

Le journaliste français Daniel Lainé a été condamné mardi à sept ans de prison au Cambodge pour proxénétisme, une affaire qu'il conteste de bout en bout et que ses avocats lient à un reportage sur le tourisme sexuel réalisé par ses soins il y a près de dix ans.
Daniel Lainé espérait voir cassée sa condamnation à sept ans de prison, en faisant opposition au jugement rendu en son absence en 2010. Il a été rejugé cette fois en présence de sa défense qui avait exprimé l'espoir, après l'audience d'une demi-journée début janvier, que ses arguments soient enfin entendus. Mais le tribunal municipal de Phnom Penh "a décidé de maintenir le verdict", a indiqué le juge Sin Visal mardi, sans ajouter d'autre commentaire.
L'avocate francaise de Daniel Lainé, Me Clémence Witt, a dénoncé une "décision injuste prise en violation des droits de la défense et des standards internationaux du procès équitable". La décision du tribunal "reflète les menaces qui pèsent sur la liberté de la presse au Cambodge et aggrave encore davantage l'immense préjudice subi par Daniel Lainé". A l'origine des ennuis du journaliste, un reportage réalisé en 2002 sur la prostitution et le trafic d'êtres humains au Cambodge, diffusé à l'époque sur TF1. Un résident français au Cambodge avait d'abord porté plainte contre Daniel Lainé, après que ses proches l'aient reconnu dans le film, malgré le floutage. Ce résident avait ensuite réussi à mobiliser suffisamment de soutien au ministère de l'Intérieur pour que le journaliste se voit confisquer son passeport en 2006, alors qu'il se trouvait de nouveau dans le pays. Daniel Lainé avait alors bénéficié du soutien d'un grand nombre de journalistes français, ainsi que du quai d'Orsay, via l'ambassade de France au Cambodge, qui s'étaient mobilisés pour lui. Disparu puis réapparu à Bangkok, il avait assuré avoir fui le Cambodge en franchissant clandestinement la frontière.
Un acte de vengeance, selon l'avocat
Sa condamnation en 2010 pour « proxénétisme » renvoie à un autre aspect du reportage. En contrepoint de la dénonciation de la prostitution dans les clubs et salons de massage, le journaliste donnait la parole au patron franco-vietnamien d'un bar à hôtesses de Phnom Penh, qui mettait en avant le caractère non contraint et le soutien moral qu'il apportait aux filles travaillant dans son établissement. Le tenancier, depuis parti au Vietnam, a fait l'objet d'une condamnation en 2010 pour "proxénétisme" en son absence, dans la procédure qui verra la condamnation, pour le même motif, de Daniel Lainé. "L'instruction a tenté de montrer que Daniel Lainé aurait apporté son concours à un réseau de prostitution monté par cette personne", expliquait dimanche dernier, avant l'audience de verdict, son avocat cambodgien, Me Kong Sam Onn. "Or, il n'y aucun élément permettant de conclure dans ce sens dans le dossier, qui est totalement vide. Daniel Lainé n'a fait que donner la parole à cette personne, en toute bonne foi", poursuit l'avocat. "Si des critiques peuvent s'exprimer sur le travail de Daniel Lainé, elles ne peuvent l'être que sur un plan journalistique, et non celui d'une inculpation criminelle." Daniel Lainé et le responsable du bar à hôtesses ont été l'an dernier placées à la demande du Cambodge sur une « notice rouge » d'Interpol.
Pour Kong Sam Onn, ces différentes procédures judiciaires témoignent surtout de la volonté "d'officiels cambodgiens auxquels ce reportage a déplu, de se venger, et de chercher à se faire de l'argent." A l'issue du procès, il a déclaré que son client ne "se satisfera pas du verdict", et annoncé son intention de faire appel.
Samuel Bartholin, avec AFP (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 29 janvier 2013













