DEVENIR DANSEUSE de BHARATA NATYAM

Par Annick Jourdaine | Publié le 13/04/2022 à 01:10 | Mis à jour le 13/04/2022 à 11:29
Des danseurs de Bharata Natyam de Kalakshetra Foundation à Chennai

La fondation Kalakshetra à Chennai, créée depuis quatre-vingt-six ans, est une institution artistique de renommée mondiale. Son festival de danse et de musique de fin d’année est très fréquenté. 

 

L’établissement a pour vocation de former des jeunes gens aux arts traditionnels de l’Inde du Sud, en particulier le Bharata natyam. La maitrise de cette danse est un parcours long et exigeant. Nous avons assisté récemment au spectacle présenté par un groupe de sept jeunes danseurs en fin de formation, dont Myriam qui nous a raconté son histoire et sa passion.   

 

En ce jeudi matin, l’ambiance à l’intérieur de l’auditorium de l’école Kalakshetra est tendue. Les élèves assis par terre au pied de l’estrade discutent en chuchotant, de peur de perturber la concentration de leurs condisciples de quatrième année qui se préparent à entrer en scène. Petit à petit, l’auditorium se remplit d’amis et de familles venus les encourager.

 

Myriam danseuse de bharata natyam à kalakshetra
Myriam, quelques minutes après le spectacle

 

Myriam en formation de Bharata natyam à la fondation Kalakshetra

A 22 ans, Myriam, une jeune française dont la famille est originaire de Pondichéry, s’apprête à danser pendant près de deux heures pour conclure quatre ans de formation intensive. 

Myriam est l’ainée d’une famille de cinq enfants. Ses parents sont des artistes professionnels, sa mère est danseuse de Bharata natyam et son père est pianiste, compositeur – arrangeur. La musique et la danse l’accompagnent depuis sa tendre enfance. 

A la fin de ses études secondaires au lycée français de Pondichéry, encouragée par ses parents et un professeur qui avait reconnu ses talents lors de la création d’un spectacle scolaire, Myriam décide de tenter le concours d’entrée de l’école Kalakshetra. Elle veut approfondir sa maîtrise de la danse Bharata natyam que sa mère lui a enseignée. Le concours est relativement difficile car il porte à la fois sur les motivations, mais aussi sur les aptitudes physiques et psychologiques des candidats. 

La promotion de Myriam compte trente-six étudiants répartis en quatre groupes, en grande majorité des filles. Beaucoup viennent du Kerala où la pratique de la danse traditionnelle reste très populaire. Chaque année, quelques étrangers accèdent également à la formation. 

La première année de la formation est sélective. A son terme, un quart des élèves abandonnent ou sont éliminés. Les cours ont lieu tous les jours de la semaine et un week-end sur deux, de 6h30 du matin à 16h. Les répétitions se poursuivent jusqu’à 19h. La majorité des élèves sont internes. Le programme vise à préparer des artistes complets, bien au-delà de la danse : musique, chant, textes sacrés, compositions chorégraphiques, langues, histoire …

 

Myriam danseuse de bharata natyam à kalakshetra chennai

 

Le parcours des dernières promotions a bien entendu été perturbé par la pandémie. Pour Myriam, la troisième année s’est faite à distance. Elle envoyait à ses professeurs des vidéos de ses exercices pratiques pour correction. La reprise en présentiel en 2022 a permis de préparer l’examen final de quatrième année dans de meilleures conditions. Le spectacle donné à l’auditorium est la première étape de cet examen. Il compte pour seulement 10 pour cent de la note finale. Il s’agit de montrer sa capacité à danser dans les conditions réelles d’un ballet, sur la durée, en coordination avec les autres danseurs. 

 

danseuses de bharata natyam à kalakshetra

 

Les sept membres du groupe de Myriam (un garçon et six filles) présentent au jury et à l’assemblée un spectacle de près de deux heures, alternant des scènes pleines d’émotion évoquant des poèmes ou une histoire d’amour perdu et des enchaînements plus dynamiques. Ils sont accompagnés et guidés par la musique karnatique d’un groupe de chanteurs, violoniste, flutiste, joueurs de veena et de percussions. Malgré la sueur qui inonde visages et corps et les traits marqués par la dureté de l’épreuve, les danseurs maitrisent leur art dans un équilibre de grâce et d’énergie. Le public et le jury sont sous le charme, les applaudissements l’attestent. 

Mais le parcours n’est pas terminé pour les étudiants. Avant la fin avril, ils devront passer différents examens, théoriques et pratiques pour obtenir le fameux diplôme de fin de formation.

La majorité d’entre eux envisage une carrière de danseur en intégrant une troupe. Pour certaines jeunes filles, la formation Kalakshetra représente un bagage culturel sans visée professionnelle car elles deviendront rapidement épouses et mères au foyer. Pour Myriam, ce n’est qu’une étape. Elle va rejoindre maintenant ses parents en France et espère intégrer une école parisienne de musique. Elle n’a pas encore définitivement arrêté son projet professionnel mais sait qu’il sera artistique. Aujourd’hui, elle veut perfectionner sa pratique vocale, chanter du jazz et poursuivre sa formation de pianiste. Nous lui souhaitons bonne chance et belle réussite à la hauteur de son talent.

 

troupe de danseurs de bharata natyam

 

 

La fondation Kalakshetra à Chennai

La Fondation Kalakshetra (ce qui signifie « centre de l'art ») est installée dans Chennai, au quartier de Tiruvanmiyur près d’Elliot Beach. Sa vocation est l'enseignement et la préservation des arts traditionnels (danse, musique) et de l'artisanat indiens (peinture, tissage...).

Fondé en 1936 par Rukmini Devi Arundale, l’établissement accueille des étudiants du monde entier en particulier pour apprendre et maitriser le Bharata natyam, la danse traditionnelle de l’Inde du Sud.

Rukmini Devi Arundale, une indienne proche du mouvement théosophique, a découvert la danse en rencontrant la célèbre danseuse classique Anna Pavlova à Londres. Celle-ci l’initie et l’encourage à se tourner vers la danse traditionnelle de son pays. C’est ainsi que Rukmini devient une danseuse de Bharata natyam. Elle décide de fonder une école pour conserver et promouvoir le patrimoine artistique indien. Les Britanniques avaient alors interdit le Bharata natyam, assimilant la pratique à une forme de prostitution (pas d’interdiction à Pondichéry). A l’origine, la danse était liée au système des Devadassis, « servantes de dieu », qui ne dansaient que dans les temples. 

 

rukmini devi arundale

 

Le Bharata natyam est indissociable de la musique karnatique. Les chorographies sont toujours accompagnées d’un groupe de musiciens : chanteur, mridang (tambour), nagasvaram (hautbois), venu (flûte), violon et vina (luth indien). 

Rapidement, Rukmini Devi s’est intéressée aux textiles et décors des spectacles produits dans son école. Elle a recherché des tisserands et teinturiers capables de reproduire les dessins et tissus traditionnels des saris du Sud. Elle a alors enrichi son centre d’une section « artisanat », formant à la peinture à la main et l’impression de textiles avec des teintures végétales. Les saris produits par le centre sont aujourd’hui très prisés. 

Rukmini Devi est décédée en 1987 mais Kalakshetra poursuit sa route grâce aux nombreux et prestigieux musiciens et danseurs qui y interviennent. L’école a gardé sa vocation initiale d’une formation complète, permettant de construire des artistes cultivés, respectueux de la nature et des valeurs humanistes. Des cursus scolaires sont ouverts depuis la maternelle, avec une pédagogie proche de Montessori, jusqu’au lycée. Des bourses sont accordées pour les enfants de familles modestes. 

Le parcours professionnel est accessible pour les jeunes ayant suivi la formation de base dans l’école mais aussi pour des candidats extérieurs, indiens ou étrangers.  

Enfin, des modules à temps partiel sont proposés pour les amateurs et passionnés de danse, musique et art du tissage et de la teinture. 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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