Le patron de l'opposition, Sam Rainsy, qui vit en exil pour échapper à la prison, a violemment attaqué lundi le Premier ministre Hun Sen dans un entretien avec l'AFP, l'accusant d'être un "lâche" en refusant de l'affronter aux législatives de juillet.

Sam Rainsy avec Kem Sokha, en 2009 (DR)
Sam Rainsy, âgé de 63 ans, est considéré comme le premier adversaire politique de Hun Sen, Premier ministre depuis 1985. Mais il mène son combat depuis son exil en France, pour échapper à trois condamnations qui lui ont valu onze ans en prison. Des dossiers qu'il considère comme politiquement motivés, et qui ont permis à la Commission électorale d'officialiser son exclusion des élections.
"Hun Sen est un lâche parce qu'il n'y a que deux prétendants. Le peuple cambodgien le sait, la communauté internationale sait aussi qu'il y a Hun Sen et Sam Rainsy", a estimé l'ex-ministre des Finances dans un entretien téléphonique avec l'AFP depuis Rangoun, où il a rencontré les leaders de l'opposition birmane. "Nous pouvons comparer cette course politique à du sport. Si c'est de la boxe, il y a deux combattants sur le ring (...). Cela serait intéressant à regarder", a-t-il ironisé. "Mais Hun Sen n'ose pas se mesurer à moi. Il utilise un tribunal fantoche pour me condamner afin qu'il puisse monter seul sur le ring".
Interrogations sur le déroulement des élections
Hun Sen, 61 ans, a promis de se maintenir au pouvoir jusqu'à ses 90 ans. Accusé par les organisations de défense des droits de l'Homme de réprimer l'opposition, il est d'ores et déjà donné favori des législatives. Mais des voix commencent à s'élever pour contester la légitimité du processus. Le mois dernier, un haut-responsable américain avait ainsi estimé que la crédibilité des élections dépendraient "de la capacité de l'opposition à y participer pleinement et équitablement". En 2008, le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen avait remporté 90 des 123 sièges de l'assemblée nationale, contre 26 pour le Parti Sam Rainsy (PSR) et trois pour le Parti des droits de l'Homme (PDH). Ces deux formations ont récemment décidé de s'unir au sein du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), avec à sa tête Sam Rainsy.
L'opposant n'est pas un nouveau venu sur la scène politique. Formé en France, il était rentré au Cambodge en 1992 après la victoire de son parti, le Funcipec (royaliste) avant d'en être exclu. Il vit en exil depuis 2005. Il a assuré lundi que l'avenir politique de son ennemi juré était bouché, jugeant qu'il perdrait toute élection libre ou serait, à défaut, renversé par le peuple. "Quand le gouvernement aura perdu sa légitimité et sa reconnaissance par la communauté internationale, nous commencerons un mouvement fort pour renverser le gouvernement rebelle". Les analystes et adversaires du régime estiment pour autant que Hun Sen n'a jamais été aussi puissant et dénoncent le harcèlement ou l'emprisonnement des leaders de la société civile. "Hun Sen est maintenant plus puissant que jamais", affirmait récemment à l'AFP Ou Virak, président du Centre cambodgien pour les droits de l'Homme (CCHR). "Comment peut-il diriger par la peur et en même temps essayer de rendre tout le monde heureux ?".
AFP (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 12 mars 2013













