Mercredi 26 janvier 2022
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Le mot tamoul de la semaine : TANGAM தங்கம்

Par Annick Jourdaine | Publié le 02/12/2021 à 01:01 | Mis à jour le 03/12/2021 à 11:20
des bracelets en or dans une boutique en Inde

Ça brille ! Ça étincelle ! Au cou, aux oreilles, au nez, aux bras, aux doigts, aux orteils, aux chevilles, les femmes et hommes indiens se sentent nus sans un bijou en or. 

Tangam, தங்கம், l’or joue un rôle indispensable dans la culture indienne mais aussi pour l'économie du pays. 

 

Pour vous aider dans vos futures négociations chez un joaillier, voici quelques noms de pierres précieuses qu’on ne manquera pas de vous proposer. 

Vairam

வைரம்

Diamant

Māṇikam

மாணிக்கம்

Rubis

Marakatam

மரகதம்

Emeraude 

Muttu

முத்து

Perle 

Pavaḷam

பவளம்

Corail

Nagai

நகை

Bijou

Mōdiram

மோதிரம்

Bague

Kaḻuttaṇi

கழுத்தணி

Collier

Vaḷaiyal

வளையல்

Bracelet

 

L’Inde, premier détenteur d’or au monde

La période de Diwali du début novembre a été l’occasion d’une ruée spectaculaire chez les vendeurs de soie et d’or.

C’est la tradition en cette période mais le « cru » 2021 a été particulièrement actif après deux ans de régression due à la crise sanitaire (les achats d’or ont chuté en 2020 de plus de 50 %). Le premier jour de la Fête est celui où il faut « absolument » acheter. L’achat du jour est signe de prospérité pour toute l’année. Si on en a les moyens, on achète de l’or ; à défaut, on se contente d’argent ou pire d’une petite bricole peu onéreuse mais symbolique. 

L’Inde est le premier détenteur d’or au monde. 18 000 tonnes d’or seraient possédées par les particuliers auxquelles s’ajoutent 600 tonnes détenues par la réserve fédérale indienne, soit plus de 11 % de tout l’or du monde. C’est bien plus que le total de l’or des banques états-uniennes, suisses et allemandes réunies. 

 

Bracelet en or du Gujarat en Inde

 

 

Ces dernières années, les Indiens achetaient en moyenne 320 tonnes de bijoux en or par an, presqu’autant que les USA, l’Europe et le Moyen-Orient réunis. La moitié de ces achats sont liés aux mariages. La saison des fêtes et des mariages indiens influe directement sur le cours du marché mondial de l’or. 

Le Zaveri Bazaar de Mumbai est le plus grand marché du pays pour l’or. On estime que 65 % du volume total des transactions d’or s’y tiennent. En 2020, le cours de l’or a augmenté de 25 % par rapport à ce qu’il était l’année précédente. Aujourd’hui, le niveau est retombé mais reste supérieur de 13 % environ à celui de 2019.

 

Boutiques du Zaveri Bazaar à Mumbai


 

La joaillerie indienne emploie plus de cinq millions de personnes

En février 2021, le commerce de l'or et des diamants contribuait pour environ 7,5 % du produit intérieur brut de l'Inde. Le secteur emploie cinq millions de personnes.

Le gouvernement veut en faire une priorité pour développer les exportations qui se font préférentiellement vers les Etats Unis (44 % des exportations indiennes). Il mise sur la modernisation des technologies et la montée en compétences du personnel. Il a réduit les droits d’importation des métaux précieux.

Les gisements aurifères de l’Inde ne suffisent pas pour répondre à la demande locale. L’Inde importe depuis l’Afrique du Sud une grande partie de l’or que ses artisans travaillent.

 

Boite de bijoux pour un mariage indien
Bijoux de mariage - @Syed Sajidul Islam

 

Pourquoi un tel engouement des Indiens pour l’or ?

L’attrait des bijoux en or est ancien ; il suffit d’observer les statues et peintures du patrimoine pour comprendre que les dieux et hauts personnages sont couverts de bijoux depuis très longtemps. 

La médecine ayurvédique recommande la poudre d’or pour soigner certaines affections et comme élément régénérateur. 

Pour la culture indienne, l’or est synonyme de prospérité et de bon augure. Sa profusion à l’occasion des mariages en est l’illustration. La mariée est couverte d’or de la tête aux pieds, les invités sortent leurs plus belles parures de leur coffre et les cadeaux aux mariés prennent souvent la forme de piécettes d’or à l’effigie de Lakshmi, la déesse de la prospérité.

 

une mariee indienne couverte d'or

 

Il est fréquent de voir une jeune femme, récemment mariée, avec les mains et les bras encore marqués des traditionnels Mehndis (tatouages au henné), passer des heures dans une joaillerie pour y investir en bijoux l’argent qui lui a été offert lors de la cérémonie. 

L’or constitue un patrimoine familial, qui passe de génération en génération. Cet héritage est enrichi à l’occasion des mariages et des naissances mais aussi dès que la situation financière le permet. On investit ses économies dans de l’or, placement considéré comme fiable. C’est encore plus vrai dans les campagnes. On estime que plus des deux tiers de la demande en or de joaillerie provient de la population rurale. 

 

bras d'une mariée chargé de bracelets et de mehendi

 

 

En Inde, le recours aux prêteurs sur gage reste un moyen financier informel important

L’or est une sorte d’assurance pour faire face aux éventuels « coups durs ». La différence entre les bijoux en or et les investissements en or n’existe pas en Inde. Même s’il existe des modes (souvent lancées par les vedettes de cinéma), le bijou en or n’est pas un accessoire ; c’est un placement financier. 

En cas de besoin d’argent, la majorité des Indiens ont recours au prêteur sur gage. On lui dépose son or pour obtenir en retour un prêt d’environ 60 à 70 % de la valeur du bijou. Tous les mois, on paie un petit intérêt jusqu’au moment où on est capable de racheter le bijou. Si le prêt n’est pas remboursé dans le délai fixé, le prêteur en prend possession. 

La densité des échoppes de prêteurs sur gage, la souplesse du système (ouvert 7 jours sur 7) et le faible taux d’intérêt pratiqué (souvent moins cher que celui des banques) font de ce marché financier informel un moyen très populaire pour gérer son budget. Les femmes l’utilisent fréquemment en déposant leurs bijoux de mariage ce qui leur donne une certaine indépendance économique vis-à-vis de leur mari. 

 

Les prêteurs sur gage font traditionnellement partie de la caste de Jain Marwadi (ou Marwari). A Chennai, ils sont particulièrement présents dans le quartier de Sowcarpet, près de Parys Corner. La population les désigne sous le terme de “sait” (sahukar en hindi) et leurs boutiques sont appelées « sait kadai ». Du fond de leur modeste échoppe, ces professionnels jouent un rôle important dans l’économie indienne. De temps en temps, ils peuvent aussi se faire avoir comme l’a relaté le Times of India, le 29 octobre 2021. Un couple d’escrocs a été arrêté à Chennai pour avoir dupé des prêteurs sur gage avec de faux bijoux. 

 

Dans un contexte de crise comme aujourd’hui, le recours aux prêteurs est de plus en plus fréquent. Selon la banque centrale indienne, les prêts contre des bijoux en or ont augmenté en volume de 74 % en 2021. La presse est inondée d’avis de ventes d’or aux enchères suite à des défauts de remboursement.  

 

Une vidéo qui explique la provenance des commerçants du quartier de Sowcarpet à Chennai et comment le nom des prêteurs sur gage s'est transformé en nom du quartier (attention la vidéo est en tamoul, pour avoir les sous-titres en anglais, visionnez la vidéo via YouTube) :

 

 

 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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