Samedi 29 janvier 2022
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JAI BHIM, un film tamoul qui dénonce l’injustice et qui pourtant fait polémique

Par Annick Jourdaine | Publié le 25/11/2021 à 01:00 | Mis à jour le 25/11/2021 à 01:00
Photo : Jai Bhim - Amazon Prime Video/Facebook
Jai Bhim film Suriya Amazon

Sorti quelques jours avant Diwali, le film Jai Bhim avec pour vedette l’acteur Saravanam Sivakumar, plus connu sous le nom de Suriya (né à Chennai en 1975), a été salué par la majorité des critiques professionnels et connaît un franc succès dans le public. Le chef du gouvernement du Tamil Nadu, M.K. Stalin, en a fait l’éloge, disant que cela lui rappelait sa propre arrestation et mise en prison en 1976, pendant l’état d’urgence.

 

Jai Bhim, un scénario bâti sur un fait divers 

Basé sur une histoire réelle, le film dénonce l’injustice faite à une famille d’un groupe tribal, les Irulas, installée au sud de Pondichéry. Un avocat (joué par Suriya) accepte de porter l’affaire devant la cour de Chennai pour obtenir une enquête sur la disparition de trois hommes de la tribu, accusés à tort de vol.

 

C’est l’occasion de dénoncer les pratiques de la police envers ces populations méprisées et reléguées au ban de la société.

 

Affiche du film tamoul Jai Bhim

 

C’est également l’occasion de parler de la vie de ce groupe ethnique qui représente plus de 200 000 personnes, principalement dans le Tamil Nadu. 

 

La tribu des IRULAs dans le sud de l'Inde

Les Irulas constituent une tribu du sud de l’Inde, répartis entre le Tamil Nadu (pour 88 %), le Kerala et le Karnataka. Ils sont considérés comme une population autochtone, d’origine dravidienne. Leur langue a des liens très étroits avec le Tamoul.  

Traditionnellement, les Irulas sont spécialisés dans la capture de serpents et de rats qui détruisent une part non négligeable des céréales cultivées. En soufflant dans des pots de terre où ils font brûler des herbes, ils chassent par fumigation les rongeurs cachés dans les bords des champs. Ils sont particulièrement habiles pour attraper les serpents.

On rapporte qu’en 2017, plusieurs d’entre eux ont été envoyés en mission pour débarrasser une ville de Floride de l’invasion de pythons birmans. 

 

Homme Irula soufflant dans un pot de terre
Homme Irula soufflant dans un pot de terre pour une opération de fumigation (photo Wikipédia)

 

Les Irulas travaillent également comme ouvriers agricoles, au service des propriétaires terriens et ils sont souvent l’objet de discriminations et de harcèlements.

Les relations avec la caste des Vanniyars sont parfois tendues. Les Vanniyars ou Vanniyas , communauté également dravidienne, ont obtenu des Anglais le classement dans la caste supérieure des Kshatriya (les guerriers).

La polémique développée autour du film Jai Bhim est l’illustration de ces tensions. 


La controverse autour du film tamoul Jai Bhim

Pas moins de cinq articles successifs dans « The Hindu » entretiennent la polémique ouverte entre l’acteur-producteur Suriya et l’association représentant la caste des Vanniyars. Celle-ci considère que le film les dénigre sous prétexte que le policier responsable des violences injustifiées est nommé Gurumurthy, un nom qui peut rappeler celui d’un ancien cadre du parti politique (PMK) défendant les intérêts des Vanniyars (le cadre décédé en 2018 s’appelait Guru Kaduvetti).

Par ailleurs, le film est attaqué parce qu’une scène tournée dans le bureau du fameux policier montrait, en arrière-plan, un calendrier avec le symbole du PMK (une flamme dans un pot de terre).

Il n’en fallait pas moins pour échauffer les esprits. Le responsable de l’association Vanniyar accuse Suriya de volontairement faire croire que le « méchant » est un membre de la caste Vanniyar. L’acteur s’en défend, rappelant que son objectif est de servir la liberté et la justice et qu’il n’a jamais eu l’intention d’insulter quiconque. Les responsables de l’association ont demandé aux directeurs de salles de cinéma du Tamil Nadu de ne plus diffuser de films avec Suriya. 

 

film tamoul Jai Bhim
Jai Bhim - Amazon Prime Video/Facebook

 

 

Beaucoup de bruit pour peu. L’effervescence du côté Vanniyar trouve peut-être une autre origine : la Haute Cour du Tamil Nadu vient d’annuler un projet de loi écrit par l’ancienne majorité gouvernementale, qui établissait que 10,5 % des 20 % d’emplois publics réservés aux tribus devaient être alloués à des Vanniyars. Les juges ont considéré cette clause inconstitutionnelle. Le PMK est sur les dents et cherche à faire parler de lui.

 

Quoiqu’il en soit, Jai Bhim est un bon film, recommandé en particulier pour son approche de la vie des tribus.

 

Jai Bhim est diffusé sur Amazon Prime Video.

 

 

 

annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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