

Jusqu'au 2 septembre, l'exposition "Filling the negative space" ornera les murs de l'Equinoxe pour rendre hommage aux héros du Cambodge. Deux artistes, Chantha Kong et Tim Robertson ont collaboré pour mettre en commun leurs spécialités artistiques, le dessin et la photographie et ainsi créer 11 tableaux.
Pour Chantha Kong, c'est la première fois qu'il expose. Ce Cambodgien élevé aux Etats-Unis retourne dans son pays d'origine en 2010 guidé par ses croyances pour s'y installer et créer une association pour aider les khmer-américains qui souhaitent revenir au Royaume. Tim Robertson est un photographe américain qui a travaillé pour plusieurs journaux avant de convertir en photographe artistique. Au Cambodge depuis 2005, Tim a trouvé dans le pays et ses habitants une certaine inspiration.
Lorsque les deux personnages se rencontrent, une amitié se créé rapidement. Tous deux parlent des actualités du Cambodge qui les intriguent, les révoltent. En discutant avec les locaux ils se rendent compte rapidement que beaucoup ne connaissent pas ceux qu'ils considèrent comme des "héros". Chantha dessine, Tim photographie, ils décident de mettre en commun leurs deux talents pour créer la série de 11 portraits de héros cambodgiens intégrés dans un espace de la vie commune, celle de tous les jours. " J'ai voulu les insérer dans des espaces qui sont devenus négatifs à cause du gouvernement mais aussi dans différents lieux où la vie des Cambodgiens se déroulent ", explique Tim Robertson. Ces espaces, il les a photographié avec un ancien appareil photo pour rendre les images plus authentiques depuis qu'il vit au Cambodge, la plupart ayant été prises dans Phnom Penh.
Les 11 héros du Cambodge selon Chantha Kong
"Nous avons voulu remercier ces héros et encourager les gens à les connaitre et se souvenir d'eux " explique Tim Robertson. "A travers mon art je veux raconter l'histoire de personnes ordinaires qui ont accompli des choses extraordinaires ", résume Chantha Kong. Pour les deux artistes, ils sont devenus de vrais héros, des personnes qui méritaient qu'on leur rende hommage.
Parmi eux, on retrouve plusieurs activistes qui ont laissé leur empreinte au Cambodge dont Chut Wutty, le célèbre activiste environnemental tué par balle le 25 avril dernier ; Ou Virak, le président du Centre Cambodgien des Droits de l'Homme et également fondateur de l'Alliance pour la Liberté d'Expression au Cambodge ; Arn Chorn-Pond, connu pour ses travaux sur les réfugiés cambodgiens et leurs traumatismes ; Somaly Mam, une avocate des Droits de l'Homme, connue pour défendre les victimes du trafic humain ; Chea Vichea, l'ancien leader du Syndicat Libre des Travailleurs, assassiné en 2004 alors qu'il lisait le journal dans un kiosque. Mais aussi des personnalités connues dans le monde de l'art et de la culture telles que le chanteur des années 1950-1970 Sin Sisamouth, l'écrivain Theary Seng, la chorégraphe, danseuse et vocaliste Sophiline Cheam Shapiro. Et enfin des figures politiques comme le Prince Norodom Vatvani, commandant-en-chef des forces armées royales du Cambodge et la figure féminine du Parti d'opposition Sam Rainsy, Mu Sochea.
"Nous avons beaucoup de médias au Cambodge mais ils sont inutiles"
L'exposition a ainsi pour but de sensibiliser les Cambodgiens et surtout les jeunes à ces héros du Cambodge et ce qu'ils ont accompli. Pourtant peu étaient présents lors de l'inauguration de l'exposition. Reaksmey Yean, le manager artistique de l'Equinoxe, l'explique par un manque d'implication des jeunes quant à l'art contemporain qu'ils considèrent comme un produit de la culture occidentale.
"Je pense que les jeunes ne se sentent pas concernés parce qu'ils ne connaissent que très peu ces gens. Le problème vient d'abord des médias cambodgiens qui ne rendent pas compte des évènements tels que la mort de Chut Wutty parce qu'ils craignent le gouvernement ", explique Reaksmey Yean. "Nous avons beaucoup de médias mais ils sont inutiles ", ajoute-t-il. Au manque d'informations s'ajoute "la paresse des Cambodgiens qui n'attachent pas à la lecture une grande importance " regrette Reaksmey. Il espère néanmoins que les clients du bar seront interloqués par cette exposition. Ce qui est sûr c'est que la collaboration entre les artistes a fonctionné et que ce premier projet commun n'est que le début d'une série, la prochaine devrait être dédiée aux conflits fonciers de Borei Keila et Boeung Kak.
Anaïs Chatellier (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Jeudi 2 août 2012













