanges culturels, économiques, universitaires et migratoires de plus en plus soutenus avec le Canada.

Le Québec dispose déjà d’une Délégation générale à Dakar et présente l’Afrique comme un espace prioritaire pour la Francophonie, la jeunesse, l’économie et la coopération. Les engagements récents demeurent toutefois moins nombreux que ne le laisseraient supposer les discours officiels.

Le Nouveau-Brunswick a, de son côté, signé en février 2026 un protocole de coopération avec la Tunisie portant sur l’éducation, la mobilité professionnelle, la jeunesse, l’économie, la culture et les affaires maritimes. La province entretient également des accords avec le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Maroc.

D’autres provinces abordent le continent sous un angle essentiellement commercial. L’Ontario développe des missions dans les technologies propres, l’énergie et les infrastructures, tandis que l’Algérie et le Maroc figurent déjà parmi les principales destinations des exportations agricoles de la Saskatchewan.

Cette diversité des liens rend de plus en plus difficile une couverture de l’Afrique uniquement à partir de bureaux situés en Europe, au Moyen-Orient ou au Canada.

 

Quelle ville pour raconter quel continent ?

Le choix de la future implantation africaine ne sera pas neutre.

Dakar offrirait un point d’observation privilégié sur l’Afrique de l’Ouest francophone, la Francophonie institutionnelle et les relations croissantes avec le Québec et le Canada. Abidjan permettrait de suivre l’une des économies les plus dynamiques de la région. Nairobi constituerait une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est et les grandes organisations internationales. Lagos donnerait accès au pays le plus peuplé du continent et à l’un de ses principaux pôles économiques et culturels.

Une implantation à Rabat, Tunis ou Johannesburg conduirait encore à d’autres choix éditoriaux et géopolitiques.

Aucune ville ne permet, à elle seule, de couvrir un continent de 54 États. Mais le lieu retenu révélera nécessairement les priorités de CBC/Radio-Canada : Francophonie, économie, diplomatie, sécurité, migrations ou grands équilibres géopolitiques.

 

Un investissement dans l’information internationale

L’expansion annoncée ne se limite pas aux bureaux étrangers. Radio-Canada lancera à l’automne une émission hebdomadaire d’actualité internationale. CBC News prévoit également de développer de nouveaux formats numériques, audio et vidéo consacrés à l’international.

Le diffuseur public affirme vouloir donner au public canadien davantage de clés pour comprendre un monde dont les bouleversements ont des conséquences directes sur l’économie, la sécurité et la souveraineté du pays.

Dans cette ambition, la future présence africaine ne pourra rester longtemps une simple ligne au bas d’un communiqué. Le lieu choisi, les moyens accordés et la capacité à couvrir le continent autrement qu’à travers ses crises diront aussi quelle place l’Afrique occupe réellement dans le regard international du Canada.

 

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