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Mapping Memories Cambodia, quand les petites histoires font la grande

Par Marion Joubert | Publié le 09/04/2019 à 20:00 | Mis à jour le 09/04/2019 à 20:00
Photo : En plein exode de Phnom Penh vers les campagnes. Crédit : Vitou So, page facebook de MMC
En plein exode de Phnom Penh vers les campagnes. Crédit : Vitou So, page facebook de MMC

L’application mobile Mapping Memories Cambodia a été lancée le 2 février 2019 par le département de communication et médias de l’université royale de Phnom Penh. Une plateforme qui a pour ambition de faire sortir l’Histoire hors des musées.

Mapping Memories Cambodia (MMC) a pour but d'aider les jeunes Cambodgiens à comprendre comment  les générations précédentes ont vécu sous le régime des Khmers rouges. L’application, lancée le 2 février dernier, met en relation les récits personnels des survivants de la période des Khmers rouges avec  l’espace géographique actuel.

L’application est gratuite et bilingue, en anglais et en khmer. Pour Youk Chhang, directeur du centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), c’est essentiel car « il n’est pas possible de comprendre le génocide avec juste une seule langue ».  

Entre 2017 et 2018, environs 70 récits ont été rassemblés. Des histoires qui permettent aux utilisateurs de comprendre les privations et crimes subis par les Cambodgiens sous la période des Khmers rouges. 

Pour y avoir accès, il faut cliquer sur l’un des points de repère d’une carte automatiquement centrée sur notre position. Grâce au système de géolocalisation, il est ensuite facile de se rendre jusqu’au lieu où l'événement s’est déroulé. L’utilisateur a accès à un contenu qui peut prendre différentes formes. Youk Chhang explique que « l’application fait appel à de multiples sens. La vue pour les vidéos, les photos et les dessins, l'ouïe pour les sons, le toucher si la personne se déplace sur le lieu… ».

 

Les étapes permettant d'accéder à l'une des histoires de l'application
Les étapes permettant d'accéder à l'une des histoires de l'application

 

En plus d’être guidé par une narration multimédia, l’utilisateur a aussi la possibilité de poster sa propre histoire en lien avec la période historique. Il devient un témoin actif en enrichissant la mémoire nationale. Afin d'éviter le risque de déformation du savoir, les équipes en vérifient le contenu en transmettant les informations avant publication à DC-Cam, dirigé par Youk Chhang. « Traiter un sujet de cette manière permet de délivrer davantage d’informations et surtout, espère Chan Muyhong, la directrice du projet. L’objectif est d’attiser la curiosité des jeunes qui en parleront par la suite avec leur entourage ».

Une plateforme participative pour favoriser le discours intergénérationnel.

Cette plateforme multimédia participative, en faisant sortir l'Histoire des livres et musées, cherche à atteindre la nouvelle génération de Cambodgiens qui utilisent les smartphones pour s’informer et qui ne « parlent jamais de cette période avec leur famille normalement, car ce sont des souvenirs amers », déclare une étudiante ayant participé au projet.

L’application a ainsi pour ambition de délier les langues. Stefanie Duckstein, conseillère au département de média et communication de l’université royale de Phnom Penh a initié le projet. Pour elle, MMC sert entre autre « à créer du lien entre la génération des survivants et les jeunes Cambodgiens ». Permettre aux survivants de s’exprimer sur le sujet, non seulement pour informer les plus jeunes afin que la mémoire ne tombe pas dans l’oubli, mais aussi pour apporter une forme de justice. « Mener des procès internationaux n’est pas le seul moyen d’amener la justice. Donner une conférence, écrire un livre, réaliser un film ou produire une application telle que MMC est aussi une forme de justice envers les survivants », indique Youk Chhang. En effet, beaucoup n’ont jamais eu la possibilité de raconter leur vécu durant la période des Khmers rouges. « En entamant le dialogue, les cicatrices se referment », ajoute Chan Muyhong.

Par ailleurs, Youk Chhang fait remarquer que lorsqu’une technologie telle qu’une application mobile est utilisée, cela aide à prendre de la distance avec les événements et ressentir moins violemment les émotions.« Être moins émotionnellement impliqué permet de mieux comprendre les choses », affirme-t-il.

Pour mieux comprendre le fonctionnement de cette plateforme multimédia participative en images, cliquez ici

Vous pouvez téléchargez l’application via Google play ou l'App store

1 Commentaire (s)Réagir
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ManuH01 mar 16/04/2019 - 08:03

Merci pour cet article très intéressant sur un sujet si essentiel ! Cependant, sur le fond, j'ai un sentiment mitigé. D'un côté, c'est super que les nouvelles technologies soient utilisées pour rejoindre les jeunes et de faire parler les lieux, afin que la mémoire collective reste et que les souvenirs des crimes des KR ne disparaissent pas avec ceux et celles qui les ont vécu. D'un autre côté, 70, c'est si peu à l'échelle du pays !!! Il faudrait 1 histoire/lieu par district au minimum (200 donc) + 1 par sangkat de la capitale (environ 80) ! Quant à mettre à distance les émotions, je ne suis pas sûr que cela permette toujours de mieux comprendre : pour ceux qui ont vécu les horreurs, oui bien sûr, mais pour les jeunes qui vont jusqu'à dénier l'existence même de ces horreurs pour certain-e-s ? Et puis, pourquoi n'est-ce pas aussi en Français ???

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