CHENNAI, Prête pour la prochaine mousson ?

Par Annick Jourdaine | Publié le 29/09/2022 à 01:00 | Mis à jour le 03/10/2022 à 05:58
un rickshaw dans une rue inondée de Chennai

Dans deux ou trois semaines, la mousson annoncera Diwali et Chennai aura les pieds dans l’eau. 

 

La ville s’y prépare. Face aux importantes inondations de l’hiver 2021, le gouvernement local a lancé un vaste programme de travaux pour étendre et restaurer le réseau de drainage des eaux de pluie. C’est une course contre la montre car de nombreuses rues sont encore éventrées sous l’effet des pelles mécaniques et coups de pioche. Les nouvelles canalisations attendent pour être raccordées avant la pluie. 

 

Réparation des drains en vue de la mousson à Chennai
Travaux en cours dans Chennai

 

Mousson d’été, mousson d’hiver 

Le terme mousson vient de l’arabe mawsim, qui signifie saison. Pour les navigateurs d’Occident, c’était la bonne saison pour rejoindre la péninsule indienne. 

Comme phénomène météorologique, la mousson est un vent tropical causé par le fait que la terre s’échauffe et se refroidit plus vite que les masses d’eau. 

A l’échelle de l’Inde, à partir de juillet, l’élévation de température plus rapide de la terre provoque des vents qui soufflent du sud-ouest, depuis l’océan. C’est la mousson d’été qui arrose une très grande partie du pays jusqu’en septembre et représente près de 80 % des précipitations totales. L’excès et la violence des pluies sont la cause de bien de catastrophes mais ils constituent aussi la principale source d’irrigation et d’alimentation en eau de la population et du bétail. 

 

Une rue inondée à Chennai en novembre 2021

 

A  Chennai, c’est la mousson d’hiver qui est attendue. A partir de septembre, les terres du nord de l’Inde se refroidissent. La différence de température avec les eaux du golfe du Bengale provoque des vents depuis la terre, selon l’axe nord-est. En passant sur l’océan, le vent se charge d’humidité et va la répandre sur la côte sud-est. Les pluies sont en général moins abondantes que celles de la mousson d’été, mais le Tamil Nadu en bénéficie largement. La mousson d’hiver représente 50 à 60 % de sa pluviométrie annuelle. 

 

Une mousson d’été 2022 forte mais déséquilibrée

En cette fin de septembre, le bilan de la mousson d’été montre un excédent de pluies par rapport à la moyenne de + 7 % pour l’ensemble du pays. 

Ce chiffre cache de grosses disparités avec une dizaine d’états en déficit d’eau dont certains en grande proportion : Pendjab - 21 %, Uttar Pradesh - 37 %, Bihar - 30 %, Manipur - 48 % et Jharkhand - 20 %. Tous ces états constituent une sorte de ceinture autour du Gange où l’eau risque de manquer dans les mois qui viennent en raison de la faiblesse de la mousson. 

A l’opposé, la façade ouest de la péninsule a connu un excédent de pluies par rapport à la moyenne et le Tamil Nadu présente l’excédent le plus important de tout le pays.  

 

Carte des précipitations de la mousson 2022 en Inde
Bilan de la mousson d’été 2022 par état - Source: Indian Meteorological Department 

Légende : rouge = déficit par rapport à une année moyenne, vert = normal, bleu clair : excédent, bleu foncé = très fort excédent

 

Les réserves en eau du Tamil Nadu déjà pleines

Le mois d’août 2022 a été le plus pluvieux dans le Tamil Nadu depuis 122 ans. Généralement, la mousson d’été a peu d’impact dans l’Etat mais, cette année, huit districts ont reçu deux fois plus de pluie que d’habitude. Uniquement en août, l’Etat a enregistré 174 cm de pluie. Le bassin de la rivière Kauvery déborde et les records des années 1975/1976 sont dépassés. Les organisations agricoles ont demandé au gouvernement de construire de petits barrages pour tenter de retenir l’eau qui entraine des pans entiers de terre vers la mer.   

 

La rivière Kauvery en crue pendant la mousson 2022 en Inde
La rivière Kaveri près de Trichy en août dernier

 

A Chennai, des travaux à grande échelle en vue de la mousson

La mousson d’hiver qui affecte le plus le Tamil Nadu a été relativement forte l’an passé.  

Beaucoup de quartiers de Chennai ont eu les pieds dans l’eau pendant plusieurs semaines, révélant l’insuffisance et le mauvais entretien des systèmes d’évacuation de l’eau. 

 

Evacuation de fortune vers la mer des pluies à Chennai
Evacuation de fortune vers la mer des pluies de mousson 2021 à Chennai

 

Le gouvernement a lancé depuis plusieurs mois d’importants chantiers pour améliorer l’équipement et se préparer aux pluies à venir : construction de 170 km de nouveaux drains, nettoyage et rénovation de 130 km de drains existants. Une commission d’experts avec des représentants de l’IIT Madras (Indian Institute of Technology de Madras) a été constituée pour prioriser les interventions et les suivre.  

A la mi-septembre, 75 % des travaux prévus étaient réalisés. Les tranchées seront-elles refermées à temps ? Les travaux seront-ils efficaces ? Nous le saurons dans quelques semaines, avec l’arrivée des pluies.

 

Travaux de préparation de la mousson à Chennai
Travaux en cours dans Chennai

 

Une urbanisation intense dans les villes indiennes

S’il apparait urgent d’étendre et rénover le système de drainage des eaux de pluie à Chennai, se pose plus fondamentalement la question de l’urbanisation pour faire face aux risques d’inondation lors des moussons. Chennai manque de logements, la pression foncière est importante, les bords de mer sont des zones fragiles et les terrains d’extension de la ville sont la plupart d’anciens marécages. Les règles d’urbanisme semblent complexes et souvent contournées. Le choix entre les enjeux économiques, sociaux et écologiques sont rarement en faveur des derniers. 

L’exemple de Bangalore devrait faire réfléchir les décideurs locaux. Les inondations récentes sous l’effet de la mousson d’été ont été largement rapportées par la presse : 119 morts dans la ville et sa région. Les dégâts ont été énormes en particulier dans les zones nouvelles de la « haute technologie » de Bangalore. Plusieurs experts y dénoncent une urbanisation sans régulation, négligeant la création de systèmes de rétention et d’évacuation des pluies. Le mètre carré coutait trop cher et la course à la construction de milliers de mètres carrés de bureaux ne tolérait pas l’étude préalable des conséquences d’une mousson exceptionnelle ! La vieille ville de Bangalore a été plutôt épargnée, les anciens semblant plus raisonnables pour laisser à l’eau sa place et la faire circuler.  

 

Inondation dans les rues de Chennai en 2021

 

 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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