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Le couple de Français qui a redécouvert les pagodes khmères

Par Pierre MOTIN | Publié le 25/12/2017 à 21:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 03:32
Photo : Danielle et Dominique-Pierre Guéret
Danielle et Dominique-Pierre Guéret

Entre 2004 et 2015, Danielle et Dominique-Pierre Guéret ont arpenté le Cambodge pour documenter le patrimoine méconnu des pagodes khmères. Ils publient “la pagode khmère”, fruit d’un travail gigantesque, disponible dans les librairies de Phnom Penh.

"Lorsque nous sommes arrivés au Cambodge on nous disait que les Khmers rouges avaient détruits toutes les pagodes. C’était totalement faux." Danielle et Dominique-Pierre sont familiers du Cambodge depuis 25 ans. En 1992, Dominique-Pierre participe à la mission de l’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (UNTAC), accompagné de sa femme Danielle, archéologue, qui devient professeur à l’Université Royale des Beaux-Arts. Ils visitent alors plusieurs pagodes, mais c’est à partir de l'ouverture du pays en 2004 que le couple décide de s’atteler à la documentation du patrimoine méconnu de ces temples khmers.

"Nous nous disions :  il s’agit d’un autre patrimoine qu’il faut sauver, les Français l’ont méconnu pendant les 90 ans qu’ils ont passés ici, indique Danielle Guéret. Il y a bien sûr le patrimoine préangkorien et angkorien, mais ce patrimoine des vihâra plus directement quotidien représente très bien la sensibilité des Khmers." En 1926, la France avait procédé à un inventaire général des monuments historiques d’Indochine. Au Cambodge, à la différence des autres régions, aucune pagode n’était placée sur ce relevé, les chercheurs étant débordés par les relevés des temples angkoriens. Preuve du peu d’intérêt pour les pagodes khmères, Danielle et Dominique-Pierre Guéret ont effectué toutes leurs recherches sur leurs fonds propres, sans que leurs demandes de financement n’aient jamais reçu de réponse positive.

Fin 2005, le couple a déjà répertorié 800 pagodes, dont 250 antérieures au régime des Khmers rouges. Puis il se rend tous les ans un mois au Cambodge pour parcourir la campagne et documenter les pagodes. Un séjour plus long d’un an et demi, entre 2010 et 2011, leur permet de terminer ce travail. Danielle et Dominique-Pierre Guéret estiment avoir visité 99% des pagodes anciennes du Cambodge. Ils dénombrent 560 temples anciens ayant survécu aux vingt années de troubles, entre 1968 et 1988, dont quelque 200 comprenant des peintures d’origine. "En un mois nous faisions environ 2500 kilomètres. Nous avons bien sûr vécu plusieurs péripéties, notamment lorsque notre voiture est tombée dans l’eau lors de l’effondrement d’un pont, ou quand un radeau s’est ensablé et que nous avons dû porter les appareils photos à bout de bras" se rappelle Dominique-Pierre Guéret. En 2015, ils soutiennent chacun une thèse sur les pagodes khmères à la Sorbonne : l’une concerne l’architecture, l’autre la peinture. Celles-ci faisant plus de 2800 pages, ils décident alors d’écrire “La pagode khmère”, ouvrage réalisé avec l’aide de Jean-Michel Filippi permettant de faire découvrir ce patrimoine et de vulgariser sa connaissance.

Les peintures des pagodes, un héritage riche méconnu

Un des aspects les plus marquants des recherches menées par le couple est la richesse des peintures des pagodes représentées par les jataka – les vies antérieurs du Bouddha – et la vie historique de Siddharta Gautama, le futur Bouddha. "La peinture reflète la société au moment où le peintre fait son tableau, explique Danielle Guéret. Les personnages, par exemple, sont souvent souriants lors de la période de l’Indépendance, ce qui témoigne de la relative prospérité de cette époque.” Les auteurs relèvent l’influence des danses traditionnelles khmères sur les peintures les plus anciennes, l’apparition progressive de la perspective, puis l’ajout d’éléments anachroniques à des scènes de la Vie de Bouddha, comme la présence de voitures, d’avions ou d’un poste de radio…

Les auteurs regrettent le peu de moyens alloués à la conservation de ce patrimoine. "Il faudrait que les autorités fassent une liste officielle des sites à préserver, note Dominique-Pierre Guéret. Jusqu’au début du 20e siècle, la plupart des pagodes étaient faites en bois, et avaient par conséquent une durée de vie d’environ 60 ans. Les virâha ayant par la suite été construits en brique puis en béton armé, il n’y a plus de raison de les détruire.” La destruction de la pagode d’Entri Sam Virak, édifiée en 1948, en septembre dernier rappelle que ce patrimoine est bien en danger.

Désormais, le couple souhaiterait que le livre soit traduit en khmer. "Pour qu’il soit conservé, cet autre
patrimoine doit être connu de la jeunesse cambodgienne, 
souligne Danielle Guéret. Les jeunes Khmers doivent prendre conscience de cet art qui a façonné leur société, et qui a un aspect éclairant sur leur vie."

Le livre “la pagode khmère”, publié par KAM éditions, est disponible en français à la librairie Carnets
d’Asie et en anglais dans les librairies Monument Books de Phnom Penh.

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