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DANS LA MAISON (IN IHREM HAUS) - Le nouveau film de François Ozon sur les écrans allemands : quand la curiosité devient un très vilain défaut

 

Après avoir conquis la critique parisienne et les spectateurs français à l'automne dernier, Dans la maison arrive en Allemagne : récit captivant d'un écrivaillon voyeur qui vire peu à peu à la psychopathie, le film nous embarque en même temps que ses personnages dans une descente aux enfers aux allures de curiosité innocente.

Tout commence gentiment : un professeur de littérature blasé et éteint (Fabrice Luchini) dans un collège-lycée lambda, des mauvaises copies, un élève timide au passé familial difficile qui se révèle être un futur prodige (Ernst Umhaeur)? le cadre est posé pour un film bien ennuyeux sur les relations entre professeur et élève.

Un thriller psychologique
Un peu drôle et parodique, un peu curieux au début, le film vire pourtant rapidement au thriller psychologique, lorsque Claude, l'élève prodige, s'introduit dans une famille « normale », qu'il a observée pendant un an depuis le banc du jardin public d'en face. Sous prétexte d'aider son ami Raphaël en mathématiques, il observe, il décrit, et nous entraîne dans une curiosité malsaine qui nous gagne tout autant que son professeur, Germain, écrivain raté qui voit en son élève le talent qu'il aurait aimé avoir. C'est pourquoi il le pousse à écrire, lui donne des conseils en littérature et l'encourage à "travailler" ses personnages. Et Claude de s'engager dans une observation dont on sent qu'elle est plus que déplacée, mais dont on ne peut détacher le regard : "A suivre?", écrit-il à la fin de toutes ses copies, pour entretenir le suspense de Germain et des spectateurs.
Des liens qui se créent peu à peu, on ne sait plus juger : la fascination exercée par Esther, la mère de Raphaël, à "l'odeur si singulière d'une femme de la classe moyenne", est-elle uniquement celle ressentie par un écrivain pour son personnage ? La reconnaissance de Raphaël envers son ami dépasse-t-elle vraiment les limites de l'amitié ? Et qu'en est-il de Germain, le professeur blasé qui délaisse son épouse (Kristin Scott Thomas), pour consacrer tout son temps à lire et corriger les écrits d'un élève qu'il admire sans l'admettre ? Après quelques copies rendues, et des épisodes troublants qui s'enchaînent les uns après les autres, on ne sait plus distinguer l'histoire de ?l'histoire dans l'histoire : le seul qui sait ce qui se passe réellement, ce pourrait être Claude. Mais ne se laisse-t-il pas lui aussi prendre à son propre jeu ?

"A suivre..."
Car Dans la maison est bien le récit d'un récit, et nous vivons en même temps qu'eux, les personnages de fiction, le suspense créé par Claude. Ce que nous voyons à l'écran, est-ce ce qu'il voit, lui, ou ce qu'il écrit pour Germain ? Impossible de démêler le vrai du fictif, et dans cette mise en abyme de la création artistique, nous sommes aussi coupables que Germain, qui se laisse prendre par son élève et le pousse à s'immiscer dans une famille heureuse pour l'observer et finalement la détruire. Sans savoir placer la limite entre l'histoire et le récit de Claude, et par conséquent, sans pouvoir distinguer l'acceptable du malsain, nous nous laissons aller à un voyeurisme fasciné que l'on veut bien prendre pour une curiosité innocente de connaître la suite.

La suite, c'est ce qu'on attend tout au long du film : il ne se passe pourtant pas grand-chose - on n'est pas dans Skyfall : pas d'explosions, pas de courses-poursuites, pas de MI6, pas de criminels (?) ! Mais tout de même, comment tout cela peut-il finir ? se demande-t-on. "A suivre?" ; cela revient souvent, à chaque copie rendue par Claude : le processus est enclenché, la curiosité nourrie juste assez pour subsister et nous tarauder toujours plus ?et plus moyen de revenir en arrière. Il y aura une fin, il doit y avoir une fin, mais dans cette descente infernale, les personnages ne peuvent plus faire marche arrière, et pas même s'arrêter où ils en sont. Jusqu'où faudra-t-il aller, donc, pour que les personnages fassent tomber les masques et aillent jusqu'au bout d'eux-mêmes ?
François Ozon signe magistralement un drame aux allures de parodie, où l'illusion fonctionne sur notre propre curiosité, exacerbée sous la plume d'un adolescent qui n'a que cette envie bien souvent partagée de voir comment les autres vivent, d'entrer au c?ur de la maison. Thriller entraînant et glaçant en même temps, fenêtre sur la maison d'une famille et d'un professeur au bord de la destruction, un film ?à suivre, donc.

Caroline Dabard (www.lepetitjournal.com/cologne) Vendredi 7 décembre 2012

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