Édition internationale

FRANCE TELECOM - De la friture sur la ligne

Sale temps pour France télécom. Alors qu'un 18ème cas de suicide vient d'être recensé chez l'opérateur historique, la société fait l'objet d'une amende record de 27,6 millions d'euros pour entrave à la concurrence, usant de man?uvres que l'Autorité de la concurrence qualifie de graves

(Rédaction internationale) - L'Autorité de la concurrence vient d'épingler le géant de la téléphonie France Télécom (AFP) pour avoir "entravé abusivement le développement de nouveaux opérateurs concurrents dans les DOM". L'autorité avait été saisie par deux opérateurs des DOM ? Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion. "France Télécom a maintenu des tarifs excessivement élevés [?], ce qui a freiné le développement du marché du haut-débit à la Réunion, privant ses concurrents du dynamisme de ce marché" sur la période 2001/2006, ont argué les deux sociétés, Outremer Telecom en 2005 et Mobius en 2006. De plus, l'opérateur historique est accusé d'avoir refusé de sécuriser les lignes, nuisant ainsi délibérément à la qualité des services de ses deux concurrents. Les dysfonctionnements sur les lignes trainaient en longueur, les offres rivales pour les professionnels et les collectivités étaient entravées et France Télécom "n'a pas hésité à dénigrer ses concurrents", essayant par tous les moyens de récupérer les clients perdus. France Télécom n'a contesté aucun des reproches qui lui sont faits. L'autorité a jugé les man?uvres d'abus de la situation de monopole historique "particulièrement graves" et la sanction est tombée : l'opérateur devra payer une amende record de 27,6 millions d'euros. L'amende encourue était moitié moindre mais l'autorité, qui a déjà condamné 11 fois l'entreprise, a décidé exceptionnellement de la majorer de 50%, prenant en compte la récidive. 

De la manipulation de la concurrence à la manipulation des salariés
Et la nouvelle tombe alors qu'un 18ème cas de suicide est recensé dans l'entreprise. Un cadre Marseillais a mis fin a ses jours le 14 juillet dernier. En guise d'adieu, il laisse une lettre. "Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C'est la seule cause."Dans son écrit, il dénonce l'"urgence permanente", la "surcharge de travail", l'"absence de formation", la "désorganisation totale de l'entreprise"et le "management par la terreur". La sentence tombe comme un couperet sur les têtes de ceux qui doutaient encore des effets désastreux d'un management qui s'impose par la peur de l'employé envers sa hiérarchie. 

Chez France Telecom, ce sont 8 suicides et 10 tentatives qui ont eu lieu en France depuis février 2008, selon Patrick Ackermann (représentant syndical Sud-PTT). La firme qui emploie 102.254 salariés, dont 70% de fonctionnaires, est presque systématiquement mise en cause, parfois dans des courriers que les infortunés ont laissés et toujours par les familles qui sanctionnent les conditions de travail, à l'origine des passages à l'acte. On ne compte pas les démissions et Patrick Ackermann cite une employée qui a préféré quitter la société : "elle dit préférer la pauvreté au harcèlement". Un salarié de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées de France Telecom estime que la "hiérarchie"est consciente de la situation. "Le silence de notre employeur est terrible. Il nous sidère, nous révolte". Et beaucoup dénonce de fait des tentatives de défaussement de l'entreprise sur sa responsabilité, la compagnie préférant individualiser les cas.

France Télécom ne prend pas ses responsabilités
Un observatoire du stress a été créé en 2007 pour analyser les causes de la souffrance au travail, et y remédier mais de l'avis même d'un de ses membres Jacques, les choses ne changent pas : "Nous en avons assez de compter les personnes décédées et d'entendre toujours le même discours à FT, du style ?est-ce qu'il n'était pas alcoolique?, ?malade?, ou ?en instance de divorce? ? La direction cherche sans cesse un motif personnel pour fuir ses responsabilités. Certes, il peut y avoir débat. Même si nous étions juges, nous aurions du mal à statuer : les causes d'un suicide s'entremêlent parfois. Mais certains gestes sont indéniablement liés au boulot, et la hiérarchie le sait !". France Telecom préfère simplement "ne pas exonérer totalement l'entreprise"dans ces suicides. Le ministre du Travail Xavier Darcos a jugé le cas du salarié "dramatique", mais a ajouté qu' "il ne faut pas non plus généraliser les choses". Il a rappelé qu'il préparait pour la période 2010-2014 un deuxième plan Santé et sécurité au travail en collaboration avec les partenaires sociaux. Il a affirmé que le plan serait mis en application dès la rentrée.
Laetitia Gueugnon (www.lepetitjournal.com) jeudi 30 juillet 2009

Voir aussi 
Notre article : Salariés au bord de la crise de nerf
Le Nouvel Obs : Amende de 27,6 millions...
La provence : Le cri d'un Marseillais

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