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VENTOUSE - Le mal par le feu

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 20/06/2011 à 00:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Quand on vous dit ''massage'' vous pensez  sans doute relaxation, bougies et huiles parfumées. Et ''succion par le feu'', non ? Le petitjournal.com a suivi un voyageur dans sa découverte de cette technique ancienne. Un sujet brûlant.

(Crédit photo : Camille Lorente)

Devant la petite maison, un panneau écrit en khmer dont seules les lettres ''MASSA'' se détachent pour l'?il occidental. Il faut quitter ses chaussures à l'entrée puis traverser le salon où père et enfants regardent la boxe à la télévision. Au fond du couloir on aperçoit la cuisine par une porte entrouverte.
Shane est alors invité à pénétrer dans l'une des trois chambres de la demeure. Ce canadien de 21 ans voyage en Asie depuis presque une année. Arrivé à Koh Kong après avoir visité Phnom Penh, il a décidé de s'offrir un moment de relaxation à la sauce khmère. Il n'a pas choisi n'importe quel massage : c'est le fire cupping qu'il s'apprête à tester. ''J'ai vu plusieurs personnes avec des marques dans le cou et sur les épaules'', raconte-t-il. ''Elles m'ont expliqué que c'était dû à ce type de massage et j'ai  voulu expérimenter par moi-même''. La technique consiste à chauffer des pots, en verre ou en plastique, que l'on pose ensuite à l'envers sur la peau. L'air, en refroidissant, crée un vide relatif et la peau est aspirée par effet de ventouse. Un suçon thérapeutique en somme. Souvent associé à la médecine chinoise traditionnelle, le massage par ventouse est ou a été pratiqué à différents endroits du globe. En France, son utilisation est attestée par le premier dictionnaire de l'Académie Française de 1694 où il est décrit comme un moyen ''d'attirer le mauvais sang''. Employée pour traiter des affections aussi diverses que la constipation, les migraines, les tendinites et les problèmes de peau, la technique revient au goût du jour en Occident.

La détox par succion
Quatre dollars suffiront pour cette séance de détox intensive. Dans la chambre, la lumière blafarde du néon est tamisée un bout d'étoffe rose. Les murs sont recouverts de posters floraux plutôt criards mais l'odeur de l'encens créé une atmosphère relaxante.
Le jeune homme s'étend à plat ventre sur le dessus de lit en soie rouge tiré à quatre épingles. La frêle masseuse s'installe à genoux à ses côtés, avec une passoire pleine de petits pots en verre. Vi est une jeune cambodgienne venue de la campagne il y a deux mois pour trouver du travail. Elle commence par huiler la peau du dos pour en quelque sorte lubrifier le mécanisme de succion.
Un morceau de tissu fixé au bout d'un bâton est trempé dans l'alcool puis enflammé. Le petit pot s'embue à son approche. Vi le retourne d'un geste assuré et le plaque contre le blanc épiderme qui ne le restera pas longtemps. Avec la pression, le sang afflue et la peau se met aussitôt à gonfler et à rougir à l'intérieur de la bulle de verre. Visuellement, mise en scène et réaction cutanée sont assez impressionnantes. L'opération se répète sur toute la surface du dos.

Tatouages éphémères

(Crédit photo : Camille Lorente)

Transformé en bonhomme de verre, Shane va maintenant apprécier un massage manuel des plus énergiques. Les os des orteils craquent et la friction des mollets fait s'entrechoquer les pots sur le dos du jeune homme. Le tout a l'air de chatouiller et notre cobaye étouffe ses rires en enfonçant sa tête dans l'oreiller bariolé. Un peu d'air s'échappe parfois d'un des pots en couinant comme un ballon qu'on dégonfle. Il est temps de retirer les petits récipients.
Le résultat immédiatement visible ce sont les tâches circulaires violacées qui constellent désormais le dos de Shane. D'autant plus marqués que sa peau est claire, les cercles passeront par une palette allant du rouge au noir pour s'estomper au bout de cinq jours environ. L'autre conséquence, c'est bien sûr une sensation de bien-être qui devrait, elle aussi, perdurer quelques temps. ''Je me sens léger, j'ai l'impression de flotter'', confie le jeune homme.  ''Au début ce n'est pas très agréable mais quand les pots sont enlevés, on ressent l'effet bénéfique.'' Une expérience concluante donc et moins douloureuse qu'elle n'y parait. Shane s'apprête à quitter la maisonnette, revigoré, mais Vi le fait assoir en riant. Il faut attendre son chauffeur de tuk tuk qui en a profité pour se faire masser aussi?

Camille Lorente (www.lepetitjournal.com) Lundi 20 Juin 2011

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