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Taxer l’alcool et le tabac pour faire face à la crise énergétique du Cambodge

Le Cambodge dépense environ 47 millions de dollars par mois pour contenir la hausse des prix des carburants. Des spécialistes de la santé et de l’économie proposent d’augmenter les taxes sur l’alcool et le tabac afin de dégager des recettes publiques et d’éviter des milliers de décès prématurés.

Crédits Sangboo Nam Flickr Creative Commons ANgkor beerCrédits Sangboo Nam Flickr Creative Commons ANgkor beer
Crédits Sangboo Nam Flickr Creative Common
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 15 octobre 2026

Le pays subit les répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient. Fortement dépendant des importations de carburant, le gouvernement subventionne les prix pour en limiter l’impact sur les ménages et les entreprises.

L’essence ordinaire, qui coûtait moins d’un dollar le litre en mars, approche désormais 1,50 dollar. La hausse affecte les entreprises et se répercute dans l’ensemble de l’économie.

Pour les experts, le gouvernement pourrait compléter les aides sur les carburants par une hausse des taxes sur des produits nocifs pour la santé.

Au Cambodge, des taxes plus élevées pourraient financer les services publics

Prom Tevy, chercheuse en économie à l’Académie royale du Cambodge, estime que ces recettes supplémentaires pourraient contribuer au financement des écoles, des hôpitaux et des infrastructures publiques.

« C’est une bonne mesure pour le développement socio-économique », dit-elle.

Une étude des Nations unies publiée en 2019 sur la lutte contre le tabagisme estimait qu’une hausse à 75 % du taux de taxation du tabac pourrait rapporter 235 millions de dollars supplémentaires au Cambodge en cinq ans. Sur quinze ans, les recettes pourraient atteindre 933 millions de dollars.

Selon Prom Tevy, cet argent pourrait financer des services publics dont les bénéfices iraient au-delà de la crise actuelle des carburants.

Alcool et tabac : des taxes faibles par rapport aux pays voisins

Mom Kong, directeur exécutif du Cambodia Movement for Health, soutient lui aussi une hausse des taxes sur l’alcool et le tabac. Selon lui, cette politique aurait un double effet : augmenter les recettes de l’État et décourager la consommation de produits liés à des maladies graves.

« C’est une mesure gagnant-gagnant », affirme-t-il.

Le Cambodge discute d’une hausse de ces taxes depuis plus de dix ans, mais les progrès restent lents, alors que d’autres pays de la région ont avancé.

Les produits du tabac fabriqués au Cambodge sont actuellement taxés à 25 % de leur prix de vente au détail, contre 31 % pour le tabac importé. La bière est taxée à 30 % et le vin à 35 %, auxquels s’ajoute une taxe sur la valeur ajoutée de 10 %.

Ces taux sont inférieurs à ceux de plusieurs pays voisins. Au Vietnam, les taxes sur l’alcool vont de 25 à 50 % et celles sur le tabac atteignent 65 %. La Thaïlande applique des taux d’environ 60 % sur l’alcool et 85 % sur le tabac. Aux Philippines et à Singapour, les taxes sur ces produits sont généralement d’au moins 70 %.

Réduire les maladies liées au tabac au Cambodge

Pour Mom Kong, l’enjeu principal n’est pas le montant des recettes, mais les maladies que cette politique pourrait prévenir.

« Le premier bénéfice, c’est de réduire les maladies et les décès parmi nos concitoyens », dit-il. Les personnes malades ont besoin de soins, ajoute-t-il, ce qui représente souvent une charge financière pour l’État.

Selon Mom Kong, les recettes pourraient ainsi améliorer les services de santé ou alléger une partie de la pression que la hausse des carburants fait peser sur les ménages.

L’alcool et le tabac comptent parmi les principales causes de décès liés aux maladies non transmissibles au Cambodge. Un rapport des Nations unies estime que les maladies associées au tabac provoquent environ 15 000 décès par an dans le pays, notamment à la suite de cancers du poumon et de méningites.

Mom Kong estime qu’environ deux millions de Cambodgiens consomment du tabac. Sans mesures plus efficaces pour décourager cette consommation, ce nombre pourrait augmenter, notamment chez les jeunes, avertit-il.

Le coût économique du tabac et des importations

Le tabac coûterait environ 649 millions de dollars par an au Cambodge, soit près de 3 % du produit intérieur brut, selon les Nations unies. Quelque 584 millions de dollars correspondent à des pertes de productivité : décès prématurés, baisse de productivité des fumeurs et absences au travail.

Le pays dépense aussi des sommes importantes pour importer du tabac et des boissons alcoolisées. Selon Mom Kong, qui s’appuie sur un rapport du ministère du Commerce publié en 2025, le Cambodge a importé pour 258 millions de dollars de tabac en 2025, soit 10 % de plus qu’en 2024. Les importations de bière et d’autres boissons alcoolisées se sont élevées à 23,7 millions de dollars.

Dix entreprises produisent actuellement de la bière au Cambodge.

Pour les défenseurs de la santé, augmenter les taxes sur l’alcool et le tabac ne vise donc pas seulement à accroître les recettes de l’État. Ils espèrent aussi rendre ces produits moins abordables et donner au gouvernement davantage de moyens pour faire face aux conséquences sanitaires et économiques de leur consommation.

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

 

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