PORTRAIT- Sopheap Chak, Cloggeuse, activiste et même pas peur

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 10/03/2009 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 13:29

A première vue, Sopheap, 24 ans ressemble à toutes les jeunes Cambodgiennes : un petit bout de femme énergique prête à dégainer son sourire à qui lui en fait un. A première vue. seulement Car Sopheap possède un signe distinctif, voire légèrement handicapant : son ordinateur demeure en parmanence scotché sous son aisselle. Une tare qu'elle surmonte avec panache, la demoiselle se révélant l'une des cloggeuses les plus talentueuses, actives et surtout activistes de la clogosphère, le réseau des bloggeurs cambodgiens

(Source Photo: LPJ Cambodge)
« Je fais partie d'une génération de Cambodgiennes qui ne veulent pas garder leur langue dans la poche, qui s'intéressent au monde et veulent s'y ouvrir, explique Sopheap. La démocratie est encore jeune dans le royaume, les médias sont contrôlés, je pense que le blog est le meilleur endroit pour exercer sa liberté d'expression. » Et ce droit la jeune femme en use sans modération sur Internet. Intitulé « Les trois dimensions de la vie », ses billets abordent la politique, l'économie et les questions de société. Et si la femme réelle peut sembler sage et timide au premier abord, son alter égo virtuel développe lui un aspect beaucoup plus incisif, n'hésitant pas à écorner ouvertement la gouvernance de son pays. Ainsi, en décembre, Sopheap s'en prenait à l'autorisation officielle de pouvoir exploiter le parc national de Bokor. Une exploitation qui permettra notamment d'y implanter des cultures, dommageant ainsi les écosystèmes existants et la beauté du lieu. « Je soutiens activement la politique de développement du gouvernement, toutefois, cette décision va à l'encontre de la loi de 1996 sur la protection des ressources naturelles du Cambodge… », écrit-elle le 14 juillet 2008. En mai, elle interpellait directement deux ministres à propos de la liberté de la presse et de celle, qu'elle jugeait outrancière, d'une publicité : « Au lieu de censurer les articles ayant trait à la politique, je suggère au gouvernement, spécialement aux ministres de la Culture et à celui de l'Information, de surveiller les publicités télévisées. L'une d'elle, en ce moment, montre des jeunes femmes khmères très sexy à la place de la voiture dont elle vante les mérites. Cette publicité est vide de sens, dégrade la culture khmère et dévalorise les femmes… » Des prises de position qui ne plaisent pas à tout le monde, Sopheap a même déjà reçu une menace de mort anonyme à la suite d'un de ses articles sur les évictions forcées. « On me demande souvent si je suis effrayée par ces menaces et ce que je ferais si on me demandait d'arrêter… Mais si on tait ces tentatives d'indimidation, elles gagneront du terrain, commente Sopheap. Aussi longtemps que nous restons neutres et indépendants, nous ne devons pas craindre d'utiliser notre droit à la liberté d'expression. » Pour l'instant, l'Etat reste assez passif et ne semble pas avoir pris la mesure de l'impact de la Toile. Un seul blog montrant des photomontages d'apsaras à la poitrine généreuse et dénudée a pour le moment été interdit d'accès. En outre, une loi de régulation de l'Internet est actuellement à l'étude. « Il faut se montrer vigilent, relève Sopheap, pour rester compétitif dans le marché mondial, l'accès à l'information et la liberté d'expression doivent impérativement être garantis. La censure devrait être considérée comme une violation des droits de l'Homme. Bâtir un mur pour bloquer la Toile ne peut pas exister à l'heure du numérique. »

Une ambassadrice
Issue d'une famille modeste de Kampong Cham, la jeune femme étudie au Japon où elle a obtenu une bourse afin de poursuivre un master en relations internationales spécialisé dans les questions de paix. Elle continue également son travail au sein de l'association qu'elle a créée, le Réseau de la jeunesse pour le changement, destiné notamment à réduire le fossé numérique dans les provinces. Dans l'avenir, elle espère continuer à œuvrer pour les droits de l'Homme. « Et j'espère que la clogosphère restera un domaine libre où davantage de Cambodgiens viendront s'exprimer, pas seulement sur leur vie personnelle mais sur leur communauté. Le clog doit devenir un outil de la démocratie au Cambodge. »
Corinne Callebaut (LePetitJournal.com Cambodge) mardi 10 mars 2009

Pour visiter le blog de Sopheap: Sopheapfocus.blogspot.com
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