Emmanuel Ocana-Dorado : "Mon fil conducteur : servir la France et les gens"

Par Anaïs Pourtau | Publié le 12/04/2022 à 01:10 | Mis à jour le 12/04/2022 à 15:17
Emmanuel Ocado-Dorada dans son bureau au consulat de france à pondichery

Emmanuel Ocana-Dorado travaille au service social du Consulat Général de France à Pondichéry. Beaucoup de Français de Pondichéry le connaissent, il est présent dans la plupart des manifestations auxquelles le Consulat est convié, ainsi que dans d’autres où la représentation de la France est obligatoire. Certaines sont festives, d’autres pas, lorsqu’il s’agit du décès d’un ressortissant français. Ce jeune homme aimable et attentionné vis à vis de ses semblables, accomplit les tâches qui lui sont confiées avec engagement et humanité. Il semble avoir trouvé sa voie dans ce métier particulier, voué à servir la France à travers le monde.

 

La rédaction a interviewé Emmanuel Ocana-Dorado pour comprendre quelles sont les responsabilités du service social d'un Consulat Général de France.

 

lepetitjournal.com : Quels sont tes parcours d’études et professionnels ?

Emmanuel Ocana-Dorado : Il n’existe pas en France, contrairement à l’Allemagne par exemple, d’instituts proposant, après le baccalauréat, des formations spécifiques aux métiers de la diplomatie ou aux métiers consulaires. J’ai donc poursuivi une scolarité tout à fait banale.

Ensuite, je me suis engagé. A l’issue de cette carrière militaire, j’ai passé le concours du Ministère des Affaires étrangères et me voilà à Pondichéry !

Il est désormais de plus en plus fréquent d’avoir exercé des métiers différents. En ce qui me concerne, le fil conducteur demeure toutefois le même :

 

le désir de servir la France et les gens.

 

Depuis tout jeune, j’ai toujours été animé par l’envie de dépaysement tout en servant le public et mon pays.

 

Est-ce toi qui as choisi de travailler au Consulat de Pondichéry ?

Oui, un choix de cœur pour la localisation comme pour la fonction.

J’ai découvert le nord de l’Inde lors d’un voyage privé, il y a 4 ans. J’étais particulièrement intéressé par l’Inde du Sud, et je préférais éviter les grandes villes.

Enfin, j’avais depuis longtemps envie de m’investir dans le domaine social

 

Les contrats sont généralement de 3 à 4 ans par affectation en poste. Je suis arrivé en Septembre 2020 à Pondichéry, cela fait donc 18 mois que je suis en poste dans ce consulat.

 

En quoi consiste ton travail ?

Je suis le responsable des affaires sociales du consulat.

La protection sociale des Français de l’étranger relève de la compétence de leur pays de résidence ; les prestations sociales françaises ne sont pas exportables.

Toutefois, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères accorde chaque année des aides financières au bénéfice de Français résidant à l'étranger se trouvant dans une situation personnelle et socioéconomique particulièrement difficile.

 

C’est l’expression de la solidarité nationale envers nos concitoyens en difficultés.

 

Elles sont attribuées, après études de chaque situation et selon des critères de ressources, sur la base des propositions formulées par les conseils consulaires pour la protection et l’action sociales (CCPAS) et après validation par Paris et avis de la commission permanente pour la protection sociale des Français de l’étranger (CPPSFE).

 

Sous la responsabilité de qui exerces tu ta mission ?

Tous les services du Consulat Général sont placés sous l’autorité de Madame la Consule Générale, Mme Lise Talbot Barré. Elle est secondée par son adjointe, Madame Carole Josse, qui est en charge de la mise en œuvre et de la coordination des actions consulaires.

 

Emmanuel Ocana-Dorado au lycee francais de pondichery
Emmanuel Ocana-Dorado au Lycée Français de Pondichery

 

Est-on soumis à une déontologie particulière lorsqu’on travaille pour le gouvernement français à l’étranger ?

En qualité de fonctionnaire, la même déontologie s’impose tant en France qu’à l’étranger. Bien sûr, même si la Consule Générale est la première représentante du gouvernement français dans la circonscription, tous les agents participent à l’image de la France et attachent une grande importance à l’exemplarité tant dans leur vie professionnelle que personnelle.

 

A quel public t’adresses-tu ?

L’aide sociale du consulat est destinée à trois publics spécifiques :

  • les personnes âgées : (AS) allocation de solidarité ;
  • les personnes handicapées : (AAH, AEH) allocation adulte ou enfant handicapé ;
  • l’enfance en détresse : (SMSE) secours mensuel spécifique.

 

Je reçois les demandeurs et j’instruis les dossiers. Je mène une étude de chaque dossier.

Au quotidien, j’accompagne les personnes âgées, les personnes gravement malades ou handicapées, les mères célibataires et d’une manière générale tous les hommes et les femmes en situation de détresse sociale.

Il y a aussi les urgences et la protection consulaire. Lorsqu’un Français en difficulté appelle le consulat, nous essayons de l’orienter dans ses démarches et de l’assister dans les limites des prérogatives qui nous sont imparties.

En effet, l’universalité des droits des citoyens et leur équité d’accès sont des principes fondamentaux de notre République. Pourtant, il arrive qu’à l’étranger, les Français se heurtent aux spécificités et aux règlementations locales qui varient d’un pays à l’autre. La question de l’aide sociale se pose différemment pour un Français résident en Suède ou au Soudan.

 

La loi locale du pays hôte pose les limites des capacités d’action des représentations diplomatiques et consulaires.

 

Par ailleurs, je souhaite rappeler qu’à l’exemple d’une mairie ou d’une préfecture en France, les consulats ne sont pas autorisés et n’ont d’ailleurs pas pour vocation, ni pour mission, de s’ingérer dans les litiges d’ordres privés ou familiaux (je songe à la question des spoliations par exemple). Les consulats ne disposent d’aucune autorité juridique ou policière dans les pays hôtes.

 

En revanche, nous pouvons conseiller et accompagner nos compatriotes en difficulté dans leurs démarches auprès des autorités locales.

 

Nous menons en particulier un accompagnement des femmes en détresse que nous orientons à leur demande vers des associations relais.

Dans certains cas bien définis, les consulats peuvent également apporter un soutien financier aux concitoyens diligents. Il y a des conditions d’attributions des subventions et mon travail est de m’assurer que les demandeurs remplissent les critères afin de bénéficier des aides sociales du consulat. Chaque cas est individuel et aucun ne se ressemble. De plus, la situation de chacun peut évoluer dans le temps. C’est pourquoi une étude approfondie est à chaque fois requise et doit être régulièrement renouvelée.

 

Emmanuel Ocana-Dorado assistant à une inauguration à Pondichéry

 

 

Quels sont autres services sociaux proposés par le consulat général ?

En parallèle et en lien avec les affaires sociales, le service des bourses scolaires s’occupe plus particulièrement de la scolarisation des enfants.

 

La France dispense une aide à la scolarité pour les enfants français scolarisés dans un établissement français de l’étranger, également sous condition de ressources.

 

Étais tu préparé par tes études à gérer ces questions ?

Les études classiques ne dispensent pas de formation à l’action sociale à l’Etranger.

En revanche, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères s’est doté en interne d’un institut performant de formation, l’Institut de Formation aux Affaires administratives et consulaire (IFAAC), basé à Nantes. Cet institut prépare chaque agent aux spécificités de son métier : affaires sociales, état civil, visas, comptabilité, etc. Il propose régulièrement aux agents des formations continues de « mise à jour » pour accompagner l’évolution des réglementations et la modernisation des applications et des outils informatiques.

Pour autant, comme je le disais, chaque cas est unique. Certains sont vraiment complexes. Aucune formation ne peut réellement préparer à la diversité des situations, mais elle donne des clefs et la méthodologie pour trouver la solution. A chaque fois, il faut savoir s’adapter, comprendre, analyser. Mais je ne suis jamais seul ! Je bénéficie des conseils de mes collègues, de leurs expertises diverses et variées et du soutien des services centraux du ministère. Je m’appuie aussi sur le réseau des collègues dispersés à travers le monde et parmi lesquels certains ont été confrontés à des situations similaires.

 

C’est à chaque fois un nouveau défi et j’apprécie cela !

Qu’aimes tu le plus à Pondichéry ?

C'est le lieu en Inde où la communauté française est la plus importante et où je peux pleinement donner du sens à ma mission. Nous assurons au quotidien le service public consulaire aux Français.

J'apprécie particulièrement l'atmosphère particulière de Pondichéry, une ville chargée d’histoire et de culture croisée franco-indienne ainsi que la beauté de la culture et la chaleur de l’accueil des Indiens en général et des Tamouls en particulier.

 

Emmanuel Ocana-dorado lors de Pongal à l'orphelinat Annai Velanganni
Emmanuel Ocana-dorado lors de Pongal à l'orphelinat Annai Velanganni 

 

As-tu du temps pour visiter le pays ?

Je ne manque pas de travail, mais je peux quand même prendre des congés ! Le problème du voyage s’est jusqu’à présent heurté aux contraintes liées à la pandémie, je ne fais pas exception à la règle

Mais, j’ai quand même pu faire de petites boucles touristiques dans le Tamil Nadu. J’ai hâte de découvrir le Kerala, car j’en ai beaucoup entendu parler !

 

Où voudrais-tu aller ensuite ?

Je suis définitivement attiré par la culture asiatique et je souhaiterais, après Pondichéry, me déplacer un peu plus vers l’est ou le sud-est.

Mes voeux seront en tout cas motivés et par la localisation et par la fonction.

 

 


Pour prendre rdv avec le service social du consulat : appeler pendant les heures d’ouverture ou prendre rendez-vous sur le site. 
En cas d’urgence il existe une permanence 24/24.


 

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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