Édition internationale

CLEARSTREAM – Rondot distribue les notes

La promotion Clearstream est réunie pour la troisième semaine. Dans cette affaire trouble, le témoignage du surveillant général, Philippe Rondot, était attendu avec impatience. Appuyé par ses carnets d'observation, le militaire n'a pas hésité à attribuer des notes de comportement. Et il semblerait que les élèves passés au crible soient loin d'obtenir les honneurs

(Rédaction internationale) - Le général Philippe Rondot (AFP) a été entendu hier en tant que principal témoin de l'affaire Clearstream. Les notes de l'ancien chef du renseignement au ministère de la Défense avaient été découvertes lors de différentes perquisitions. Ses carnets à spirale ont permis d'en savoir plus sur les dessous du scandale des faux listings et de révéler l'implication de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Ce dernier acculé par les autres accusés, nie pourtant toute responsabilité. D'une voix calme et posée, le militaire a, durant 4 heures, distribué les mauvais points. En tant qu'observateur passif de l'affaire, ses notes sont une vraie mine d'or pour l'instruction. "Je suis un officier du renseignement, je note, j'observe, j'écoute et je rencontre.", a-t-il souligné avant son grand oral.

Imad Lahoud, Passable : "ment à ses camarades" 
Alors qu'Imad Lahoud prétend n'être qu'un simple exécutant, qu'une "chose" aux mains de Jean-Louis Gergorin, le général Rondot dépeint de lui une toute autre image. Il décrit un homme en quête de reconnaissance, attiré par l'argent facile et prêt à tout pour entrer dans le monde du renseignement. "Je pense qu'il a abusé Jean-Louis Gergorin, comme il m'a trompé. Dans notre métier, nous employons une expression qui peut choquer pour qualifier ce type de personnage : escroc au renseignement", a déclaré le conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales (CROS). Son témoignage a d'autant plus de poids que Philippe Rondot connaît bien le mathématicien : il l'a aidé à entrer, pour une courte période, à la DGSE.

Jean-Louis Gergorin, Peut mieux faire : "n'apprend pas ses leçons"
Le général Philippe Rondot dédouane en partie l'ancien vice-président d'EADS. Jean-Louis Gergorin serait, selon lui, fasciné par le monde du renseignement et présente "une forme d'obsession sans connotation péjorative pour les complots, internationaux ou autres". Il aurait été le premier à évoquer le nom de "Bocsa"(alias Nicolas Sarkozy) le 9 janvier 2004. Alors que les soupçons de Rondot sur la véracité des listings sont de plus en plus forts, le militaire avertit Gergorin qui fait la sourde oreille. L'ancien directeur du Centre d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères semble croire aveuglement en Imad Lahoud.

Dominique de Villepin, Bonnet d'âne : "n'assume pas ses responsabilités"
Depuis le début du procès, l'ancien Premier ministre ne change pas ses propos d'un iota : il n'a eu que deux réunions avec Gergorin, une en janvier et une en juin et Nicolas Sarkozy n'a jamais été cité. Le général Rondot détruit de son débit lent la défense du politicien. "Oui"Villepin a prononcé le nom de l'actuel président de la République, "oui"il avait indiqué avoir reçu des instructions du président Jacques Chirac et "oui"il a libéré Imad Lahoud, lorsque celui-ci était placé en garde à vue par la police dans une affaire d'escroquerie. A l'heure des confidences, Dominique de Villepin aurait même avoué au général : "Si nous apparaissons, le PR (le président de la République ndlr) et moi, nous sautons".

Comment va réagir Dominique de Villepin suite à ces déclarations accablantes ? Le général sait que l'ancien Premier ministre fera tout pour diminuer son influence sur l'instruction. Mais en tant que haut gradé, Philippe Rondot ne peut accepter qu'on mette son honneur en question : "J'ai agi en militaire. Je n'admets pas qu'on mette ma parole en doute. Je n'ai pas un QI de pétoncle!", a-t-il conclu à la fin de la lecture de ses carnets de note. Pas sûr qu'après son exposé les élèves polissons puissent sortir blanchis du conseil de discipline.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 6 octobre 2009

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