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ECO - Entretien avec Emmanuel Menanteau, Directeur Général de Cambodia Airports

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 novembre 2012

Emmanuel Menanteau est arrivé il y a un peu plus d'un an au Cambodge pour y prendre les fonctions de Directeur Général chez Cambodia Airports (Les Aéroports du Cambodge, filiale de Vinci Airports). Pour LePetitJournal.com, il fait le bilan de sa première année de fonction, et évoque les projets à venir pour les 3 aéroports dont il a la charge : Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville.

LePetitJournal.com : Voilà un peu plus d'un an que vous êtes arrivé au Cambodge pour y prendre vos fonctions aux Aéroports du Cambodge, après 10 ans passés en Asie, au sein du groupe Thales notamment. Pouvez-vous revenir sur le moment de cette arrivée ?
Emmanuel Menanteau : Lors de mon arrivée ici, j'ai eu un très bon accueil de l'ensemble des équipes de Cambodia Airports. J'ai découvert une politique d'entreprise, avec un grand niveau de professionnalisme dans l'exploitation aéroportuaire. J'ai également remarqué un attachement très fort à la société, que ce soit de la part des cadres, des employés, des équipes qui travaillent sur les plateformes. Par ailleurs, les managers viennent de tous horizons, ils sont tous issus de formations très différentes: cela crée un melting-pot très intéressant.

Combien d'emplois représentent actuellement les Aéroports du Cambodge ?
Les Aéroports du Cambodge, ce sont environ 1350 salariés : en gros 750 personnes a Phnom Penh, 500 personnes à Siem Reap, et 40 personnes à Sihanoukville. Une des particularités des Aéroports du Cambodge, par rapport à d'autres concessions, c'est d'avoir la responsabilité de ce que l'on appelle le ground-handling (les services en escale). On a en charge l'enregistrement et l'embarquement des passagers, l'arrivée et le départ des avions, le déchargement des bagages, etc. C'est un plus pour nous, notamment parce qu'on a une palette plus large de métiers.

Vous avez plusieurs projets d'agrandissement pour les terminaux de l'ensemble de vos aéroports. Cela répond-il à une augmentation forte du trafic ?
En 2008, la crise a affecté le trafic de nos aéroports, surtout celui de Siem Reap. La phase de croissance a repris en 2010. On est maintenant sur une croissance à deux chiffres, en termes de trafic : environ 10 à 12% à Phnom Penh, près de 20% à Siem Reap. Sur chacun des deux aéroports, on va franchir la barre des 2 millions de passagers à la fin de 2012. On a vocation à se développer encore davantage : les travaux d'agrandissement de Siem Reap et de Phnom Penh seront lancés en tout début 2013 et achevés en 2014-2015. L'objectif est de doubler la capacité d'accueil pour atteindre 5 millions de passagers.

Il y a eu plusieurs annonces sur le projet d'un second aéroport à Siem Reap, dont la construction serait confiée à une société coréenne. Que signifie ce projet pour la concession Vinci à Siem Reap ?
Le gouvernement du Cambodge avait annoncé en 2009-2010 sa volonté de construire un nouvel aéroport. Ce projet, de ce que l'on comprend, est pour le moment arrêté ou annulé. C'est un projet qui ne se fait pas avec nous, je n'ai donc pas tous les éléments pour répondre. Un point sur lequel nous sommes d accord avec le gouvernement, c'est qu'il y a une croissance forte du trafic : nous reconnaissons qu'à terme, il puisse y avoir la nécessité de créer un nouvel aéroport. En tant que concessionnaire, nous travaillons en parfaite harmonie avec le gouvernement. Si celui-ci veut avancer sur son projet d'aéroport à Siem Reap, nous aurons alors un dialogue pour travailler ensemble à ce projet.

Un autre des grands chantiers concerne l'agrandissement de l'aéroport de Sihanoukville. Quels sont les objectifs ?
Pour l'aéroport de Sihanoukville, que nous avons récupéré en 2006, l'idée est d'en faire un aéroport de grande taille, d'y développer des zones d'activités industrielles et pour le fret. Mais l'aéroport ne peut pas tout faire à lui seul : il faut que la ville se développe aussi, que les projets et les hôtels se développent, que les sociétés investissent à Sihanoukville. Cela va prendre du temps. Nous sommes prêts à investir sur le futur. L'objectif, c'est que d'ici 25 ans l'aéroport puisse accueillir 5 ? 10 millions de passagers, et contribuer au développement du tourisme sur la côte du Cambodge, à l'image de ce qui se fait en Thaïlande à Phuket, ou à Bali.

Que répondez-vous à ceux qui craignent de voir se développer un tourisme prêt-à-consommer, et qui ne veulent précisément pas d'un Phuket au Cambodge ?
On a souvent tendance à opposer un tourisme de plage, à un tourisme plus culturel comme celui qui se pratique à Angkor. Dans le cadre du développement de l'aéroport de Sihanoukville, notre position a toujours été de dire qu'il s'agit d'ouvrir une autre porte d'entrée au royaume. Comme la majorité des touristes vient en groupe, pourquoi ne pas essayer de combiner deux destinations, et de désengorger Angkor en proposant Sihanoukville comme un autre point d'entrée international au Cambodge ? Afin d'attirer plus d'agences de voyages, de tours opérateurs, on organise avec le Ministère du Tourisme et les compagnies aériennes des ''voyages de familiarisation'' (fam trip) destinés aux agences. On l'a fait l'année dernière avec des Chinois, des Coréens, des Français : à chaque fois on les emmène à Sihanoukville pour qu'ils comprennent la destination et son potentiel.

La croissance du flux des passagers passe également par l'ouverture de lignes aériennes. Quelles sont les nouveautés de ce côté-là ?
On travaille bien sûr régulièrement à l'ouverture de nouvelles lignes. Le 1er octobre, on inaugurera l'ouverture d'une liaison Phnom-Penh-Singapour par Tiger Airways, la 3ème après JetStar et SilkAir. Au mois de Novembre, on accueillera Condor Air, une compagnie aérienne allemande qui desservira Francfort-Siem-Reap-Phuket pendant toute la saison d'hiver. Cette année Cebu Pacific a aussi ouvert une ligne Manille-Siem Reap : c'est la première liaison directe entre les Philippines et le Cambodge. Par ailleurs, les compagnies du Golfe/Moyen Orient ouvrent énormement de lignes dans la region, Birmanie, Vietnam, et sont très intéressées par le Cambodge.
C'est notre travail de s'assurer que des lignes aériennes s'ouvrent, mais aussi d'aider les compagnies nationales, et en particulier Cambodia Angkor Air, à se développer. Je considère que le développement dans la durée de l'aéroport d'un pays passe forcément par le développement de sa compagnie nationale.

En dehors du Cambodge, quels sont les gros projets des Aéroports Vinci ?
Le PDG Xavier Huillard l'a réaffirmé à plusieurs reprises : la politique du groupe Vinci est de grossir dans le domaine des aéroports, en faisant des acquisitions majeures. Récemment Vinci Airports a pris la gestion de l'aéroport de Douchanbé, capitale du Tadjikistan, et de Koutaïssi, la seconde ville de Georgie, où vient de s'installer le parlement. En France, il était question que des aéroports d'importance comme ceux de Marseille, Nice ou Toulouse s'ouvrent à des partenariats privés. Il n'est pas un secret non plus que nous regardons attentivement ce qui se passe en Birmanie, mais aussi en Indonésie et aux Philippines. Nous avons la volonté de croître au niveau mondial.

Propos recueillis par Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Jeudi 27 septembre 2012

Le vendredi 21 septembre, le Phnom Penh Post publie en une un article reprenant une déclaration du Premier Ministre Hun Sen sur le projet d'un second aéroport à Phnom Penh.

Contacté par LePetitJournal.com, Khek Norinda, Directeur de la Communication de Cambodia Airports, apporte le commentaire suivant :

''Cet article n'a repris que quelques éléments du discours et combine indistinctement l'opinion du journaliste et les faits. Le Premier Ministre a parlé d'un projet à long terme, d'ici 20 à 30 ans peut-être. À cette échéance, il se peut qu'en effet, confronté à une croissance très forte du trafic, dépassant les prévisions, un nouvel aéroport pour la capitale se révèle opportun. En tout état de cause, nous sommes en dialogue permanent avec les autorités pour anticiper les besoins du Royaume pour ce qui concerne ses infrastructures aéroportuaires.''

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Publié le 26 septembre 2012, mis à jour le 21 novembre 2012
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