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ENTRETIEN - Tai Luc, le plus Samourai des Rockers

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 28/04/2008 à 01:00 | Mis à jour le 09/01/2018 à 12:15

Auteur et interprète de la mythique La Souris Déglinguée (LSD) depuis 30 ans, Tai Luc s'offre un premier album solo "Jukebox". Le LPJ a recueilli ses confidences sur son actualité, et l'actualité en général. Attention aux oreilles

Tai Luc et La Souris Déglinguée à Canton (LSD)

LPJ : Comment est né Juke Box? Pourquoi avoir tant attendu pour te lancer dans un projet solo ?
Tai Luc : De manière assez simple, c'est la suite des albums Mékong (2005) et Glaz'art (2006) et en même temps, c'est un peu différent puisque cette fois-ci, je m'occupe tout seul de la musique et des bruits qui vont avec. Il s'agit aussi d'un disque de reprises, de morceaux que j'aimais écouter pour la plupart avant 1975, un peu de Lou Reed, du country rock et de la chanson réaliste. Ce n'est pas moi qui attendait ce projet solo mais certains bruits sur ce disque que j'ai enregistré au Yunnan en 88, au Japon en 93, au Cambodge en 2000. Il y a donc préméditation de ma part. 

LPJ : On te sait très attaché au Cambodge, un titre comme Brigitte Bardot Cambodgienne le prouve, as-tu des nouveaux projets (titres, reprise de chanson de SM le Roi, ou concert) nous concernant ?
TL : Pour l'instant, non, pas de chanson khmérisante car le salon de coiffure parisien tenu par les Brigitte Bardot Cambodgienne sur la rue Marcadet, a fermé ses portes, alors il va falloir que j'aille ailleurs trouver l'inspiration. Néanmoins Jukebox, ce nouvel album outre son côté résolument western est aussi eastern à condition de tendre l'oreille. On peut ainsi entendre une voix de demoiselle du vieux marché de Siem-Reap sur Pale Blue Eyes et un cri de charmante sirène dans sa piscine à Phnom Penh sur Pistol Packin' Mama. Pour ce qui est d'un nouveau concert de LSD au Cambodge, je vais dire comme dans un couplet de Princesses : "pas de réfractaires, nous sommes tous volontaires ".

LPJ : Dans la chanson En Indochine tu répètes "Tu penses toujours à l'Indochine ". A partir de quel moment as-tu pris conscience de ton identité eurasienne ?
TL : Depuis le début. J'ai toujours entendu parler de cette partie du monde. Le fait que mon père soit né à Bac Lieu au début du siècle dernier, ça m'a donné un point de départ culturel. Du coup je me sens très proche de tous les peuples de la région : Viet, Khmer, Cham, Chinois et ? "Lieu "! Voilà pour l'Asie, quant à l'Europe, comme j'habite près des arènes de Lutèce, je te dirai que je suis forcément un peu gallo-romain.

LPJ : Vos titres notamment sur le Vietnam sont parfois très politisés, cela ne vous a t-il jamais joué des tours au pays des 3 Ky, ou en Chine ?
TL : LSD a réussi à jouer en Chine à 2003 et au Vietnam en 2005. Les chansons auxquelles tu fais allusion, Saigon Oï et les Rues de Pékin n'étaient pas idéales comme passeports pour obtenir les visas et pourtant nous les avons eus et nous avons fait des concerts là-bas, ce qui veut dire que dans ces deux pays, les choses changent. En France, contrée démocratique, paradoxalement, ça bouge beaucoup moins vite ? Constat : Notre chanson International Raya Fan-Club est passé deux jours de suite sur CCTV en janvier 2004 et pas une seule fois à la télé française depuis 1984.

LPJ : Pour en revenir à la Chine, on connait ton attachement à la cause tibétaine et ses guerriers Khampa, que penses-tu des derniers évènements ?
TL : Je connais le Tibet depuis 1988. J'ai fait deux concerts à Lhassa cette année-là, avec des amis musiciens tibétains et chinois dans une boîte de nuit en face du Potala, c'est un moment inoubliable, surtout que je venais de Rangoon en pleine révolte. Se retrouver à jouer En Indochine et Jeunesse de France sur le Toit du Monde, disons que ça m'a donné pas mal de sensations. Tous les Eurasiens du Delta, un jour ou l'autre doivent aller au Tibet, pays de la source du Mékong, c'est ce que j'ai fait. Je suis même retourné au Tibet en 1999, 2000 et très récemment, à la fin février 2008 à l'occasion des fêtes du Nouvel An. Pour ce qui est des derniers évènements, une fois de plus, difficile d'y être insensible, ma sympathie va toujours à un peuple qui mène un combat légitime pour préserver son identité culturelle. Maintenant la réalité politique et territoriale est que le Tibet n'est plus indépendant depuis un demi-siècle. Il est réduit à l'état de "région autonome ", laquelle est administrée par des cadres tibétains acquis comme toute une partie de la population, à la cause du communisme chinois. On occulte souvent le fait qu'à l'époque de la Révolution culturelle au Tibet, les principaux destructeurs de temples étaient les gardes rouges du coin, c'est à dire les Tibétains eux-mêmes. Ils n'ont donc pas eu besoin dans leur entreprise, de l'aide de leurs homologues pékinois déjà fort occupés à vandaliser la capitale chinoise. L'Histoire nous apprend aussi que pour sortir de la domination chinoise, il faut se soumettre à une autre domination, comme pour la Mongolie devenue en partie indépendante en se laissant satelliser par l'Union soviétique ou alors ça se passe comme avec le Vietnam qui a été pendant près de mille ans, des Qin jusqu'aux Tang rattaché à la Chine ? Je ne sais pas si les Tibétains vont être aussi patients que les Vietnamiens. En attendant, je l'ai écrit dans la chanson Banzai en 1991 : "Sous le pont de Tolbiac, on veut la rivière Kwai, à la place de Chirac, on veut le Lama-Dalaï " alors maintenant que Sa Sainteté est citoyen d'honneur de la ville de Paris, l'actuel maire de Paris ferait une bonne action en démissionnant et en lui cédant sa place.
Propos recueillis par Soreasmey KE BIN. (www.lepetitjournal.com Cambodge) lundi 28 Avril 2008{mxc}

Pour les amateurs de la LST et de Tai Luc http://rayafanclub.free.fr/

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