La pureté des lignes et les immenses bâtiments blancs qui surgissent de nulle part caractérisent l'EUR, d'apparence statique et dense. Nombreux sont les cinéastes qui ont choisi ce quartier de Rome comme arrière-plan pour leur film. L'EUR est encore aujourd'hui un des cadres favoris des productions cinématographiques et télévisuelles. Lepetitjournal.com retrace l'histoire de ce plateau de tournage, pas tout à fait comme les autres.
(Palazzo della Civiltà italiana/del Lavoro -Photos Karolyn Simon)
Roberto Rossellini a été le premier à montrer l'EUR au cinéma, avec le Palazzo della Civiltà del Lavoro, qui apparaît au loin dans une scène de Rome, ville ouverte. Michelangelo Antonioni nous a aussi fait voir l'EUR de loin dans La Dame sans camélia : un fond froid pour une histoire d'amour impossible, presque une anticipation de ce qu'il représentera dans L'éclipse. Dans ces années-là, le quartier était également utilisé pour les scènes extérieures de films historiques, comme pour Attila de Piero Francisci, où la forêt de la Pannonie n'est autre que le bois des eucalyptus, près de l'abbaye des Trois Fontaines.
Dans les années 50, la construction des bâtiments de l'E42 se terminent. La via Cristoforo Colombo ouvre la voie de Rome jusqu'à la mer. On se promène sous les arcades de la viale della Civiltà del Lavoro, on joue à Luna Park, et les immeubles de la zone résidentielle, qui seront habités par la riche bourgeoisie romaine, commencent à se construire. Le cinéma suit le développement du quartier et met en évidence les caractéristiques de l'EUR. L'intérieur des édifices est utilisé pour montrer la modernité, comme dans Susanna tutta panna de Steno. Antonio Pietrangeli se servira quant à lui du cadre désert de nuit pour Nata di marzo, film qui doit en réalité se dérouler à Milan.
Le boom des années 60
Les JO de 1960 seront l'occasion de faire de l'EUR le lieu où les Romains vont faire un tour le dimanche : les nouvelles installations sportives, le lac, les jardins et Luna Park transforment le quartier. Très vite seront construits de hauts édifices, symboles de la modernité. Exemple d'une nouvelle prospérité pour Rome : Fellini fait voler l'hélicoptère de La Dolce Vita au-dessus des immeubles où de jeunes femmes prennent le soleil sur le toit, mais il montre également le côté presque fantomatique, monumental et futuriste de l'EUR dans Boccaccio 70.
La perception qu'a Antonioni de l'EUR est différente : le quartier désert que traversent les personnages de L'éclipse devient une métaphore spatiale de la solitude et du vide intérieur. C'est également les vides et les architectures de l'EUR que choisit Ubaldo Ragona pour accentuer la solitude de son survivant dans Le Dernier homme de la Terre.
Cinéma, télévision et publicités d'aujourd'hui
Depuis les années 90, l'EUR est aussi devenu un lieu de tournage prisé pour les productions télévisuelles (Commesse, Incantesimo, Distretto di polizia) et publicitaires (Nike, Tim, Toyota, Enel, Vodafone). Le cinéma recommence à utiliser l'EUR comme partie intégrante des scènes : le Colisée carré dans Titus de Julie Taymor, avec Anthony Hopkins, le bureau de Mussolini près du Musée des Arts et Traditions Populaires dans Un thé avec Mussolini, de Franco Zeffirelli, les courses de voiture la nuit dans Vitesse maximale de Daniele Vicari, ou encore le lieu du premier vol de la bande de la Magliana dans Romanzo Criminale de Michele Placido.
Karolyn Simon (http://www.lepetitjournal.com/rome.html) mercredi 14 septembre 2011




































