

Bien connu des touristes, sans doute moins fréquenté par les expatriés, un stand de tir nommé le Happy Club existe en banlieue de Phnom Penh. AK-47, M-16 et chars disposés dans la cour, le shooting range propose de jouer à la guerre derrière une caserne de l'armée cambodgienne
Le shooting range propose de tirer avec, par exemple, un AK 47. (Crédit photo : Laure Delacloche)
A quelques kilomètres en dehors de la ville (suffisamment près pour que les tuk-tuk y accèdent sans problème), nous voilà devant un portail blanc, anonyme et resté entrouvert : l'existence du shooting range n'a rien d'un secret mais le Happy Club (nom étonnant pour un stand de tir) tient à sa discrétion. Deux tanks accueillent le visiteur.
Assis à une table de rotin comme dans de nombreux restaurants de la capitale, la carte arrive rapidement. Seul le menu est différent. Après avoir énoncé quelques règles de sécurité, on passe au plat de résistance : cela coûte 40 dollars de tirer 25 cartouches au AK-47. Le même prix est annoncé pour le célèbre M-16 américain, et le ?menu? s'étend sur de nombreuses pages?
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Photos © Laure Delacloche
Le shooting range, attraction pour touristes ordinaires ?
Lucas et son compagnon de route, deux jeunes Suèdois, ont opté pour ces deux armes, les plus "célèbres" : "C'est peut-être parce que j'ai joué longtemps à Counter Strike? explique le voyageur. Arrivé la veille à Phnom Penh, il a accepté la proposition d'un chauffeur de tuk-tuk à l'aéroport : aller tirer au shooting range le matin et visiter Choeng Ek l'après-midi. Incompatible ? Rien n'est moins sur? "Je l'aurais sans doute fait de toute façon, même après les Champs de la Mort... Je ne pense pas comme ça, je ne compare pas ? si tu tires sur un fruit, c'est fun, si tu tires sur autre chose? Tu vois ce que je veux dire ?" Le jeune homme n'est pas exactement un passionné : ?Je ne sais pas si je reviendrai? Je ne suis pas trop intéressé par les armes de manière générale? Mais c'est une bonne expérience de savoir ce que ça fait, de tirer, surtout quand on pense aux enfants en Afrique qui utilisent les AK-47.? Ce qui est important, ce n'est pas tant de le faire, mais de l'avoir fait. Une expérience comme une autre, en somme. Les deux jeunes gens se font prendre en photo.
Un lieu de curiosités
Un peu plus loin, un ancien légionnaire français réagit : "Les touristes qui viennent comme ça, qui aiment se faire prendre en photo avec des armes, je trouve ça malsain. Ils ne savent pas ce que c'est." Lui a revêtu son uniforme et va tirer au AK-47 pour la première fois de sa vie. Il a davantage l'habitude du Famas de l'armée française.
Les douilles jonchent le sol de la zone de tir. Un membre du Happy Club est présent aux côtés de l'ancien militaire de carrière afin de lui donner des instructions. Casques anti-bruit sur les oreilles, les déflagrations secouent l'enceinte et les balles vont se ficher sur un poster, à 25 mètres de là. Pour un dollar de plus, il est possible de tirer sur des noix de coco. L'arme s'enraille, elle est usagée, de toute évidence. Elle va rejoindre d'autres spécimen historiques : dans le couloir du shooting range s'alignent des consoeurs de toutes nationalités. Lance-flamme, RPG (une arme anti-tank), lance-fusée vieux comme Erode, armes datant de la deuxième guerre mondiale, de celle d'Algérie ou, plus courant, de celle du Vietnam : pour les connaisseurs, le stand de tir de la banlieue de Phnom Penh regorge de curiosités.
Amateurs et professionnels se cotoient
Deux jeunes femmes d'une blondeur sans doute australienne arrivent à leur tour. Difficile cependant de savoir combien de visiteurs sont accueillis ici chaque jour : "Entre 10 et 15 tuk-tuks", estime celui qui est peut-être l'un des responsables. Il refuse de donner quelque précision que ce soit. Situé immédiatement derrière la caserne, le Happy Club est tenu par des soldats et sous supervision gouvernementale. Rencontrer un supérieur s'avère impossible. Des soldats arrivent à leur tour : eux viennent s'entraîner gratuitement, à volonté, en plus des séances prévues par l'armée, deux fois par semaine. Un volume horaire insuffisant pour ceux qui feront sans doute la guerre "pour de vrai".
Comment se rendre au shooting range ?
Sur la route de Pochentong en direction de l'aéroport, prendre la route nationale de Kampot. Tourner à droite après la caserne dont les casemates sont en forme d'ogives. Une réplique de téléphone indique un chemin : sur la droite se trouve l'entrée du shooting range, à quelques dizaines de mètres.
Laure Delacloche (www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 24 janvier 2012













