Malgré le cessez-le-feu conclu le 27 décembre, des milliers de familles cambodgiennes restent empêchées de rentrer chez elles. Des zones civiles sont désormais contrôlées par les forces thaïlandaises, selon les autorités cambodgiennes.


Des villages coupés par les barricades
Plus de 10 000 personnes déplacées à la suite de plusieurs semaines de combats à la frontière avec la Thaïlande en décembre demeurent empêchées de regagner leur domicile. Leurs villages se trouvent désormais derrière des barbelés et des conteneurs maritimes installés par les forces thaïlandaises pour matérialiser les revendications territoriales de Bangkok, ont indiqué les autorités locales.
La majorité de ces déplacés provient de villages frontaliers contestés que le Cambodge considère comme relevant de la province de Banteay Meanchey, une affirmation rejetée par la Thaïlande, qui accuse les habitants d’empiéter sur son territoire.
Banteay Meanchey : 9 000 personnes toujours bloquées
Environ 9 000 personnes, soit 2 735 familles originaires de Banteay Meanchey, ne peuvent toujours pas rentrer chez elles malgré le retour au cessez-le-feu entre les deux pays le 27 décembre, a déclaré vendredi Norng Vuthy, porte-parole provincial. Il a précisé que leurs habitations se trouvent désormais derrière des barricades thaïlandaises.
Pursat : des terres passées sous contrôle thaïlandais
Le gouverneur de la province de Pursat, Khoy Rida, a indiqué à CamboJA News qu’environ 20 familles de la commune de Thmor Da, dans le district de Veal Veng, ont été affectées après que leurs terres sont passées sous le contrôle des forces thaïlandaises.
La zone est située à proximité de la zone économique spéciale de Thmor Da, largement signalée comme abritant des opérations d’escroquerie en ligne et qui a été lourdement bombardée par la Thaïlande en décembre, Bangkok affirmant que cette zone empiétait sur son territoire.
Preah Vihear : une « zone rouge » toujours interdite
Plus au nord, dans la province de Preah Vihear, le vice-gouverneur Kim Chanpanha a déclaré que les autorités avaient désigné une « zone rouge » dans laquelle les habitants ne sont toujours pas autorisés à revenir.
Quatre villages se trouvent encore dans cette zone, et environ 1 109 familles restent dans l’impossibilité de rentrer chez elles, la zone demeurant sous contrôle thaïlandais.
Oddar Meanchey : 84 villages inaccessibles
Au moins « 84 villages » de la province d’Oddar Meanchey restent inaccessibles aux personnes déplacées, selon le ministère de l’Intérieur.
Plus d’un demi-million de Cambodgiens ont été déplacés après la reprise des affrontements début décembre. Environ 470 000 sont depuis rentrés chez eux à la suite du cessez-le-feu, tandis que plus de 173 000 personnes demeurent dans des dizaines de sites de déplacement répartis dans les provinces frontalières.
Témoignage : « Je n’ai pris que quelques vêtements »
Chhoung Sreychin, 31 ans, habitante du village contesté de Chouk Chey — que la Thaïlande revendique comme faisant partie de sa province de Sa Kaeo — a déclaré que sa maison se trouvait désormais derrière des conteneurs installés par les forces thaïlandaises et utilisés comme barricades de fortune. Elle affirme que son habitation a été endommagée lors des bombardements du village par des soldats thaïlandais.
« Lors de l’évacuation, je n’ai emporté que quelques vêtements pour le camp, car j’avais peur des tirs », a-t-elle raconté.
Évacuée le 8 décembre, pour la troisième fois en un an, elle est aujourd’hui hébergée dans une pagode de Banteay Meanchey avec six membres de sa famille, aux côtés de centaines d’autres familles dans la même situation.

Des personnes déplacées par les affrontements frontaliers avec la Thaïlande trouvent refuge dans une pagode du district de Kralanh, province de Siem Reap. 25 décembre 2025. (CamboJA / Pring Samrang)
Accusations de violations du droit international
Les autorités cambodgiennes accusent les forces thaïlandaises de s’être avancées dans des villages contestés après le cessez-le-feu, prenant le contrôle de zones civiles et détruisant ou pillant des habitations. La Thaïlande a nié ces accusations.
Le porte-parole du ministère thaïlandais de la Défense, Surasant Kongsiri, a indiqué qu’il comptait répondre à une demande de commentaire, sans l’avoir fait au moment de la publication. Le porte-parole du gouvernement cambodgien, Pen Bona, a refusé de commenter.
Le ministère cambodgien des Affaires étrangères affirme également que les forces thaïlandaises ont pris le contrôle de plusieurs zones frontalières contestées, dont An Ses, Ta Thav et Phnom Trop à Preah Vihear, ainsi que des zones comprenant les temples de Ta Krabie, Ta Moan Thom et K’nar à Oddar Meanchey.
ONG et analystes alertent

Cheng Changkeus, une agricultrice de la province de Banteay Meanchey, s'occupe de son nouveau-né dans le camp de déplacés de Wat Sampov Loun, après avoir accouché le 20 décembre dans un centre de santé voisin. Photo prise le 25 décembre 2025. (CamboJA / Pring Samrang)
Soeung Saroeung, directeur exécutif du NGO Forum à Phnom Penh, estime que le fait d’empêcher les civils de rentrer chez eux constitue une violation continue du droit international humanitaire et des droits humains, notamment des protections prévues par la quatrième Convention de Genève.
« Les familles cambodgiennes déplacées sont confrontées à des risques immédiats de sans-abrisme, d’insécurité alimentaire, d’interruption de la scolarité, de dégradation de la santé et de perte permanente de leurs terres et de leurs moyens de subsistance », a-t-il déclaré.
Ly Sreysros, analyste politique indépendante basée à Phnom Penh, estime pour sa part que les forces thaïlandaises ont violé le cessez-le-feu du 27 décembre et le droit international humanitaire.
« Il est difficile d’affirmer que ce territoire appartient à la Thaïlande simplement parce qu’il est contrôlé, puisque cela n’a pas encore été déterminé », a-t-elle souligné.
KHUON Narim
Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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