

Jusqu'au 6 avril 2014, vous pourrez venir admirer la collection Netter, composée des plus grandes ?uvres de Modigliani, mais aussi de tableaux de Soutine et de beaucoup d'autres artistes d'Europe de l'est ayant fuis leur pays pour Paris. Leurs points communs ? La folie, la drogue ou l'alcool. Mais aussi un homme, Jonas Netter, qui a misé sur eux, année après année.
Netter le mécène
Jonas Netter (1866-1946), jeune mécène à l'origine représentant pour des marques, s'intéresse dans les années 1915-1925 aux artistes alors peu connus. Il devient le premier acheteur et soutien du marchand Léopold Zborowski, qui le conseille.
C'est ainsi que Netter devient le principal collectionneur de Modigliani à partir de 1916, puis de Soutine. Il s'intéresse également à Utrillo et Valadon et n'hésite pas à élargir sa collection à d'autres artistes de l'école de Paris qui seront également défendus par Zborowski.
A ce titre, il va sans dire que Netter était un authentique promoteur de l'école de Paris. Sa collection fait la part belle aux artistes du Montparnasse du début du XXe siècle.
Paris, capitale mondiale de l'art
Le début de la visite commence par la reconstitution d'une terrasse de café parisien, digne d'un bistrot de Montmartre. Les notes de Minor Swing, chef d'?uvre de Django Reinhardt, résonnent aux oreilles du visiteur. Plus loin dans les tableaux, on retrouve des paysages de la région parisienne, comme Fontainebleau.
Une vidéo sur Paris, centre de l'art mondial au début du XXe siècle, est également proposée. Pourquoi Paris ? A cause du paradoxe qu'elle offre. En effet, c'est une ville accueillante, une mégalopole ou chaque quartier est pourtant un petit village à lui seul. C'est ce Paris aux deux visages qui attiraient tant les peintres, artistes et mécènes de l'époque. En 1906, Paris est la capitale mondiale de l'art.
Mais ce qui relie tous ces peintres, outre Paris, c'est la quête effrénée de l'intensité. On retrouve le Paris de la Belle Epoque, le Paris enfumé des cafés et des clubs de jazz.
L'art de vivre différemment
Dans un couloir, on retrouve au mur les photos des peintres. Si beaucoup sont dans leur atelier, aucun ne semble travailler. Ce sont des scènes de vie qui nous sont proposées, des réunions, des fêtes, comme pour appuyer l'idée que cette exposition n'est pas juste l'image du travail de ces hommes et de ces femmes, mais bien l'histoire de leur vie, qui les a amenés à ces ?uvres.
Dans la collection de Jonas Netter, on retrouve André Derain, et son tableau Les grandes baigneuses, vu comme les prémices des Demoiselles d'Avignon. Créateur du fauvisme et ami de Matisse, Derain livre des ?uvres qui ne sont toutefois pas les plus impressionnantes de l'exposition. On retrouve également des ?uvres d'Henri Hayden, adorateur de Cézanne et Gauguin.
Une pièce de l'exposition porte aussi sur la vie et le rôle de Suzanne Valadon. Mère d'Utrillo, elle est à la fois peintre, muse, amour de Modigliani et maitresse d'un bon nombre des peintres de l'époque.
Une vie maudite comme point commun
Une légende de l'exposition annonce sans emphase : "La bonne fortune de Modigliani a commencé au lendemain de sa mort." Cette simple phrase résume à elle seule l'exposition. Tous les artistes qui sont exposés ici, ont fuit leur pays natal pour Paris. Mais comme si cet exil n'avait pas été suffisant, chacun d'entre eux a passé sa vie dans les drogues, l'alcool ou la pauvreté la plus extrême. C'est le cas par exemple de Maurice Utrillo, peintre de talent ayant sombré peu à peu dans l'alcoolisme, entre ses différents séjours à l'asile.
La vie de Soutine ne fût pas plus rose. Malgré une fuite à Paris où il rencontre Modigliani, le rejet par la bourgeoisie, l'indifférence des autres ont fait de ce fils de bonne famille un alcoolique notoire. Après la mort de Modigliani, Soutine aura d'ailleurs pour habitude de dire de lui "Ne me parlez pas de cet italien qui m'a presque rendu alcoolique".

Tous les artistes sont présentés dans des pièces assez petites, au plafond bas. Quand le visiteur arrive enfin à la pièce consacrée à Modigliani, le contraste est saisissant. La pièce centrale de l'exposition est presque deux fois plus grande que les autres. Toutes les ?uvres exposées sont des portraits. Esquisses au fusain ou tableaux peints, sur 13 portraits on retrouve 12 femmes, dont son portrait le plus connu, Elvire au col blanc.
L'un des points positifs de cette exposition, c'est le grand nombre d'explications à tel point qu'il n'a pas été jugé utile de se munir de l'audio guide. Panneau explicatif, mais aussi vidéo expliquant la genèse et la synthèse de cette école picturale parisienne du début du siècle, tout est mis en ?uvre pour que le visiteur s'instruise.
Cette exposition est finalement l'histoire d'une passion, l'histoire des passions. La passion de Paris, la passion qui entraine dans la folie. Mais aussi la passion et le travail d'un homme, Jonas Netter. Le livre d'or de l'exposition est unanime : Bellissima !
Romain Designolle (Lepetitjournal.com de Rome) ? jeudi 2 janvier 2014
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Informations utiles : Fondazione Roma museo - Palazzo Cipolla Modigliani, Soutine e gli artisti maledetti |
Crédits photos : Pallazo Cipolla
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