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Mona, une femme au destin exceptionnel, au service de la vie.

Par Béatrice Bernier-Barbé | Publié le 06/04/2018 à 10:30 | Mis à jour le 09/04/2018 à 18:42
Photo : Stéphane Tourné
Mona-Chasserio-Maison-Rose

Mona Chasserio fait partie de ces femmes de cœur qu'il faut avoir rencontré au moins une fois dans sa vie.

Aller à la source de la souffrance

À la fois douce, brillante, sensible, forte et déterminée, Mona arrive au Sénégal, plus précisément à Guédiawaye, il y a une dizaine d’années. Cette expatriation n'est pas le fruit du hasard, au contraire. C'est le cheminement d'une vie dévouée à la cause des femmes et des enfants. En effet, pendant plus de trente ans, Mona s'occupe des femmes parisiennes qui vivent dans la rue. Pour comprendre ces femmes, "aller à la source de la souffrance" et comprendre l'inexistence, elle renonce à sa vie de famille confortable dans laquelle elle occupe un poste à responsabilité au sein de l'industrie pharmaceutique et vit dans la rue au côté de ces femmes, pendant deux ans. Elle fait l'acquisition d'une maison dans le 13ème arrondissement parisien et fonde l'association « Cœur de Femmes ».

Son objectif : faire renaître ces femmes, marche après marche, et transformer l'inexistence en existence.

La structure dispose à la fois d'un accueil de jour et d'une capacité d'hébergement. Elle rencontre et travaille avec des personnes qui sont comme elle dans l'Humain : l'Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle, Mère Marie-Thérèse, Théodore Monod, Simone Veil, France Gall, le Cheikh Bentounes. Dans son livre « Cœur de Femmes », édité en 2005, elle raconte son engagement au côté des plus démunies dont elle découvre la force de la richesse intérieure. Ce livre est l'occasion pour chacun d'entre nous de changer notre regard sur la pauvreté matérielle.

 

Coeur de Femmes

 

Quelques années plus tard, elle récupère une péniche à Neuilly, pour un franc symbolique, et dispose de 15 couchages supplémentaires. Mona reçoit le « Prix de la Solidarité », le « Prix de l'Humanisme » ainsi que le titre d' »Officier de la Légion d'Honneur » en 2008 à l'Élysée.

La rencontre avec Danielle Hueges : A l'époque, Danielle est chargée de Mission pour le compte du Ministre sur le thème de la pauvreté. Comme une évidence de travailler ensembles, le courant passe tout de suite entre les deux femmes. Elles ne se quittent plus et mettent en place un projet de co-développement pour l'Afrique, au Sénégal. Persuadées que les femmes sont les piliers d'une famille debout, elles fondent l'association « Unies vers'elle ».

 

Sandrine Lemare et Mona Chasserio

 

Donner du sens à sa vie, c'est différent que de faire du social

 

La rencontre avec Sandrine Lemare : A plusieurs reprises, Sandrine et Mona auraient dû se rencontrer grâce à de nombreuses connaissances communes, sur deux continents, mais la vie en a décidé autrement. Finalement, elles se voient pour la première fois, il ya quinze ans et deviennent tout de suite sœurs de cœur. Sandrine est arrivée au Sénégal il y a plus de vingt ans. Cette sociologue, pour qui le Wolof n'a plus de secret, a travaillé longtemps sur le terrain avec l'ONG ENDA (environnement et développement du Tiers-Monde). A titre bénévole, Sandrine est également membre du bureau de l'ADFE Dakar (association démocratique des français de l'étranger). Depuis septembre 2017, elle a rejoint l'équipe de Unies vers'elle car elle souhaite transmettre les mêmes valeurs que celles de l'association. Pour Sandrine, "l'autre, c'est moi". Travailler et s'investir aux côtés d'Unies vers'elle, c'est "donner du sens à sa vie, c'est différent que de faire du social. Si une personne se présente à vous avec une plaie pour que vous la soigniez et que vous lui mettez un pansement sur la plaie, vous pensez qu'elle sera guérie ? Non ! La plaie continuera de grossir et de ronger la peau sous le pansement. Et bien c'est la même chose quand vous faites de l'humanitaire au lieu de faire des actions humaines."

La philosophie d'Unies vers'elle

Cette association de solidarité fêtera ses 10 ans l’an prochain et comprend pour le moment deux centres : la Maison Rose et l'Espace Amis des Enfants Yaakaaru Guneyi. Elle repose sur une philosophie d’accompagnement spécifique : "Écouter, Voir, Accompagner, Éduquer".

Ses principes ? La relation à l’autre et la création d’espaces d’échanges et de partage, sans aucun jugement de valeur ou de principe.

 

Mona Chasserio

 

Mona s'explique: "Il est impératif de ne jamais oublier que chaque enfant, chaque femme est unique, qu’il ne peut y avoir de certitudes. Il faut donc, constamment, adopter une position d’observation et de reconnaissance et exclure, immédiatement, tout jugement. La souffrance pousse à se fabriquer une carapace protectrice en mettant en place des mécanismes de défense qui se manifestent. Nous essayons de remettre les valeurs individuelles et de transformer le négatif en positif, de réparer ce qui a été cassé. Malheureusement, certaines femmes ne peuvent pas renaître. Pour toutes les autres, celles qui repartent, elles sont debout."

 

Quand tu rentres dans la Maison, poses ton sac à dos

 

L’association tisse un partenariat étroit avec la stratégie nationale de protection de l’enfant et des violences faites aux filles et aux femmes.

Elle accueille des enfants et des jeunes femmes qui se retrouvent dans des parcours de vie qui les exposent de manière extrême. Elle met en place des actions pour les protéger et maintient les liens avec les services départementaux institutionnels, les organisations de la société civile et la communauté locale. Elle organise également des plans de formation à l’attention des jeunes femmes et des garçons pour leur garantir une autonomie financière future et développer en chaque femme ses propres qualités.

A titre d'exemples, c'est de la Maison Rose que sont sorties formées la première femme semencière bio, la première athlète de cirque ou la première boulangère du Sénégal. De plus, elle permet un meilleur accompagnement global des victimes qui ont subies toutes sortes de violences. Elle offre un cadre sécurisant et organise des séances de médiation familiale, des accompagnements séquentiels et multi sectoriels. Unies vers'elle emploie 30 personnes à plein temps et reçoit régulièrement des intervenants qui souhaitent s'impliquer dans la vie culturelle, artistique et sportive de l'association. Ainsi, pour permettre à ces femmes et ces enfants de "reprendre pleine possession de leur corps et de leur tête" et de travailler sur leur imaginaire, l'association offre la possibilité de participer à des ateliers de cirque avec Sencirk, de yoga, de théâtre, de dessin (art thérapie), de danse, ou encore de musique avec la troupe « Le salon idéal » venue de France l'an dernier.

La Maison Rose Dar As Salam est un espace d’amour, de respect et de dignité réservé aux jeunes filles et aux bébés. "Quand tu rentres dans la Maison, poses ton sac à dos". C'est la première phrase qui accueille les nouvelles venues. Pour Mona, "Chez nous, c'est le temps des chameaux. Il n'existe pas." L'architecture du bâtiment illustre la philosophie de la Maison Rose: l'entrée principale débouche sur une grande cour et un escalier en colimaçon permet d'accéder aux étages. "On rentre dans le ventre, au plus profond des souffrances du corps et de l'âme pour ensuite renaître et s'élever pour accomplir sa mission de vie." Depuis sa création, 140 bébés sont nés à la Maison Rose. Pour Mona, "dans chaque bébé, il y a un trésor, et le métier qu'il fera doit lui permettre de réaliser son œuvre, celle pour laquelle il est venu sur Terre et qui lui permettra de se réaliser."

 

Notre but, c'est de réussir à leur faire sortir ce qu'elles ont de positif en elles et de leur faire retrouver la joie de vivre.

 

La maison Rose en 2017 en chiffres c’est : 337 enfants mineurs accueillis et pris en charge, 52 femmes majeures, et 26 bébés qui sont venus au monde.

Ces jeunes filles ont pour la plupart d'entre elles subi des violences sexuelles, des grossesses non désirées ou des mariages forcés. À leur arrivée, elles étaient dans des situations de vulnérabilité familiale et avaient subi des violences physiques, émotionnelles et psychologiques. Grâce à cette structure et à son personnel, elles ont trouvé une écoute, du réconfort et des soins dispensés sur place. Ainsi, la possibilité de se reconstruire leur a été offerte. "Tous les vendredis, nous organisons des groupes de parole", explique Mona. "Au fur et à mesure des semaines, les transformations et les évolutions s'opèrent. Les enfants et les femmes s'ouvrent à la parole." Elle témoigne : "Je me souviendrai toujours de la petite Aicha, chassée de chez elle à l'âge de 12 ans et tombée dans un réseau forcé de prostitution de mineurs qui opérait aux Almadies, sous couvert de soi-disant salons de massage. Lorsque la police a démantelé le réseau l'an dernier, Aicha est arrivée à la Maison Rose, enceinte et droguée. Des fillettes enceintes, nous en accueillons souvent ici. Notre but, c'est de réussir à leur faire sortir ce qu'elles ont de positif en elles et de leur faire retrouver la joie de vivre."

 

SANDRINE LEMARE

 

L’espace Amis des enfants Yaakaaru Guneyi est un centre d’hébergement d’urgence pour garçons. "Ici, la souffrance est un levier pour se relever", explique Sandrine. "Au final, on est tous responsables de la Maison Rose et de Yaakaaru. On ne peut pas se désengager. Ce serait criminel. Notre association sert également 80.000 repas par an ».

Yaakaaru en 2017 en chiffres c’est : 450 enfants mineurs mis à l’abri et hébergés dans l’urgence grâce au centre, et 104 enfants qui ont bénéficié d’une prise en charge journée (du lundi au vendredi), une durée moyenne de séjour au centre comprise entre 1 et 8 jours. Ce sont majoritairement des enfants perdus, en errance, qui se sont enfuient car ils étaient forcés à mendier ou qui étaient dans une situation de vulnérabilité ou de rupture familiale. La structure a permis à 233 d’entre eux de retourner dans leur famille dans de bien meilleures conditions.

Les centres fonctionnent en continue 24 heures sur 24 et 7jours sur 7. Afin de mener au mieux l’ensemble de ces projets humanistes, l’association a su s’entourer en interne de professionnels : des éducateurs spécialisés, des sociologues et psychologues, des infirmiers, des travailleurs sociaux, des puéricultrices, des animateurs, des cuisiniers, des surveillants, des chauffeurs et des gardiens. Elle dispose également d’un comité de gestion qui organise régulièrement des réunions et produit des bilans comptables. En externe, l’association est membre de plusieurs comités officiels nationaux. Grâce à la Direction de la Protection des Enfants et des Groupes Vulnérables, Save the Children et le Service Social International, le personnel des deux structures a pu bénéficier de 13 formations en 2017, 730 entretiens psychosociaux individuels et 880 ateliers psychosociaux ont été menés auprès des enfants et jeunes femmes.

Unies vers’elle a signé des partenariats avec des organismes comme l’UNICEF, Save The Children et l’ONU Femmes et recherche également des financements privés auprès des sociétés de la place, des organisations communautaires de la société civile et des organisations internationales et de coopération. Cette recherche constante de fonds et de partenaires est motivée par la recrudescence du nombre toujours plus important de mineurs et jeunes adultes dans des situations extrêmes qui se présentent aux centres.

 

Mona Chasserio

 

"Le jeudi 12 avril prochain, nous organisons un colloque au Radison Blu entre 9h et 11h. Nous espérons y accueillir de nombreux participants et futurs partenaires, soucieux de la cause des enfants et des femmes au Sénégal. Nous avons un grand projet : agrandir la Maison Rose grâce à une annexe mitoyenne dont nous venons de faire l'acquisition du terrain. Le bâtiment actuel est insalubre. Il doit être rasé et reconstruit afin de permettre la création d’un véritable espace dans lequel nous pourrons faire séjourner plus longuement les jeunes mères accompagnées de leurs nourrissons qui sont dans l’apprentissage d’un métier afin qu’elles deviennent financièrement autonomes. Nous comptons sur vous pour nous rejoindre lors de ce colloque, que ce soit pour nous rencontrer, nous proposer votre aide humaine, financière ou logistique (spécialistes du Bâtiment et de la construction)". Mona.

 

Mona ne demande jamais rien pour elle, c'est toujours pour les autres. Elle vit en accord avec ses convictions.

Nicolas Sarkozy

Mona, c'est le genre de femmes en face de laquelle on se sent toute petite. Non pas qu'elle soit grande de taille, au contraire, mais tellement son cœur est grand ! Quand vous discutez avec Mona et que vous vous perdez dans ses grands yeux clairs, le don de soi et l'aide aux autres s'impose à vous, telle une évidence.

 

Notre but primordial dans la vie est d'aider les autres. Et si vous ne pouvez pas les aider, au moins ne leur faîtes pas de mal

Le Dalai Lama

 

Page Facebook : Unies vers'elle - Sénégal

Groupe Facebook : LES AMIS DE LA MAISON ROSE

Site internet 

email Mona

 

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2 Commentaire (s)Réagir
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A '' Tripeira" lun 09/04/2018 - 13:32

Enfin, je viens de lire un article, super bien illustré du parcours de mon amie Mona que j'ai l'honneur de connaitre depuis trente années... Je la revois, encore, ce soir-là, neigeux, arrivée à l'Abri de Nuit'' à la veille des fêtes de Noël, demander à nous,' "Éducateurs'' (j’étais de service), si il y avait parmi les 36 femmes hébergées, un groupe de jeunes femmes seules, le soir de Noël, pour passer les fêtes avec elle, chez les ''Petites Sœurs '' à Paray. Le Moniale. j'ai eu du mal à convaincre les 6 jeunes volontaires a aller dans un Couvent avec une inconnue qui est devenue quelque temps plus tard ''leur mère'' à ''Cœur de Femmes". Elles sont revenues après les fêtes ravies de leur séjour en me disant que personne ne les avait ''obligé'' même pas à aller à la Messe... C'est grâce à l'intervention de Mona, qui avait alerté les Médias, la Télévision, sur le règlement trop strict, ouverture à 17h et fermeture à 9h du matin, que cet Abri de Nuit est devenu un CHRS ! Je lui ai envoyé parfois, des filles trop malades ou enceintes passer la journée dans son petit studio Boulevard Diderot, en attendant l'ouverture du Centre... Quand j'ai fait mon Mémoire sur les Femmes à la Rue ou Presque'' de ES, je lui ai demandé de me faire l'honneur de le conclure et le préfacer, j'en suis fière. Je ne t'oublierais jamais et au nom de toutes ces femmes que nous avons connu pendant des années et que tu as suivi aussi, leur parcours, je te dis Merci... Paris n'a pas su te garder en France, ou tu manques tellement auprès des ''Femmes sans Abri'' mais voilà, au Sénégal, d'aprés cet article, à qui je félicite son auteur, tu fais avec Danielle un travail humain formidable... que Dieu vous Bénisse, ta fidèle amie qui t'embrasse du Portugal.

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Joce .... mar 10/04/2018 - 13:40

Bravo à ces femmes et à tous ceux qui donnent beaucoup d’eux mêmes !

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