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Vie chère et crise de l’eau en Guadeloupe : pourquoi la colère monte-t-elle en outre-mer ?

“On ne demande pas le luxe, on demande de pouvoir vivre”. Coupures d’eau, prix alimentaires élevés, budgets sous pression… Lucien, comme bon nombre de Guadeloupéens et de Martiniquais, ne connaît cela que trop bien. Chaque jour, la colère des territoires ultramarins grandit et dernièrement elle s’exprime dans les rues. Derrière ces tensions, les habitants réclament des réponses durables. Et ces solutions, elles existent, comme avec Ecotime, un projet d’optimisation des ressources en eau. Entre témoignage de terrain et réutilisation de l’eau, enquête sur des problèmes qui dépassent la seule actualité.

Vie chère et crise de l’eau en Guadeloupe, pourquoi la colère monte-t-elle en outre-mer ?Vie chère et crise de l’eau en Guadeloupe, pourquoi la colère monte-t-elle en outre-mer ?
En Guadeloupe, la mobilisation du collectif Nou Las Palé a pris de l’ampleur à la mi-octobre 2026.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 20 octobre 2026

“J’ouvre, j’attends, et parfois il ne se passe rien”. Lucien vit au quotidien avec des coupures d’eau. Le matin, avant de penser à sa journée de travail, Lucien vérifie son robinet. À 48 ans, ce père de deux enfants vit en Guadeloupe avec sa famille. Comme beaucoup de foyers, il doit composer avec énormément de dépenses, d’imprévus et une incertitude supplémentaire : celle de savoir si l’eau coulera au moment où ils en auront besoin.

 

Et quand l’eau manque, toute la famille doit s’organiser. Il faut prévoir les réserves, remplir des bidons dès que possible, répartir les quantités disponibles entre la toilette, la cuisine et le ménage : “On ne parle pas d’une panne de télévision. On parle d’eau potable”, insiste-t-il. D’ailleurs, le plus difficile à ses yeux, est de finir par s’habituer à cette situation.

 

Le problème ne se résume pourtant pas à une absence de pluie. Mais les difficultés du service public de l’eau en Guadeloupe sont aussi liées à l’état des infrastructures, aux fuites, à l’entretien des équipements et à l’organisation de la distribution. En février 2025, Le Monde faisait déjà état des difficultés majeures rencontrées par le service public de l’eau dans plusieurs communes guadeloupéennes. 

 

Vie ultra-chère en Guadeloupe : les courses pèsent trop lourd sur le budget

 

À la difficulté de l’accès à l’eau s’ajoute celle du coût de la vie. Pour Lucien, la pression se mesure également au supermarché. Selon l’Insee, en 2022, les prix alimentaires étaient en moyenne 42 % plus élevés en Guadeloupe et 40 % en Martinique qu’en France hexagonale. Pour l’ensemble des biens et services, les écarts atteignaient respectivement 16 % et 14 %.

 

En 2026, la hausse des prix se poursuit. En août, les prix ont augmenté sur un an de 2,3 % en Guadeloupe et de 0,9 % en Martinique. “On nous a parlé d’exportations coûteuses, mais expliquer la hausse des prix ne signifie pas que les gens ont les moyens de payer”, résume Lucien.

 

Une hausse des prix en Martinique et en Guadeloupe expliquée par le “système”

 

Ce constat, Eddy Dureuil le partage. Originaire de Martinique et expatrié au Canada, Eddy est engagé dans le développement de solutions de gestion de l’eau avec Ecotime. Il estime que la vie chère ne s’explique pas uniquement par l’insularité et les coûts d’importation. “Il faut aussi regarder les marges appliquées tout au long de la chaîne de distribution” et la place accordée aux produits locaux.

 

“Ça fonctionne (‘les prix sont bas’,ndlr) pendant quelques mois. Et puis finalement, ça repart tout le temps à la hausse”, observe-t-il à propos des mesures ponctuelles contre la vie chère. Il plaide pour davantage de transparence sur les prix et pour des achats groupés, afin de renforcer le pouvoir de négociation des acteurs locaux. Certains prix l’ont “marqué”, notamment ceux de produits du quotidien comme les bouteilles d’eau, les couches pour bébés, le dentifrice ou le déodorant. Pour Lucien, sur place, le calcul est tout aussi concret : un imprévu peut bouleverser l’équilibre familial. 

 

Trouves des alternatives dans la recherche en eau pour les territoires d’outre-mer

 

Pour Eddy Dureuil, la crise de l’eau ne relève pas seulement de la ressource disponible. Il pointe les défaillances des réseaux et le manque d’entretien de certaines infrastructures : canalisations, stations de pompage et équipements de distribution. Il estime que “les pertes d’eau dans les réseaux antillais peuvent être considérables, supérieures à 40 %, voire 70 % dans certaines zones.” 

 

Demander aux habitants de réduire leur consommation ne suffit pas si les infrastructures, elles-mêmes, laissent échapper une partie de l’eau acheminée. La rénovation des réseaux est donc essentielle et en parallèle, Eddy Dureuil défend une autre piste : “éviter d’utiliser de l’eau potable lorsqu’un autre usage est possible”. Avec Ecotime, il travaille notamment sur la “récupération des eaux de pluie et la réutilisation des eaux grises”, issues par exemple des douches et des bains.

 

Après traitement adapté, ces eaux peuvent servir à certains usages non potables autorisés. Sur le papier, cette approche permettrait de compléter les efforts des collectivités, notamment dans les logements où certains usages pourraient être couverts par une ressource alternative. Mais ces installations ont un coût. Pour être déployées plus largement, elles nécessitent des financements, un suivi technique et des règles sanitaires strictes, “au même titre que les équipements solaires, qui se sont développés progressivement grâce aux aides et aux politiques publiques”, compare le cofondateur d’Écotime. 

 

Des solutions complémentaires, pas une réponse miracle

 

Eddy évoque un projet mené avec Ozanam, lié à Action Logement en Martinique, pour réduire la facture d’eau de certains locataires, notamment dans le logement social. Selon lui, les premiers résultats ont été encourageants et le dispositif continue de se déployer, même si les opérations restent limitées. Pour les ménages comme celui de Lucien, l’intérêt d’une telle solution pourrait permettre de réduire durablement les dépenses. L’enjeu est donc maintenant de mener plusieurs actions de front : entretenir les réseaux, réduire les pertes, améliorer l’information des habitants et développer des équipements adaptés là où ils sont pertinents. 

 

Le problème de l'eau persiste en Guadeloupe

 

Une colère qui dépasse les factures en Guadeloupe et en Martinique

 

En Guadeloupe, la mobilisation du collectif Nou Las Palé a pris de l’ampleur à la mi-octobre 2026. La vie chère, l’accès à l’eau, l’emploi, l’école et la justice figurent logiquement parmi les revendications exprimées. Des barrages et des perturbations de circulation ont accompagné le mouvement, dans un climat de tensions au cours du week-end des 17 et 18 octobre.

 

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D’ailleurs, en France métropolitaine comme aux Antilles, les mobilisations du 17 octobre résonnent autour d’une même préoccupation : la vie chère et les inégalités sociales, même si les réalités vécues diffèrent selon les territoires.

 

En Martinique également, le RPPRAC avait annoncé une nouvelle mobilisation à partir du 19 octobre, estimant que les engagements pris après le mouvement de 2024 n’avaient pas produit suffisamment de résultats.

 

Les pistes défendues par Eddy Dureuil peuvent contribuer à améliorer la gestion de l’eau, à condition d’être évaluées, financées et déployées de façon adaptée. Mais la confiance dépendra aussi de la capacité des responsables publics et des opérateurs à rendre compte des résultats. Lucien, lui, résume ce qu’il attend sans détour : “Venez ouvrir mon robinet le matin. Venez faire les courses avec mon budget, et vous comprendrez…”

 

Vie chère et crise de l’eau : les repères

-Des écarts de prix importants : en 2022, les prix alimentaires étaient en moyenne 42 % plus élevés en Guadeloupe et 40 % en Martinique qu’en France hexagonale, (Insee).

-Des hausses encore observées en août 2026 : les prix alimentaires progressaient sur un an de 2,3 % en Guadeloupe et de 0,9 % en Martinique.

-Des mobilisations en octobre 2026 : le collectif Nou Las Palé en Guadeloupe et le RPPRAC en Martinique ont remis la vie chère au cœur des revendications.

-Des pistes pour l’eau : rénovation des réseaux, réduction des pertes, récupération des eaux de pluie et réutilisation encadrée des eaux grises peuvent être complémentaires.

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