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Anakut Laor, un futur pour les orphelines séropositives

Par Marion Joubert | Publié le 30/01/2019 à 20:00 | Mis à jour le 31/01/2019 à 03:03
Photo : Les pensionnaires actuelles. Crédit : Anakut Laor.
Les pensionnaires actuelles. Crédit : Anakut Laor.

Pour l’ONG Anakut Laor, le virus du VIH n’est plus un frein à l’apprentissage. En assurant un environnement sain à des jeunes orphelines séropositives, un « bel avenir » devient possible.

Anakut Laor est un orphelinat tourné vers l’avenir de ses pensionnaires. Le but de l’ONG est d’héberger de jeunes orphelines séropositives et de les préparer à mener une vie professionnelle et familiale normale. Un suivi médical qualitatif leur permet d’affronter leur maladie et ainsi pouvoir faire des études.

La première fille a trouvé refuge au sein de L'ONG Anakut Laor en 2006. Le foyer a accueilli depuis 23 jeunes femmes, les deux dernières étant arrivées il y a 4 ans. En ce moment, huit pensionnaires vivent au centre. Patrick Hugues, trésorier de l’association, explique qu’« elles peuvent quitter le centre à 18 ans mais certaines restent plus longtemps, jusqu'à être autonomes ». Ainsi, la plus âgée a 25 ans et suit des études de pharmacie.

Jean-Yves et Dominique Dufour ont créé Anakut Laor en partant d'un constat : « Nous avons remarqué qu’il n’existait aucun lieu pour des adolescentes orphelines et infectées par le virus du VIH ». Ils décidèrent donc, avec l’aide de quelques amis, d'aménager une maison spécifiquement conçue à Phnom Penh pour des jeunes filles dans cette situation.

« En 2003, expliquent-ils, les gens avaient peur d'être contaminés alors que c’est une maladie certes transmissible mais pas contagieuse. Les enfants étaient non seulement rejetés par leur famille, mais aussi par tout leur village ». Contrairement aux garçons qui systématiquement accueillis par les moines dans les pagodes, les filles n’avaient aucun endroit où se réfugier.

En passant par d’autres ONG dans le pays, Anakut Laor a accueilli des jeunes orphelines séropositives afin qu’elles puissent recevoir un suivi approprié et évoluer dans un foyer à taille humaine. « Chaque pensionnaire a besoin d’attention, indique Dominique Dufour. Nous souhaitons rester un petit centre pour cela ». La dizaine de bénévoles français qui forment le bureau de l’association indiquent venir rarement au Cambodge. Ils veulent « que ce soit des Cambodgiens qui s'occupent de Cambodgiens ».

L’équipe sur place est donc composé de trois femmes cambodgiennes dont certaines séropositives « pour montrer aux filles qu'il est tout à fait possible de travailler et de mener une vie normal malgré leur maladie ». La directrice et les « mamans » qui s’en occupent au quotidien constituent ainsi un exemple pour les jeunes filles. Elles font figure d'autorité mais leur apportent aussi un soutien affectif et les préparent à reprendre leurs études.

En effet, les adolescentes ne savent souvent ni lire ni écrire quand elles arrivent et doivent alors rattraper l’école primaire. Anakut Laor, qui signifie bel avenir en khmer, porte bien son nom puisque l'objectif principal de l'organisation est d’aider ces jeunes filles à se reconstruire dans un environnement éducatif de qualité.

« L'idée en bref, développe Jean-Yves Dufour, est de les accompagner jusqu'à ce qu'elles soient autonomes afin qu’elles puissent s'insérer sans difficultés dans le monde professionnel. Le foyer d’autre part recrée une vie de famille - sans hommes - afin qu'elles apprennent à vivre en communauté ». Dominique Dufour ajoute que le but de l'organisation ne s'arrête pas là. L’association leur apprend aussi « à gérer les conséquences de leur maladie dans leur vie quotidienne ». Au sein d’Anakut Laor, en plus d'avoir accès aux médicaments antirétroviraux (la trithérapie), les filles reçoivent un soutien psychologique et social. Le traitement est contraignant mais « elles savent que prendre correctement leurs médicaments est une question de survie », souligne Dominique Dufour.  

Les jeunes femmes de rendent plusieurs fois par an à l'hôpital pour renouveler les stocks de médicaments et tous les six mois un médecin évalue leur état de santé général. Leur passage au centre de santé est pris en charge par le Fonds mondial pour la lutte contre la tuberculose, la malaria et le sida.  

Si les pensionnaires restent fragiles et fatigables, leur maladie ne les empêchent pas de suivre un programme hebdomadaire studieux. Elles vont en classe le matin à l'école de la pagode et participent au programme de soutien scolaire de l’ONG Maddox Chivan, qui les accompagne aussi dans une démarche de soutien psychologique. Les jeunes filles suivent en outre des cours d’anglais afin de mieux s’insérer dans le monde professionnel et se rendent une à deux fois par an dans leurs familles respectives - oncles, tantes, grands-parents afin de conserver des liens.

Grâce à une meilleure prise en charge actuelle de la maladie au Cambodge, qui se traduit par une meilleure éducation, la présence de centres spécialisés dans chaque province et une baisse des prix des médicaments grâce à la fondation Clinton, il est désormais rare que les deux parents décèdent de la maladie. Si en 2003 il n’y avait que 8000 traitements disponibles pour 25 000 personnes atteintes par le virus du VIH, Aujourd’hui l’immense majorité des Cambodgiens séropositifs y ont accès. Les doubles orphelins sont donc de moins en moins nombreux, ce qui se traduit par un recul du nombre de jeunes filles accueillies par Anakut Laor, un constat accueilli de manière positive par Jean-Yves et Dominique Dufour.

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