Pondicherry, un film événement loin des standards de Bollywood

Par Anaïs Pourtau | Publié le 24/03/2022 à 01:10 | Mis à jour le 24/03/2022 à 14:01
Photo : @Youtube/Planet Marathi
Image du film Pondicherry

Pondicherry est un film « événement » du réalisateur marathi plusieurs fois primé, Sachin Kundalkar, qui a été entièrement filmé avec un smartphone et une équipe restreinte. Un résultat qui met en valeur la ville de Pondichéry et sa diversité.

 

Dans le cadre du Pondicherry Festival Heritage, les habitants de Pondichéry ont eu la chance de voir le film Pondicherry, gratuitement, lors de trois séances, les dimanche et lundi 13 et 14 mars. Sachin Kundalkar, le réalisateur, nous faisait l’honneur de sa présence et répondait aux questions des journalistes et des spectateurs. lepetitjournal.com a eu l’immense plaisir de pouvoir échanger en direct avec lui.

 

Sachin Kundalkar à l'Alliance Française de Pondichéry


 

Pondicherry, un film « événement » à petit budget

Le film a été terminé juste avant le premier confinement en Inde en février 2020 et il est sorti seulement en février 2022. Pondicherry est un film « événement », en effet il a été entièrement filmé avec un smartphone et une équipe restreinte de 15 personnes, acteurs compris.

Ce film touche particulièrement les habitants de Pondichéry car les anciens quartiers français y sont à l’honneur et filmés dans un grand souci d’esthétique à la fois dans les couleurs, les détails d’architecture et la mise en valeur des fresques murales. Au premier abord, le spectateur habitant de la ville retrouve avec émotion les couleurs des murs, portes, rues, arbres, fresques et bord de mer qu’il connaît par cœur.

Par ailleurs, bien sûr, on y croise quelques habitants que nous reconnaissons.

Dans la salle, les spectateurs commentent les images de l’ancienne ville française, qui se retrouvent tel un puzzle en désordre comme la jetée qui avance dans la mer et qui vient juste d’être détruite par la tempête. Ils rient aussi souvent aux dialogues savoureux et aux situations.

Le rythme est très différent des films indiens que nous connaissons, il semble mené par les déplacements des acteurs eux-mêmes, qui marchent, se croisent, courent, font du vélo, téléphonent, mangent presque debout !

 

 

 

Peut-être cela est-il dû à la volonté du réalisateur de filmer avec un smartphone, sans éclairage artificiel, sans machinerie, sans maquillage, dans une grande économie de moyens ? Ainsi, sans toutes les cérémonies organisant le tournage habituel d’un film, sans déranger la vie de la ville, discrètement, comme par magie, le photographe semble suivre aisément les acteurs.

 

Le smartphone n’est-il pas en soit la représentation même de l’objet transitionnel, discret à transporter, à utiliser, qui abolit les notions de temps et de distance ?

Pondicherry, un film qui tourne autour de trois personnages

Trois acteurs principaux tiennent l’affiche :

Sai Tamhankar joue Nikita, une jeune femme marathi (ndlr : du Maharashtra dont Bombay est la capitale), mariée avec un homme tamoul qui travaille en mer. Seule avec leur fils de 8 ans, elle s’active dans la guesthouse qu’elle tient, en silence, un peu triste. Mais lorsqu'elle revêt son sari, la voilà transformée en une guide souriante, faisant visiter Pondichéry aux touristes. Sai Tamhankar a joué dans le film Mimi.

Vaibhav Tatwawadi joue Rohan, un jeune homme qui a tout d’un gangster, les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil. Vient-il se mettre en retrait pour quelque temps dans la guesthouse de Nikita où il loue une chambre ?

Amruta Khanvilkar joue le rôle de Manasi, jeune photographe en couple qui, à son tour, vient s’installer dans la guesthouse.

Le fils de Nikita, dans le film, va et vient d’un adulte à l’autre et ainsi tire un fil qui les relie, dans un mouvement de boucles, montées et descentes d’escaliers, changements d’espaces.

 

L'équipe de tournage de Pondicherry

 

Filmés en gros plans, les personnages de l’histoire nous accrochent et nous convient à une forme d’intimité, d’empathie pour les difficultés personnelles qu’ils portent dans le cœur.

Pondichéry, comme un décor parfait, dégagé de ses propres misères et qui paraît immuable, se met au service de ces jeunes adultes que les soucis de leur vie singulière agitent et que le hasard rassemble dans cette guesthouse

 

Un film pour lequel le réalisateur s’est beaucoup investi

Si Pondicherry a demandé beaucoup moins de moyens humains et d’organisation, Sachin Kundalkar confie qu’il a cependant dû faire face à d’autres défis. Il a d’abord du prendre le temps de faire connaissance avec la ville, repérer son rythme quotidien et les heures où les habitants s’emparent des rues.

 

Pour connaître Pondichéry, il ne suffit pas de visiter l’endroit, il faut y vivre (Sachin Kundalkar).

 

Les vidéos « tournées » par le brillant photo-vidéaste Milind Jog ont dû être traitées par un laboratoire spécialisé ainsi que la bande sonore, ce qui a permis de produire un film d’une merveilleuse qualité.

 

Sachin Kundalkar avoue que ce fut une expérience pour tous, acteurs compris. Ceux-ci ont dû prendre en charge leur quotidien, sans le secours des équipes techniques, coiffeurs, maquilleuses, habilleuses, chauffeurs, assistants.

 

Le réalisateur nous a confié qu’il a choisi la ville de Pondichéry pour son film car on y parle plusieurs langues et on y croise plusieurs cultures. Dans l’histoire du film, sous-titré en anglais, les personnages s’expriment selon leur origine, en marathi, en tamoul, en anglais et même en français.

 

Le réalisateur de Bollywood Sachin Kundalkar

 

 

Sachin Kundalkar un réalisateur primé plusieurs fois

Sachin Kundalkar est un cinéaste qui possède un impressionnant bagage cinématographique. Il est réalisateur et scénariste, mais a aussi écrit des pièces de théâtre.

Après des études de commerce et différentes collaborations avec des réalisateurs indiens, Sachin Kundalkar s’inscrit au FTII (Film and Television Institute of India), puis obtient une bourse pour étudier à la FEMIS à Paris (École Nationale Supérieure des Métiers de l’Image et du Son). Il s’imprègne de la culture française et apprend la langue française. Durant son séjour en France, il réalise un court métrage : One cafe please.

En tant que réalisateur et scénariste, Sachin Kundalkar a reçu a reçu deux National Film Awards :

  • Nirop en 2007, le prix du long métrage en marathi.
  • Gandha en 2008, le prix du meilleur scénario au festival de Pune. Gandha est le premier film en marathi à recevoir ce prix à Pune.

En 2012, Sachin Kundalkar réalise son premier film Bollywood, Aiyyaa. En 2021, son deuxième Bollywood, Cobalt Blue sort sur les écrans et en janvier 2022 sur la plateforme de streaming Netflix. Ce film est adapté d’un livre qu’il a écrit à l’âge de 22 ans et raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur, issus d’une famille marathi traditionnelle, qui tombent amoureux du même homme.

 

Sachin Kundalkar fait dire à un de ses acteurs, dans le film, qu’avec un smartphone, tout le monde peut être photographe, est-ce à dire que tout le monde peut aussi devenir réalisateur de films ?

Chaque fin de semaine, les touristes indiens affluent à Pondichéry et il y a fort à parier que le film de Sachin Kundalkar y attirera encore plus de visiteurs. Il semble d’ailleurs que les images de plats cuisinés tamouls aient enthousiasmé le public du Maharashtra !


 


Pondicherry est sorti le 25 février dans les salles de cinéma en Inde et sur la plateforme de streaming Planet Marathi OTT.

Et on peut se demander si le film sortira un jour en France.


 

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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