Édition internationale

CHANSON FRANCAISE – Les albums de 2008

Les anciens comme Julien Clerc, Francis Cabrel ou William Sheller ont redonné de la voix cette année. Ils ont été rejoints par les plus jeunes comme Vincent Delerm, Emma Daumas ou Bénabar. Et des sans âge comme Gérard Darmon, Adamo ou Alain Bashung. Les albums de l'année à offrir ou recevoir




Adamo, Le bal des gens bien (Polydor)
On ne comprendra jamais trop tard que le Belge Salvatore Adamo à la voix cassée a une vraie voix. Cassée certes, mais puissante et très exactement liée aux textes qui ont fait sa célébrité. Adamo propose aujourd'hui un album de duos. C'est idiot, il n'avait pas besoin de secondes voix. Sauf à considérer que les secondes voix, éminemment contemporaines, lui apportent un renouveau de succès. C'est ainsi qu'il est dit qu'Adamo revivra. Dans Vous permettez monsieur, Bénabar semble si fluet qu'on a peine pour lui -mais on l'oublie quand la chanson devient franchement poilante lorsque le plus âgé demande au plus jeune s'il peut emprunter... sa mère ! Car, si les versions de Tombe la neige avec Voulzy ou Les filles du bord de mer avec Souchon sont plutôt convenues, Amour perdu avec Loane, Au café du temps perdu avec Thomas Dutronc, Un air en Fa mineur avec Juliette, ou C'est ma vie avec Isabelle Boulay sont totalement réjouissantes. (BB)

Rodolphe Burger
, No sport (Odeon)
Rodolphe Burger livre un quatrième album en solo, écrit en collaboration avec Rachid Taha et James Blood Ulmer. Le chanteur de Kat Onoma conserve un univers délicieusement particulier où les textes transpirent de sens poétique et social. Sur des paroles Gainsbourghiennes repose une voix à la Tom Waits, plongeante sur des airs de rock à la guitare saturée, ou de mélancoliques balades. L'atmosphère un peu triste et agréable fait de No sport un album à prendre le temps d'écouter. Tranquillement allongé sur un canapé pour en savourer les paroles. (G.A)

Francis Cabrel, Des roses et des orties (BMG)

Ah le pouvoir évocateur de Cabrel... En deux phrases, il dessine une image, campe une situation, dresse un cheptel d'émotions qu'on visualise comme si on y était. Tranquilles ou trémoussantes les mélodies, pour la plupart orchestrées à l'acoustique se retiennent à l'issue de la première écoute. Mais sa tessiture vient surtout du son "o"qu'il ouvre comme seuls savent les ouvrir les gens du Sud. Du coup il en glisse partout, des roses jusqu'aux orties en passant par le monde polychrome. Côté sens, c'est un Cabrel engagé dans la dénonciation des difficultés d'aujourd'hui qu'on retrouve ici ?comme dans Les cardinaux en costume ou African tour. La poésie en plus. Sorti en mars, l'album marche du feu de dieu, puisque c'est celui qui s'est le plus vendu cette année en France. (BR)

Gérard Darmon, On s'aime (Universal)

Juste pour les Rues de sa jeunesse où "les stars ne montraient pas leurs fesses", Gérard Darmon vaut plus que la peine. Crooner à fond les ballons, d'une voix infiniment grave sur des textes langoureux, il transporte. On pense savoir que c'est stupide, on pense qu'il le sait aussi, mais on ne peut pas rester lucide : on adore simplement ! Gérard Darmon a le cheveu blanc, la ride exhaustive, l'humour pied noir, et la séduction au bout de la gravitude. Un album pour ceux qui aiment fondre, et ceux qui ne "sont ni amis, ni amoureux, mais se promènent entre les deux, amireux". Même sur le très glams Ne t'en va pas, les rimes font assez 6e 2. Mais le ton? ah bon sang, le ton? est tellement viril ! (BR)

Emma Daumas, Le chemin de la maison (Polydor)

Issue de la seconde saison de la Star Academy, Emma Daumas livre un délicieux troisième album. Avec une voix à mi chemin entre une Camille et une Yaël Naïm, elle chante avec légèreté et sautillements. J'suis conne qui tourne en boucles sur les radios jeunes a été écrit et composé par Mickaël Furnon (ex leader des Mickey 3d devenu Mick est tout seul). Même si elle s'est bien entourée, de Marcel Kanche notamment aussi pour Neverland, à 24 ans, la douce blonde fait montre d'une belle personnalité. (DM).

Vincent Delerm, Quinze chansons (Tôt ou tard)
Le quatrième album studio de Vincent Delerm ne devrait pas brusquer ses fans. Très sobrement intitulé 15 chansons, il égraine autant de titre d'une facture désormais immédiatement identifiable. Après le petit glissement doucement pop de ses précédentes Piqûres d'araignées, il assoit ses fondamentaux et nous accroche au détour d'une notation finement quotidienne, d'une citation évocatrice (François de Roubaix dans le dos), d'une liste absurde ou de rapprochements arbitraires ( les Anna ont quand même pas mal de maillots de bain). Delerm est toujours cinéphile. Il évoque Ken Loach et les documentaires anglo-saxon sur les stars d'Hollywood dans la charmante chanson d'ouverture. Même s'il manque sans doute un ou deux grands titres pour compter vraiment, l'album reste opportunément lui-même au fil d'une balade en quinze étapes tout à fait plaisante. (JMJ)

Diane Dufresne, Effusions (Universal)

Dans les années 70, la flamboyante Dufresne poussait des cris stridents et salvateurs à la face de l'époque, plantée droite et seins nus dans des shows à l'ambition totale, spectaculaires et expérimentaux. Déjà sa voix somptueuse et la force de ses interprétations laissait béat. A plus de 60 ans Diane Dufresne ne hurle plus mais chante de façon toujours aussi admirable des chansons plus graves, belles et profondes. Après avoir travaillé avec Alexis Weissemberg, consacrée un album à Kurt Weil avec l'orchestre métropolitain du Grand Montréal, elle a invité la pianiste Alain Lefèvre sur un disque où se croisent Hubert Reeves, Daniel Bélanger et la fidèle Mairie Bernard. Somptueux. (JMJ)

William Sheller, Avatars (Mercury)
Avec Avatars William Sheller s'inscrit dans la continuité tout en proposant une rupture radicale. Après un album piano solo épuré, il revient aux grandes orchestrations lyriques et prouve une nouvelle fois que sa science musicale et sa virtuosité n'ont guère d'équivalent. L'univers de Sheller est souvent embrumé. Il a quelque chose d'énigmatique, d'allusif et de discrètement exalté. La loufoquerie de la pochette colle d'ailleurs parfaitement au personnage. La profusion, la densité de la forme desservent toutefois le fond, et perdent les textes, accrochés à une voix par moment peu audible, au milieu des cordes, des cuivres et des riffs sauvages. Tant de fougue nécessite sans doute du temps pour se domestiquer. (JMJ)

Une sélection de la rédaction (www.lepetitjournal.com) mercredi 24 décembre 2008

Les albums que la rédaction a aimés cette année : cliquez sur l'auteur pour retrouver l'article
Bénabar, Infréquentable (Jive)
Julien Clerc, Où s'en vont les avions ? (Virgin)
Grégoire, Toi + moi (Warner)
Mylène Farmer, Point de suture, (Polydor)
Carla Bruni, Comme si de rien n'était (Naïve)
Thomas Dutronc, Comme un manouche sans guitare (Universal)
Alain Bashung, Bleu pétrôle (Barclay)
Luke, Les enfants de Saturne (Sony BMG)
Vanessa Paradis, Divinidylle (Barclay)
Raphaël, Je sais que la Terre est plate, (Delabel)
Louisy Joseph, La saison des amours (Warner)
Damien Saez, Paris, (Cinq7)
Cali, L'Espoir (Labels)
Albin de la Simone, Bungalow! (Virgin)
Sébastien Tellier, Sexuality (Virgin)
Duffy, Rockferry (Az)
Renan Luce, Repenti (Barclay)
BB Brunes, Blonde comme moi, (Virgin)
Syd Matters, Ghost Days (Because Music)
SinikLe toit du monde (Up Music)
Ayo, Gravity at last (Polydor)




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