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“Nous essayons de sauver notre avenir”,de Milan à Tirana, pourquoi la colère sociale secoue l’Europe

Les images étaient saisissantes, près de Limoges, à Paris ou à Marseille. Les 17 et 18 octobre, des affrontements entre policiers et manifestants, des pillages et des incendies ont marqué plusieurs villes françaises. Mais la contestation ne s’est pas limitée à l’Hexagone : des mobilisations ont également eu lieu en Italie, en Albanie, en Belgique et au Portugal. Si les revendications varient selon les pays, la vie chère, les difficultés d’accès au logement, les inégalités et la dégradation des services publics nourrissent une colère sociale plus large. Retour sur les événements qui ont marqué plusieurs pays européens ce week-end.

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Des mobilisations ont également eu lieu en Albanie, au Portugal, en Allemagne et en Italie, où les violences ont parfois pris une ampleur considérable.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 19 octobre 2026

“Désolé pour le dérangement, nous essayons de sauver notre avenir.” Ce slogan n’était pas propre à Paris. Il l’était aussi à Bruxelles, par exemple, où plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblées. Des mobilisations ont également eu lieu en Albanie, au Portugal, en Allemagne et en Italie, où les violences ont parfois pris une ampleur considérable.

 

Contrairement à ce que l’actualité française pourrait laisser penser, la France n’a pas été le détonateur de la contestation en Europe. En Belgique, notamment, les manifestations se succèdent depuis plusieurs semaines. Affrontements avec les forces de l’ordre, gaz lacrymogènes, voitures incendiées : retour sur les mobilisations et les violences qui ont marqué plusieurs pays européens.


En Italie : les manifestations contre la vie chère dégénèrent en violences à Milan

 

Les affrontements en Italie du 17 et 18 octobre ont complètement dégénéré. À Milan, où quelque 5 000 manifestants ont été recensés, des scènes de pillage et des incendies ont éclaté dans le centre-ville. Des vitrines ont été brisées, des terrasses saccagées et des poubelles incendiées, tandis que les forces de l’ordre affrontaient des groupes de jeunes munis de bâtons et de mobilier urbain. Des heurts ont également été signalés à Turin, Bologne, Brescia et Bergame.

 

À l’origine de la mobilisation : la hausse des prix, le coût de l’essence et la pression fiscale. Le rassemblement du samedi 17 octobre avait été lancé à l’appel du syndicat CGIL et d’une centaine d’associations de la société civile. A Milan, les violences ont repris dès le lendemain, dimanche 18 octobre, lorsque des groupes de jeunes encagoulés ont de nouveau dégradé des commerces et des terrasses entre la piazza Duomo et les colonnes de San Lorenzo.

 

Le maire de Milan, Giuseppe Sala, a jugé les violences et les dégradations “injustifiables”, tout en reconnaissant la légitimité des revendications initiales. Face à l’escalade, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a convoqué une réunion d’urgence consacrée au maintien de l’ordre public.

 

La mobilisation contre la hausse du coût de la vie dégénère en guérilla urbaine en Italie


En Belgique : de nouvelles manifestations des jeunes à Bruxelles et Liège

 

Bruxelles et Liège ont également été au cœur de violences entre jeunes et policiers. À Bruxelles, la police a fait usage de gaz lacrymogènes en fin d’après-midi devant la Bourse, en plein centre-ville, pour disperser un groupe de jeunes dont certains lançaient des projectiles (AFP). Les forces de l’ordre font état d’une dizaine d’arrestations pour trouble à l’ordre public.

 

Mais pourquoi les lycéens manifestent-ils en Belgique ? La jeunesse proteste depuis le début du mois d’octobre, contre la hausse récente des frais d’inscription à l’université. Des appels à manifester diffusés sur les réseaux sociaux ont attiré plusieurs centaines de personnes près de la gare Centrale de Bruxelles dès la matinée, sans qu’aucune autorisation ait été demandée. Un défilé a finalement été autorisé en direction de la gare du Midi. Quelques incidents ont éclaté et la police a notamment utilisé un canon à eau après des jets d’objets dangereux par certains manifestants, parmi lesquels figuraient, selon les forces de l’ordre, du matériel pyrotechnique, des panneaux de signalisation et des liquides inflammables.

 

La situation s’est tendue à Bruxelles depuis le 9 octobre, date d’une manifestation syndicale qui a rassemblé 30.000 personnes selon la police. Des jeunes s’étaient joints au cortège, certains affirmant avoir été victimes de la répression policière. Samedi, des poubelles, des trottinettes en libre-service et au moins trois voitures ont été incendiées pendant une manifestation. Le siège de la fédération bruxelloise du Parti socialiste (PS) a également été vandalisé.

 

En Albanie : de nombreux jeunes en révolte contre la corruption, à Tirana

 

En Albanie, la mobilisation s’inscrit dans un mouvement bien plus ancien que les manifestations du week-end. Lancée au printemps 2026, la contestation, surnommée la “révolution des Flamants roses”, s’est notamment développée autour d’un projet hôtelier controversé dans une zone côtière protégée. Elle s’est progressivement élargie à des revendications contre la corruption, les conditions de vie et le gouvernement du Premier ministre, Edi Rama, et à partir du 13 octobre, la participation d’étudiants a donné une nouvelle ampleur au mouvement. Le week-end du 17 et 18 octobre s’inscrivait dans ce mouvement et les manifestants ont notamment dénoncé les conditions dans les universités et le manque de perspectives pour les jeunes, certains réclamant la démission du chef du gouvernement.

 

Le samedi 17 octobre, des manifestants masqués ont lancé des pierres, des cocktails Molotov et des engins pyrotechniques en direction des forces de l’ordre. Des voitures et des poubelles ont été incendiées, formant des barricades dans les rues du centre-ville. La police a répondu avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des charges, en ayant également recours à des balles en caoutchouc. Selon les autorités, 167 personnes ont été arrêtées et 132 policiers blessés au cours des cinq jours (13 au 17 octobre).

 

Le dimanche 18 octobre, les affrontements se sont poursuivis. Des manifestants ont attaqué un commissariat. Des bâtiments publics et des commerces ont également été endommagés ou incendiés. D’après le ministère albanais de la Santé, 28 personnes ont été blessées dont 19 policiers. Malgré l’escalade, Edi Rama a exclu de démissionner, accusant ses adversaires politiques d’attiser les tensions. 

 

Albanie : sixième jour de manifestations à Tirana, Rama refuse de démissionner

 

Au Portugal : des milliers de manifestants dénoncent la crise du logement 

 

À Lisbonne, des milliers de personnes ont défilé entre Cais do Sodré et la place du Rossio. La CGTP, principale confédération syndicale du pays et organisatrice de la mobilisation. 

 

La question immobilière occupe une place centrale dans la colère sociale. La hausse des loyers et des prix de l’immobilier rend l’accès au logement de plus en plus difficile, notamment pour les jeunes et les ménages aux revenus modestes. Le samedi 17 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Lisbonne. 

 

Les manifestants ont réclamé de meilleurs salaires, des retraites plus élevées et la défense des services publics. La mobilisation s’est prolongée dans la soirée sur la place du Rossio, où des centaines de personnes ont installé des tentes pour dénoncer la précarité et réclamer des mesures en faveur du droit au logement. D’autres rassemblements ont également eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Porto, Coimbra et Funchal.

 

En Allemagne et à Berlin, les lycéens manifestent en solidarité à Paris 

 

En Allemagne, environ 300 personnes se sont rassemblées samedi 17 octobre au Kleistpark, dans le quartier de Schöneberg, à Berlin, pour réclamer de meilleures conditions d’éducation. Selon la police, la manifestation s’est déroulée “dans le calme”. Les participants entendaient notamment afficher leur solidarité avec le mouvement lycéen français. 

 

Les manifestants ont principalement porté leurs revendications sur les moyens accordés à l’éducation et les conditions d’apprentissage, sans affrontements signalés lors du rassemblement du samedi. Des tensions avaient néanmoins été constatées quelques jours plus tôt dans la capitale allemande, le vendredi 16 octobre, une manifestation organisée devant un établissement scolaire du quartier de Friedrichshain avait donné lieu à des échauffourées entre participants et forces de l’ordre. Trois personnes avaient été interpellées, selon la police. Le lundi précédent, des élèves du lycée français de Berlin, situé dans le quartier de Mitte, avaient également bloqué l’accès à leur établissement pour exprimer leur soutien au mouvement étudiant.

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