À un mois du XXe Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, les représentants des États et gouvernements membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se sont retrouvés à Paris. Sous la présidence de la Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, cette 134e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) a permis de faire avancer les dossiers politiques, mais aussi de prendre une décision importante pour la jeunesse francophone : le choix du Sénégal pour accueillir les Jeux de la Francophonie en 2031.


La paix au cœur des préparatifs du Sommet du Cambodge
Le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra sous le thème « Réinvestir dans la paix pour la prospérité de nos sociétés ». Une ambition qui prend une résonance particulière dans un espace francophone traversé par plusieurs crises politiques et sécuritaires.
En ouverture des travaux, Louise Mushikiwabo est revenue sur la situation de plusieurs États membres. Elle a notamment évoqué Haïti, où le report des élections appelle une mobilisation internationale accrue. L'OIF y a également contribué à la formation d'environ 2 500 membres des forces en uniforme, sans préciser la nature de ces formations.
La Secrétaire générale a également salué les efforts de réforme du Liban, à l'approche de l'échéance du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Elle a rappelé les missions électorales de la Francophonie au Maroc et à São Tomé-et-Príncipe, ainsi que l'importance croissante de l'intelligence artificielle dans les discussions diplomatiques internationales.
Mais l'essentiel des travaux politiques a porté sur la préparation du Sommet de Phnom Penh.
Les délégations ont examiné un avant-projet de résolution consacré aux situations de crise, de sortie de crise et de consolidation de la paix dans l'espace francophone. Préparé tout au long du mois de septembre sous la présidence du Cambodge, ce texte doit encore être finalisé le 19 octobre.
Il sera ensuite soumis à la Conférence ministérielle de la Francophonie, le 14 novembre, avant d'être présenté le lendemain aux chefs d'État et de gouvernement pour adoption.
Les représentants des membres de plein droit ont également poursuivi, à huis clos, l'examen des demandes d'adhésion et de modification de statut. Les avis formulés par le CPF seront transmis aux ministres, avant une décision finale lors du Sommet.
Ces différentes étapes illustrent le rôle du Conseil permanent : préparer les décisions politiques qui seront prises au plus haut niveau, tout en assurant la continuité du dialogue entre les États.

Le Sénégal désigné pour accueillir les Jeux de 2031
C'est l'une des décisions concrètes de cette 134e session : le Sénégal accueillera les XIes Jeux de la Francophonie en 2031.
Le pays était en concurrence avec la Guinée, dont la candidature a également été saluée pour sa qualité par le Conseil d'orientation du Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF).

Sur recommandation de ce dernier, le CPF a finalement retenu le Sénégal, qui pourra s'appuyer sur l'expérience acquise avec l'organisation des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026.
Cette désignation prolonge une dynamique sportive et culturelle importante pour le pays. Les Jeux de la Francophonie présentent en effet une particularité : ils associent compétitions sportives et concours culturels, réunissant de jeunes talents de l'ensemble de l'espace francophone.
Au-delà de l'organisation de l'événement, le choix du Sénégal constitue également une occasion de renforcer la visibilité des artistes et des sportifs francophones sur le continent africain.

Autre résultat mis en avant lors de cette session : la mission économique de la Francophonie organisée à Djibouti. Selon le bilan présenté par Louise Mushikiwabo, 782 rendez-vous d'affaires ont débouché sur la signature de 49 accords, un record pour ce dispositif.
Ces deux dossiers rappellent que l'action de la Francophonie ne se limite pas à la diplomatie politique. Elle intervient aussi dans les échanges économiques, la culture, le sport et la coopération entre les sociétés.

Jeunesse, opérateurs et société civile également à la table
L'après-midi a été consacré aux questions de coopération, de programmation et de gestion.
Caroline St-Hilaire, Administratrice de l'OIF, a présenté l'état d'avancement des programmes de l'Organisation ainsi que les principales orientations de gestion pour 2027.
La Secrétaire générale a également annoncé la transmission de son rapport d'activités 2024-2026 aux chefs d'État et de gouvernement, en vue du Sommet.
La jeunesse a occupé une place dans ces échanges. Les 1er et 2 octobre, à Lomé, 36 jeunes issus de différentes régions de l'espace francophone avaient participé à une consultation organisée avec le Réseau international de la jeunesse de la Francophonie (RIJF). Leurs propositions portent notamment sur l'emploi, la participation des jeunes et la stabilité.
Les quatre opérateurs directs de la Francophonie — l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), TV5MONDE, l'Université Senghor et l'Association internationale des maires francophones (AIMF) — ont également présenté leurs activités.

Il en a été de même pour les deux conférences ministérielles permanentes, la CONFEMEN, consacrée à l'éducation, et la CONFEJES, chargée de la jeunesse et des sports.
Enfin, la société civile a pu faire entendre sa voix à travers la Conférence des organisations internationales non gouvernementales (COING).
Son nouveau président, Claude Musavyi, élu pour la période 2026-2028 lors de la XVIe Assemblée plénière tenue à Cotonou les 28 et 29 septembre, a présenté les conclusions de ces travaux.

Cette intervention intervient quelques semaines après une assemblée marquée par l'adoption de nouvelles orientations pour renforcer la participation des ONG et OING aux travaux de la Francophonie. Elle souligne la place que cherche à occuper la société civile dans une organisation dont les décisions restent principalement entre les mains des gouvernements.
À Cotonou, la COING bataille sur les mots et se donne les moyens d’agir
La 134e session du CPF aura ainsi permis de franchir une nouvelle étape avant Phnom Penh. Les dossiers sont préparés, les propositions circulent et certains arbitrages ont déjà été rendus. Le XXe Sommet, premier organisé en Asie du Sud-Est depuis celui de Hanoï en 1997, devra désormais traduire ces travaux en décisions politiques.
Reste à savoir quelle place les chefs d'État et de gouvernement accorderont aux propositions venues de la jeunesse et de la société civile, et surtout comment leurs engagements se concrétiseront après le Sommet.
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