

Sarkozy et Villepin se serrant la main, on n'est pas prêt de revoir ça (AFP)
(Rédaction internationale) - Le tribunal correctionnel de Paris doit juger, dès aujourd'hui et ce pour un mois, un dossier délicat : celui de l'affaire Clearstream. Le scandale des faux listings de la chambre de compensation luxembourgeoise du même nom a fait couler beaucoup d'encre depuis sa mise en lumière il y a déjà cinq ans.
De fausses accusations
Le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke reçoit en 2004 des courriers anonymes dans lesquels des personnalités politiques et du monde des finances sont accusées de détenir des comptes occultes dans la société financière luxembourgeoise. S'appuyant sur des listings, le juge met en garde à vue Philippe Delmas, l'ancien vice-président d'Airbus. Les autorités judiciaires se rendent finalement compte que les listings sont faux et démasquent le corbeau, qui n'est autre que le vice-président d'EADS, Jean-Louis Gergorin. Philippe Delmas porte alors plainte pour "dénonciation calomnieuse".
La politique s'en mêle
L'histoire, qui dans un premier temps passe pour une rivalité industrielle, aurait pu en rester là. Mais en janvier 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, porte plainte car il figure, lui aussi, à deux reprises dans les listings falsifiés. L'affaire prend définitivement une tournure politique quand les deux juges chargés de l'instruction, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, tombent sur les carnets d'un militaire rattaché au ministère de l'Intérieur, le général Philippe Rondot. Ce témoin de l'affaire avait tout minutieusement consigné dans ses carnets, aujourd'hui à la base du procès. Le corbeau Gergorin, aidé par l'informaticien/faussaire Imad Lahoud, aurait fait part, en 2003, des listings truqués au ministre des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin. Celui-ci, selon le général, aurait demandé, sous l'impulsion du président Chirac, de poursuivre discrètement l'enquête. Après plusieurs entrevues, Dominique de Villepin aurait demandé à Gergorin de signaler l'affaire à la justice alors même que le ministre, toujours selon Rondot, était au courant de la falsification des listings.
Sarko Vs Villepin
Depuis l'implication de Dominique de Villepin dans l'affaire, les joutes verbales entre l'ancien Premier ministre et l'ancien ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac se sont multipliées. Nicolas Sarkozy en est certain, Dominique de Villepin aurait tout tenté pour saboter sa course à l'Elysée. Le Président qui se constituera partie civile lors du procès, est bien remonté contre son ancien collègue et a même déclaré vouloir "pendre le coupable à un croc de boucher". Dominique de Villepin, lui, nie depuis le début les faits qui lui sont reprochés et dénonce l'acharnement du Président à son encontre. Il est aujourd'hui poursuivi pour "complicité de dénonciation calomnieuse". Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud sont eux accusés, entre autres, de faux et usage de faux. Un ex-auditeur d'Arthur Andersen, Florian Bourges, et un journaliste, Denis Robert, les accompagnent sur le banc des accusés pour avoir fourni des listings authentiques de Clearstream. Les juges auront jusqu'au 21 octobre pour déterminer la culpabilité des uns et des autres dans cette affaire politique, qui vivra encore certainement de nombreux rebondissements.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) lundi 21 septembre 2009
En savoir plus
Quizz de l'Express, Connaissez-vous bien l'affaire Clearstream ?
Article du Parisien, Procès Clearstream, le duel Sarkozy- Villepin




































