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Comment faire une Validation des Acquis de l’Expérience à l’étranger ?

Par Justine Hugues | Publié le 13/02/2018 à 09:50 | Mis à jour le 27/02/2018 à 13:04
Photo : @ DAVA de Versailles
VAE expatriés bénévolat

Acquérir responsabilités et compétences, s’initier à un nouveau métier : c’est le lot commun des expatriés, rois de l’adaptation et de la réinvention professionnelles. Or, pour beaucoup, notamment les conjoints suiveurs et ceux qui pratiquent le bénévolat, ces expériences ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Regards sur la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), un dispositif assez inexploité bien qu’utile. 

A 54 ans, sans diplôme, Stéphane travaille en France pour la même entreprise depuis 27 ans. Accompagné par le cabinet Les 2 Rives, il a obtenu une licence professionnelle en VAE.  « Plusieurs postes, différentes responsabilités. Un matin, je me suis rendu compte que je n’avais pas de diplôme pour justifier de toute cette expérience et que j’aurais des difficultés si je me retrouvais sur le marché du travail. Aujourd’hui, je suis fier de moi car je me suis dépassé. J’ai eu une promotion et mon diplôme n’y est sûrement pas pour rien ». D’autres exemples similaires montrent que les bénéfices de la VAE sont importants en ce qui concerne l’image de soi et la sécurisation de l’emploi. 

Créée par une loi de 2002, la VAE a introduit une véritable révolution dans le monde de la formation : la reconnaissance que l’expérience (de travail salarié ou d’activités bénévoles) est d’une valeur égale au diplôme. Pour Danielle Kaiserburger, co-auteur du récent rapport Libérer la VAE. Comment mieux diplômer l’expérience,

 C’est un dispositif intelligent qui permet à tout le monde de progresser. Pourquoi quelqu’un devrait se contenter de faire des ménages quand il a les compétences pour devenir aide-soignant mais ne peut pas faire d’études ? 

 

La VAE, pourquoi ? Pour qui ? 

Mettre en adéquation son niveau d’activité avec son diplôme reste un critère indispensable à tout projet de promotion, insertion ou reconversion professionnelle, particulièrement en France, terre de sacralisation des certificats. Quels que soient son âge, son statut et son niveau de formation, toute personne ayant au moins un an d’expérience en rapport direct avec la certification visée peut prétendre à la VAE. 

Le dispositif est plus mobilisé par les salariés que les demandeurs d’emploi, majoritairement dans le secteur sanitaire et social. Le Diplôme d’État d’aide- soignant occupe la première place du podium, suivi par celui d’auxiliaire de vie sociale et le CAP petite enfance. Chez les expatriés, l’éducation à la cote. « Beaucoup ont enseigné dans des écoles à l’étranger et envisagent une licence ou un master de Français Langue Etrangère. On a aussi de nombreuses demandes pour des BTS: assistant de manager, banque, etc... », affirme Odile Papion, responsable du Dispositif Académique de Validation des Acquis (DAVA) de l’académie de Versailles. 

 

VAE expatriés
@ DAVA de Versailles 

 

L’accompagnement à distance, un outil clé

La VAE est une démarche individuelle mais pas solitaire. Si l’accompagnement n’est pas obligatoire, ni un gage de réussite, il y contribue largement. Les expatriés intéressés peuvent envoyer un CV détaillé (incluant les périodes de stage et de bénévolat) via la page contact du DAVA de Versailles. Ils recevront une réponse personnalisée et seront guidés à travers l’ensemble des étapes du dispositif. 

Le plus gros du travail est la constitution d’un « dossier d’expérience », en vue de la soutenance face au jury. Il s’agit de mettre en mots dans une « mini thèse » les compétences acquises par l’expérience et de les compléter par des recherches théoriques. « Comme nous connaissons bien les référentiels du titre visé et ce qui est attendu par le jury, nous prenons le temps d’aider les candidats sur la logique et la formulation.  Ce travail d’introspection est un bon moyen pour préparer l’oral, car les personnes apprennent à expliquer et défendre leur projet », nous dit Mme Papion. Le passage devant le jury (dont la réalisation à distance n'est pas encore généralisée) conditionne la validation du diplôme présenté. 

L’accompagnement à distance se fait sur plusieurs sessions: 24h au total, pour un coût moyen de 1.500 euros. Depuis la demande de recevabilité jusqu’au jury, le processus dans son ensemble dure entre 9 et 16 mois. 

 

Un parcours du combattant

Pour Odile Papion, «  il y a plusieurs centaines de demandes d’accompagnement chaque année, mais on n’a signé que 10 conventions avec les expatriés. Le principal frein est l’absence d’aide au financement quand on réside à l’étranger ». Associé à la longueur et la complexité du dispositif, ces facteurs expliquent qu’au niveau global, 307.000 personnes ont obtenu une VAE entre 2002 et 2014. Un score somme toute modeste pour une population active de 28.6 millions. 

« On nous dit souvent que c’est stimulant mais difficile : un vrai parcours du combattant », souligne Mme Kaiserburger. « Il y a des taux d’abandons élevés à toutes les étapes. Parfois, les jurys continuent de privilégier une approche scolaire. In fine, il n’y a pas eu de forte volonté politique de développer la VAE et c’est dommage ».

« J’encourage les personnes à lancer les démarches avant leur expatriation. Cela peut leur permettre de négocier avec les employeurs d’inclure le coût de l’accompagnement, ou de bénéficier des aides à la formation », conclut Mme Papion avec optimisme. 

 

Pour en savoir plus sur le bénévolat et la VAE chez les expatriés:

 

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
1 CommentairesRéagir
Commentaire avatar

Marie d'ailleurs mar 13/02/2018 - 11:07

Bonjour, je comprends bien que la validation a un coût mais celui-ci me semble scandaleusement élevé quand on sait que les demandeurs font cette démarche justement parce que les employeurs, eux, ne reconnaissent pas l'expérience acquise et en profite pour sous payer et/ou cantonner à des emplois de niveau inférieur. Ministère des affaires étrangères et de l'éducation, par exemple, ne devraient-ils pas inclure dans leurs obligations cette validation? Je suis à la retraite mais connais bon nombre d'expatriés qui ont reculé devant les couts , leurs activités à l'étranger ne leur ayant pas forcément permis d'accumuler les sommes évoquées. Si vraiment faut payer, pourquoi ne pas envisager une cotisation u une épargne correspondant par exemple à un pourcentage du salaire ? un 1% validation?

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