Le sport reste trop souvent considéré comme un simple loisir par les milieux économiques et diplomatiques. Il constitue pourtant une puissance fédératrice capable de rapprocher les populations, de créer de l’activité et de donner un nouveau souffle à l’espace francophone.


Soyons sérieux ! Pourquoi parler de sport lorsque l’on évoque cet espace diplomatique majeur qu’est la Francophonie ?
Avec un « F » majuscule, la Francophonie désigne ici l’espace institutionnel multilatéral formé par les 90 pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie. Présente sur les cinq continents, elle s’étend également sur tous les océans.
Mais des institutions officielles, une Charte de la Francophonie et des valeurs communes ne suffisent pas à faire vivre pleinement cet espace. Certains agissent en faveur de la Francophonie économique, d’autres pour la paix, l’enseignement, les universités ou la coopération parlementaire, sans qu’apparaisse toujours une véritable coordination entre ces initiatives.
La modernité de l’idée francophone trouve son essence auprès de ses pères fondateurs : le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba, le Nigérien Hamani Diori et le prince cambodgien Norodom Sihanouk. Leur vision était aussi inspirante que novatrice.
Mais, pour demeurer moderne, cette idée doit désormais s’inscrire dans le quotidien, faire vibrer la jeunesse et contribuer au développement économique des pays francophones.
Les jeunes des 90 pays membres rêvent-ils aujourd’hui de Francophonie ? Les entreprises profitent-elles pleinement des possibilités offertes par cet espace ? Les institutions parviennent-elles à lui apporter un souffle nouveau ?

Le sport, bien plus qu’un loisir
S’il existe un domaine qui fait rêver, passionne les petits comme les grands, suscite des émotions et crée de l’activité économique, c’est bien le sport.
Pourquoi celui-ci ne deviendrait-il pas un véritable vecteur d’échanges de compétences et d’expertises, mais aussi d’éducation, d’insertion et de développement au sein de la Francophonie ?
Le sport reste encore insuffisamment pris au sérieux par certains milieux économiques ou diplomatiques, qui continuent parfois à le considérer essentiellement comme un loisir.
Il constitue pourtant une industrie en plein développement. En France, la filière représente près de 400 000 emplois et environ 2,6 % du produit intérieur brut. En Afrique, où son poids économique demeure encore limité, ses perspectives de croissance sont considérables.
De nombreux pays africains souhaitent organiser ou accueillent déjà de grands événements. Les Jeux de la Francophonie se sont tenus en République démocratique du Congo en 2023. La Côte d’Ivoire puis le Maroc ont accueilli la Coupe d’Afrique des nations. Le Rwanda a organisé les Championnats du monde de cyclisme en 2025, tandis que Dakar accueille les Jeux olympiques de la jeunesse en 2026. Le Maroc sera également l’un des trois pays hôtes de la Coupe du monde de football en 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal.
Ces rendez-vous montrent que le sport est devenu un véritable secteur économique. Il constitue aussi une action positive pour la santé, une possibilité d’éducation, une voie d’insertion professionnelle pour les jeunes sans formation et une force d’émancipation pour les femmes.
Il favorise également l’inclusion des personnes en situation de handicap et soulève des enjeux de développement durable. L’organisation d’événements sportifs entraîne enfin des besoins dans l’hôtellerie, les transports, les équipements et de nombreux autres secteurs.
Une puissance douce au service de la Francophonie
Le sport est également un outil diplomatique. De nombreux chefs d’État l’ont compris : l’organisation réussie d’un grand événement sportif peut donner à un pays une visibilité internationale positive.
Par ses nombreux atouts, le sport peut prendre place aux côtés de l’éducation et de la culture dans la structuration de l’espace francophone. Il ne s’agit pas de les opposer, mais de reconnaître qu’il peut lui aussi contribuer au rapprochement des populations et au rayonnement d’une langue et de valeurs communes.
La francophonie sportive constitue ainsi une forme de « puissance douce » et représente désormais un levier stratégique.
Grâce à son pouvoir fédérateur, le sport est une activité de séduction massive. Il constitue un outil de rayonnement concret, proche du terrain, capable de créer ou de recréer du lien social, de favoriser la coopération internationale et de générer de la croissance au sein d’un espace géopolitique partagé.
Dans un monde où les équilibres évoluent rapidement, la francophonie sportive, présente sur les cinq continents, peut devenir un vecteur de notre identité et de notre rayonnement.
L’Afrique, où vit une part croissante de la jeunesse francophone, occupe une place centrale dans cette dynamique. Les échanges sportifs entre la France et le continent africain ne sont pas seulement des rencontres ou des compétitions : ils peuvent devenir des ponts renforçant les liens culturels, économiques et sociaux.
Chaque match, chaque compétition et chaque rencontre entre les acteurs économiques du sport offre la possibilité de construire des relations durables, d’encourager la coopération et de promouvoir des valeurs communes de respect, d’intégrité et d’engagement.

Faire de la francophonie sportive une stratégie
L’espace francophone rassemble aujourd’hui plus de 396 millions de locuteurs. Les projections démographiques indiquent qu’ils pourraient être environ 650 millions en 2050, principalement en raison de la croissance de la population africaine.
En développant un projet de francophonie sportive, nous ne faisons pas que promouvoir le sport. Nous structurons un rayonnement opérationnel et affirmons la capacité de l’espace francophone à construire des relations enrichissantes et mutuellement bénéfiques.
La France, par sa langue, sa culture et son expertise sportive, peut jouer un rôle important dans cette dynamique, en coopération avec l’ensemble des acteurs de la Francophonie.
Ne considérons donc plus le sport avec condescendance. Faisons-en un facteur de développement et un axe majeur de coopération dans un univers international encore largement dominé par la langue anglaise.
D’autres puissances ont parfaitement compris les enjeux diplomatiques et économiques du sport. La Russie, la Chine, le Japon, la Corée et les pays du Golfe y déploient des stratégies d’influence particulièrement actives.
La Francophonie dispose elle aussi d’une langue, d’un espace international, de compétences et d’une jeunesse prête à s’engager. Elle doit maintenant choisir de faire du sport un véritable levier de développement, de coopération et de rayonnement.
C’est le moment d’agir avec force, passion, efficacité et conviction pour donner à la francophonie sportive toute la place qu’elle mérite sur la scène mondiale.
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