

Maquette du barrage Ataturk présentée au Forum de l'eau
Le besoin en eau a considérablement augmenté au cours du siècle dernier. En 2008, selon les Nations Unies, 1 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et près de 2 millions d'enfants meurent chaque année à cause de l'eau contaminée. L'eau est donc une ressource précieuse et la question de la répartition de cette richesse devient primordiale. Espérons que le 5ème forum de l'eau, qui vient de se clôturer à Istanbul, permette des avancées concrètes en matière de coopération entre les régions développées du monde et les zones en voie de développement ou plus paupérisées. Mais comment la Turquie se positionne-t-elle par rapport à ces enjeux ?
La Turquie, un pays riche en eau ?
La Turquie, pays très montagneux, irriguée de fleuves constituant 25 bassins hydrauliques, et entourée de mers, a souvent été considérée comme "le château d'eau du Moyen-Orient".
Néanmoins, si les précipitations annuelles moyennes sont de 643mm (avec de fortes disparités entre l'Anatolie Centrale, qui reçoit 250 mm, et le Nord-est de la Mer Noire, qui reçoit plus de 2 500 mm), elles connaissent une baisse de 29 mm tous les 100 ans. L'évaporation, très élevée déjà, avec un taux de 55%, est censée s'accroitre suite à l'augmentation des températures (+ 0,64° tous les 100 ans). D'après les projections des modèles climatiques, la Turquie sera soumise en 2030 à des "stress hydriques importants", comme 47 % de la planète.
Il faut aussi mettre en perspective les ressources et la population. Avec une population de 71.5 millions d'habitants (en augmentation considérable depuis 1967) dont les ¾ sont localisés en zone urbaine, la consommation en eau s'élève à 46 milliards de m3. La disponibilité en eau par habitant et par an représente donc 1.586 m3, contre 8.000 à 10.000 m3 dans les pays considérés comme riches en eau.
Selon les normes internationales, la Turquie ne peut donc pas être considérée comme un pays riche en eau, et on comprend mieux la politique intensive de construction de barrages menée par ce pays depuis les années 50.
D'une politique de réserve d'eau, privilégiant la logique de Bassin versant...,

Afin de réguler les ressources en eau en raison des fortes irrégularités de la pluviométrie suivant les années, les régions et les saisons, la Turquie s'est dotée d'un nombre impressionnant de barrages : 673, dont 260 grands barrages, avec une capacité totale de stockage de 140 km3.
Si cette politique de construction de barrages a souvent été qualifiée de "protectionnisme de l'eau"(lors du remplissage du grand barrage Atatürk en 1990, le débit de l'Euphrate avait été interrompu pendant un mois ?), la Turquie est en train de mettre "de l'eau dans son vin"par rapport au principe de souveraineté nationale (tout pouvoir au pays en amont d'un fleuve) en prenant plus en compte l'avis de ses voisins en aval des fleuves, afin de ne pas leur porter préjudice.
Les fleuves transfrontaliers, représentant 40 % des ressources en eau de la Turquie, sont un sujet particulièrement sensible. D'autant plus que 31% des ressources en eau de la Turquie viennent de l'Euphrate et du Tigre. Si aucune annonce n'a été faite sur la ratification de la Convention de New-York concernant la gestion des fleuves transfrontaliers, le forum de la semaine dernière a au moins eu le mérite de relancer le débat, avec le déplacement d'Abdullah Gül en Irak afin de trouver des compromis avec son voisin concernant le partage des eaux de l'Euphrate.
?à une régulation de la consommation de l'eau.

Pour Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, organisateur du Forum, "depuis 50 ans, les politiques de l'eau dans le monde entier ont consisté à apporter toujours plus d'eau. Nous devons entrer dans des politiques de régulation de la demande".
La Turquie va ainsi devoir remettre en cause son mode de consommation de l'eau, en particulier en évoluant vers une agriculture raisonnée et en s'attelant sérieusement au problème des eaux usées.
En 2008, 5.28 millions d'hectares sont équipés de système d'irrigation. D'ici 2023, il est prévu d'étendre ce réseau sur 8.5 millions d'hectares. Mais la dégradation des sols agricoles est un véritable problème, en particulier du fait des inondations, qui ont causé des dommages estimés à 100 millions de dollars par an sur les 15 dernières années. Les inondations sont d'ailleurs considérées comme la 2ème catastrophe naturelle en Turquie, après les tremblements de terre.
Quant à la détérioration des eaux de surface et souterraines, elle est due à une forte pollution, d'origine ménagère (en 2001, seulement 43 % des logements avaient accès à des fosses septiques et 56 % à des réseaux d'égouts) ou industrielle (en 2001, 60 % des eaux usées industrielles étaient déchargées directement dans la nature sans aucun processus de traitement).
De nombreux pays, dont la France, ont réclamé lors de ce Forum que l'eau soit considérée comme un droit, sans pour autant obtenir que cela soit inscrit dans la déclaration ministérielle finale. Mais en Turquie, la prise de conscience est en route. Veysel Eroglu, le ministre en charge de l?environnement, déclare que la gestion de l'eau est prioritaire pour répondre aux besoins des habitants. Mais si l'eau est un droit, le développement durable de l'eau implique aussi des devoirs.
Sources : rapport annuel 2009 sur l'eau de la DSI (Direction publique de l'eau turque)
Marie-Eve Richet (www.lepetitjournal.com Istanbul). Lundi 30 mars 2009.


































