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SOCIAL - Une association pour la jeunesse et les Arts cambodgiens

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Certaines initiatives méconnues du public mériteraient pourtant d'être mises en valeur. L'Association pour la sauvegarde des enfants de Bakheng est de celles là. Depuis plus de dix ans, elle contribue à donner une formation artistique à des enfants dont la majorité provient de milieux défavorisés. Portrait de Kunthap Hing, son fondateur, un homme qui ne supporte pas la misère 

Les enfants du Bakheng (photo: Julie Philippe)

A quelques kilomètres de Phnom Penh, Maly et Kunthap Hing ont fondé un petit coin préservé où s'épanouissent une quinzaine de jeunes âgés de 7 à 15 ans. Après plus de trente ans passés en France, le couple retourne vivre au Cambodge en 1999. Très vite, il s'aperçoit de la détresse de certains Cambodgiens et des dures conditions de vie de nombreux enfants. Maly prend alors l'initiative de créer 'l'Association pour la sauvegarde des enfants de Bakheng', activement soutenue dans ce projet par son mari. Les deux époux souhaitent reconstruire à leur façon, le patrimoine culturel du Cambodge et donner une formation artistique à des enfants de leur quartier.

Les jeunes vont à l'école le matin et apprennent la musique ou la danse (folklorique ou ballet royal) l'après-midi. Ils exposent leurs talents lors de cérémonies ou fêtes. Une partie de la recette des spectacles revient aux enfants, une autre à l'association. La plupart des jeunes dorment sur place dans des locaux construits par Kunthap. Le financement de la structure provient du couple ou de la générosité de donateurs. L'association connait un certain succès. Il est vrai que les enfants aiment ce qu'ils font et progressent vite. Ce sont les jeunes de la première génération qui viennent enseigner à leurs cadets la danse et la musique. La plupart des 'anciens' ont un métier en rapport avec les arts du spectacle.

Une belle initiative créée par un couple de Cambodgiens au parcours peu classique. Maly s'est occupée de ses trois enfants et veille à présent sur d'autres jeunes. Kunthap, lui, a eu un itinéraire peu conventionnel. Retour sur une vie, celle d'un homme engagé pour qui l'éthique est primordiale.

Portrait d'un francophile engagé
Le fondateur de l'association est un homme au parcours atypique. Il cultive une certaine philosophie de la vie. Son adage ? "Aide toi, le ciel t'aidera". D'origine paysanne, (son père est chef de village), le jeune Kunthap suit une scolarité brillante au lycée Descartes de Phnom Penh dans les années 1950. En 1955, le jeune homme part aux États-Unis (chose rarissime à l'époque) suivre des études d'ingénieur. Au bout de cinq ans, il retourne au Cambodge et intègre la société Shell sans difficulté apparente : "Shell souhaitait des cadres Khmers. J'étais le premier Cambodgien à intégrer une société privée et le premier ingénieur de Shell."
Le jeune homme est travailleur et pointilleux. Très vite, il gravit les échelons et devient directeur administrateur de l'entreprise en 1966. C'est notamment grâce à ses talents que Shell devient une entreprise importante. Elle assure une part importante du budget national de l'Etat dans les années 1960. Kunthap Hing s'estime en partie responsable de ce succès : "A mon arrivée au poste de directeur administrateur, j'ai 'nettoyé' Shell des individus corrompus. L'entreprise est vite devenue un modèle. Les meilleurs travailleurs étaient les mieux payés et très rapidement, le cercle vertueux s'est étendu."

Maly et Kunthap Hing (Photo: Julie Philippe)

Un Cambodgien "plus français que les Français"
 En avril 1975, une semaine avant l'arrivée des Khmers Rouges, l'homme quitte le pays avec sa femme et ses trois enfants. Ils partent s'installer en France : "j'avais senti depuis plusieurs mois que les choses tournaient mal. En France, nous avons été très bien accueillis. Les Français ont été très gentils à notre égard et je tiens à les remercier pour tout ce qu'ils ont fait." 

Kunthap Hing et sa famille savent qu'ils risquent de demeurer en France pendant un certain temps, c'est pourquoi dès leur arrivée ils tentent de s'intégrer dans la société. La famille s'installe à Saint-Germain-en-Laye car la commune compte peu d'asiatiques. Elle achète une maison et commence sa nouvelle vie : "nous achetions uniquement des produits français, fréquentions principalement des Français. Les amis français disaient de nous : ils sont plus français que nous !".

Un homme d'engagement
Au niveau professionnel, Shell trouve un emploi à Kunthap dans une branche différente de celle qu'il avait au Cambodge. Puis au bout de six années, l'entreprise introduit l'ingénieur aux Charbonnages de France, et Kunthap reste dans l'entreprise jusqu'à sa retraite en 1998. Il travaille dans un domaine novateur : celui de l'environnement. Un secteur qui lui tient à c?ur, aujourd'hui encore.
L'ingénieur est un homme engagé qui s'interroge sur le sens de la vie. Il crée avec d'autres Khmers expatriés un journal 'Chatomukh' pour les Cambodgiens de France en 1989. Il le dirige pendant une dizaine d'années. Des intellectuels (ingénieurs, économistes etc.) y évoquent leurs opinions, idées, réflexions. Le mensuel existe toujours. Il s'agit aujourd'hui encore de la revue la plus lue par les Cambodgiens de France.

A son retour au Cambodge en 1999, Kunthap se rend compte que sa mentalité est parfois différente de celle des Cambodgiens n'ayant pas voyagé. Il doit faire face à certaines difficultés. "Les Cambodgiens sont généralement naïfs. Moi-même, je me suis rendu compte de ma naïveté à mon retour au Cambodge. Je ne m'étais pas aperçu à quel point la corruption était présente dans le pays. Par ailleurs, je supporte très mal la misère environnante."A présent, l'homme est toujours actif. Il est par exemple expert de la banque mondiale d'électrification rurale et est très engagé aux côtés de sa femme dans l'association qu'ils ont créée. 

Un beau parcours professionnel mais aussi humain que celui de Kunthap. Il est la preuve vivante que la volonté et le travail sont toujours récompensés.

Julie Philippe (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) mercredi 21 octobre 2009
 

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Publié le 21 octobre 2009, mis à jour le 8 février 2018
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