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COMMUNAUTE – Oriane ou la jeune fille aux doigts de fée

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

VillageWorks est une association qui a pour but de créer des emplois en fournissant des compétences et des moyens de subsistance aux femmes, aux jeunes du village ainsi qu'aux  femmes victimes de mines ou handicapées de Baray et ses alentours, dans la région de Kampong Thom. Oriane Pereira Lino, jeune styliste parisienne à la tête pleine d'idées, les a rejoint depuis peu. Elle répond aux questions du petitjournal.com Cambodge

Oriane Pereira Lino, stylise française de 26 ans a choisi le Cambodge. (Crédit photo : Oriane Pereira Lino)

Pourquoi l'association VillageWorks a-t-elle fait appel à vous ?
Je suis ici pour leur dessiner une nouvelle collection d'accessoires de mode et d'objets de décoration. Je réalise les prototypes à Phnom Penh avant de partir au village pour leur apprendre comment les réaliser seul. Je suis issue du design textile spécialisation broderie et du design de mode.

Qui sont ces personnes avec qui vous travaillez ?
VillageWorks emploie 20 personnes à Phnom Penh, où se trouvent la boutique et un atelier de couture. Dans la province, elle emploie une quarantaine de villageois. Les employés sont pour la majorité des femmes, et des femmes handicapées ou victimes de mines. Il y a aussi quelques hommes.
C'est une opportunité pour les jeunes qui peuvent alors quitter la province et venir à Phnom Penh en ayant l'assurance d'avoir un endroit où dormir et manger. La journée, ils travaillent pour l'association, le soir ils étudient. Pour les villageois, c'est l'assurance d'avoir un travail tout en restant auprès de leur famille. Il y a un centre de travail mais la majorité des femmes travaillent de chez elles, pour éviter les déplacements.

Que recherchez-vous au Cambodge? Pensez-vous l'avoir trouvé ?

Ce que je cherche au Cambodge, c'est la liberté de créer une nouvelle collection à but équitable. C'est aussi l'occasion pour moi de trouver de nouvelles sources d'inspiration, mais aussi de faire de nouvelles rencontres et surtout d'apprendre du savoir-faire local.
Lorsque j'irai à Baray, je leur apprendrai mon savoir-faire français en broderie. Je suis en train de mettre au point une nouvelle technique de broderie avec des fils de sac à riz. Je vais donc leur enseigner de nouveaux points. En échange j'ai bien l'intention d'apprendre le tissage.

Quels sont les obstacles à votre nouvelle carrière?
Ils sont plus nombreux à Paris qu'à Phnom Penh : ça, c'est sûr. A Paris on est tous baignés dans la créativité alors il faut travailler dur et se démarquer foncièrement pour y arriver. C'est d'autant plus difficile lorsque l'on est perfectionniste comme moi, il est difficile de trouver le travail qui nous correspond. A la sortie de mes études, je me suis mise en freelance mais maintenant j'ai réellement envie d'une expérience significative. Quoique le voyage invite au voyage?

C'est un travail de coopération que mène la jeune styliste. (Crédit photo : Oriane Pereira Lino)

A quelles difficultés avez-vous du faire face en arrivant ?
Première difficulté, la langue. Puis la nonchalance des Cambodgiens. Ici tout se fait lentement. Je suis l'unique volontaire, je ne suis donc entourée que de Khmers et le travail est parfois difficile. Il faut oublier nos schémas de travail occidentaux et faire abstractions des contradictions.
Je travaille seule pour la recherche de la nouvelle collection mais un styliste n'est rien sans un modéliste. Je dépends entièrement de lui lorsque je veux réaliser un nouveau prototype. Et là aussi je rencontre un obstacle car je rentre dans son quotidien et je lui demande des choses nouvelles. Ça reste une expérience très enrichissante pour mon avenir professionnel.

En quoi le Cambodge est-il stimulant pour votre créativité?
Ma créativité me suit chaque jour. Je vois du beau partout là où les gens ne le soupçonnent même pas. Hier, je me suis arrêtée dans une ruelle car j'étais fascinée par la beauté d'une robe étendue au vent. J'aime confronter mon regard aux autres, les Cambodgiens sont souvent interloqués lorsque je prends en photo un torchon en train de sécher, des murs défraîchis ou mon repas. Pour moi, tout est source d'inspiration. Mais bien sûr, le Cambodge est remplis de merveilles, ses couleurs, les matériaux utilisés,... je passe des heures dans les marchés de Phnom Penh à chiner et à m'émerveiller.

L'atelier de VillageWorks à Phnom Penh. (Crédit photo : Oriane Pereira Lino)

Quel genre d'accessoires voudriez-vous concevoir ?
Pour VillageWorks, j'imagine une collection de sacs et pochettes, de bracelets et de pompons. J'ai envie de leur apporter de nouvelles formes, de nouveaux produits avec de nouvelles matières, couleurs et imprimés. Deux possibilités : soit j'utilise des modèles déjà existants dans leur collection en utilisant des matières plus surprenantes, soit je réalise de nouveaux modèles et là je laisse libre cour à mon imagination et à ce que je trouve dans l'atelier de stockage. Soie, ruban, perles, mais aussi sacs de riz. C'est impressionnant tout ce qu'on peut faire avec ces fils de sacs de riz !
Il est important de se positionner en tant que client. À moi d'imaginer des produits qui respectent l'artisanat khmer tout en m'adaptant à une utilisation occidentale. Il y a plein de beaux produits ici mais il est parfois difficile de se projeter avec dans son pays. J'aimerais mettre en place un tableau sur lequel ils pourraient accrocher photos, modèles, inspiration, couleurs, matières. Mais je crois qu'ils n'ont pas le temps de s'attarder à une réelle identité de marque et c'est bien dommage car des associations comme celles-ci, il y en a beaucoup à Phnom Penh et elles jouent toutes sur le même registre du ?travail équitable? en proposant les mêmes accessoires.

Pensez-vous à une réelle carrière au Cambodge?
Je dois avouer que parfois j'y songe. Ici on a une grande liberté et on a l'impression que tout est possible. Je vois bien qu'il y a un marché pour mes créations. Pour l'instant mon projet reste celui de réaliser ma propre collection et la proposer à mon retour à Paris. Et là, si ça marche, alors oui le Cambodge deviendra mon deuxième pays, j'envisagerai peut-être une carrière à Phnom Penh. En attendant, un autre voyage initiatique m'attend. Cette fois-ci en Inde.

Propos rapportés par Emilie TÔN (
www.lepetitjournal.com/cambodge) Mercredi 14 décembre 2011

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Publié le 14 décembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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