Tiken Jah Fakoly et Asa joueront le 1er avril prochain dans la salle mythique du Barbican. Un concert reggae, soul, jazz et funk à ne pas manquer! A cette occasion, Lepetitjournal.com/londres s'est entretenu avec Tiken Jah Fakoly, un artiste passionné par la musique reggae depuis tout petit et engagé dans le réveil de la jeunesse africaine

Lepetitjournal.com : De quelle manière ce nouvel album African Revolution touche le public londonien?
Tiken Jah Fakoly : Cet album est plus international car son titre est en anglais, et il y a deux chansons en anglais. C'est un album qui est riche en instruments traditionnels africains que les Anglais apprécient beaucoup puisqu'il y a beaucoup d'artistes maliens qui vont en tournée en Angleterre. De plus, Londres est une ville très cosmopolite.
Comment choisissez-vous d'utiliser une langue plutôt qu'une autre?
Chez moi, cela vient naturellement, selon l'inspiration : je peux chanter en malinké – ma langue maternelle, en français ou en anglais. Je me suis mis à l'anglais depuis quelques temps, avec pour objectif d'ouvrir un peu ma musique parce que quand on veut attaquer une carrière internationale, c'est indispensable de chanter en anglais.
D'où vient votre nom de scène?
Mon père m'appelait Tieny, qui signifie " petit garçon " en malinké. J'ai commencé la musique avec un jeune Ivoirien qui ne parlait pas français et qui me surnommait Tiken, en voulant imiter mon père. J'ai trouvé que le nom était joli donc je l'ai gardé. Jah remonte à l'école primaire, où tout le monde m'appelait ainsi par rapport à la musique reggae, à Hailé Sélassié, au mouvement Rastafari, parce que j'aimais beaucoup le reggae et j'en parlais partout. Le nom Fakoly est venu en 1998, lorsque j'ai fait un peu de commerce entre la Guinée et la Côte d'Ivoire, je suis tombé sur un vieux Guinéen qui m'a raconté l'histoire de mon ancêtre Fakoly Koumba Fakoly Daba, le chef de guerre de l'empereur Soundjata Keita en 1235. Quand j'ai découvert cette histoire, j'ai décidé de prendre ce nom en hommage.
D'où vous vient cette passion que vous avez développé dés l'école primaire?
J'ai décidé tout seul d'écouter ce genre de musique. Mes parents étaient forgerons, ils ne savaient ni lire ni écrire et ils étaient âgés, donc ils n'écoutaient pas de reggae mais de la musique locale. Je n'avais pas non plus de grand frère qui écoutait de reggae. C'est moi qui ai découvert dans mon petit village dans le nord de la Côte d'Ivoire. Après cela, je n'ai plus écouté d'autre musique.
Comment African Revolution s'est-il construit?
J'avais envie de faire un album ouvert, qui ne fasse pas partie du reggae classique, Je voulais trouver un son différent de tout ce qu'on écoute comme reggae en ce moment. J'étais dans cet esprit là. Nous avons fait les maquettes à Paris, nous sommes allés en Jamaïque pour faire la basse, batterie et quelques guitares. A Bamako, nous avons décidé ensemble de faire l'expérience d'utiliser des instruments traditionnels dans presque tous les titres pour avoir la richesse d'une couleur originale de reggae. Pour finir, nous sommes venus à Londres pour faire le mixage. L'objectif était d'ouvrir à un plus large public. Le combat que nous menons doit être mené avec beaucoup plus de monde, donc on ne peut pas se contenter uniquement du public reggae.
Quel(s) combat(s)?
Le combat pour l'Afrique. Les Africains sont vus comme des sous hommes par les gens qui ne connaissent pas leur histoire. A travers notre combat, on essaye d'expliquer aux gens qu'avant les années d'esclavage et de colonisation, il y avait tout une civilisation en place sur le continent, qui a été perturbée par ces années traumatisantes. Le combat est aussi au niveau de la jeunesse africaine. Notre objectif est de réveiller la jeunesse africaine car personne ne viendra changer l'Afrique à notre place. Si l'on veut que nos enfants grandissent dans une Afrique différente de celle que l'on connait, il va falloir que les gens se bougent, comme en Tunisie ou en Egypte. Leur objectif n'est pas encore atteint mais le fait que le peuple montre ses muscles aux dirigeants, c'est déjà un grand pas.
Justement, African Revolution est en plein dans l'actualité. Quel regard portez-vous sur ces révolutions?
Ce sont des révolutions qui nous donnent beaucoup d'espoir, parce que chez nous, les dirigeants sont spécialistes du pouvoir à durée illimitée. Il est important que le peuple montre un moment qu'il ne peut plus accepter que les dirigeants viennent s'imposer à eux. La Libye c'est un peu différent car c'est la guerre en ce moment; mais les révolutions pacifiques nous inspirent beaucoup. Elles nous prouvent que le changement est possible. Mais je pense que ces révolutions n'arriveront en Afrique Noire que dans 10 ou 15 ans, car la majorité des gens ne sait pas lire, et il est difficile de savoir que l'on a des droits lorsque ne sait ni lire ni écrire. Ensuite, il va falloir les réclamer ensemble.
Vous parlez de cet espoir pour la jeunesse, que vous encouragez à réagir, à se lever, à voter. Quelles sont les rencontres qui vous ont données le plus d'optimisme?
Je rencontre de plus en plus de jeunes, que j'appelle la génération consciente. Ces jeunes là sont en Afrique, en Occident, et ils me donnent beaucoup d'espoir. Cela prouve la jeunesse se réveille doucement. Car le continent africain n'est libre que depuis 50 ans, c'est un peuple traumatisé par tout ce qu'il a subi comme esclavage et colonisation donc on a besoin de temps pour sortir de ce traumatisme.
Quel est le rôle de la musique dans cette action?
La musique a pour rôle de réveiller car la politique a beaucoup déçu. Certains partis s'opposent pendant presque trente ans et, une fois arrivés au pouvoir, ils font pire que ceux d'avant. Les populations aujourd'hui écoutent beaucoup de musique et font attention aux messages des artistes. Si nous sommes nombreux, nous aurons la capacité de réveiller le peuple africain, de lui expliquer que personne ne viendra changer son destin à sa place. C'est ce que j'essaie de faire et je pense que c'est également ce que beaucoup de jeunes artistes de la nouvelle génération essaient de continuer.
Pour vous, la musique doit-elle toujours transmettre un message politique?
Quand il s'agit de reggae, la musique est toujours reliée à la politique. Notre rôle est de défendre ceux qui sont manipulés par les hommes politiques. Cela crée bien souvent des accrochages, bien que nous ne fassions pas de politique. Pour moi, la musique doit être toujours au service du peuple, surtout quand il s'agit de reggae. Tous les artistes qui font du reggae aujourd'hui essaient de prendre position par rapport aux réalités de leurs pays et c'est ça qui est bien.
Que pensez-vous de votre duo avec Asa?
A chaque fois qu'on s'est rencontrés on a fait des duos ensemble et on a décidé de concrétiser ça en studio, avec Political war, qu'on va interpréter en live pour la première fois, devant le public londonien. C'est un réel plaisir de travailler avec Asa qui a une voix exceptionnelle. Pour moi, elle représente bien la femme africaine dans le combat d'aujourd'hui, car le développement de l'Afrique est aujourd'hui basé sur les femmes. Ce sont elles qui se battent, qui vendent des oranges et des galettes sur les marchés pour avoir assez pour emmener les enfants à l'école, alors que les hommes n'ont pas franchement de boulot. Pour moi, Asa représente bien la femme africaine parce que c'est une battante.
Propos recueillis par Justine Martin (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 25 mars 2011
Plus d'infos:
http://www.myspace.com/tikenjah
http://www.myspace.com/asaofficial
4 April 2011 / 19:30
Barbican Hall
Tickets: £12.50 - 20
http://www.barbican.org.uk/visitor-information


































