

Belle Chumvan Sodhachivy danse, chorégraphie et enseigne la danse classique et contemporaine cambodgienne. Elle utilise la danse comme moyen d'expression à part entière en mêlant des mouvements empruntés à la tradition cambodgienne en y ajoutant des pas de danse contemporaine. Son style singulier lui a valu une notoriété certaine au sein du petit monde artistique phnom penhois. Aujourd'hui rattachée à la compagnie Amrita Performing Arts, Belle a également l'occasion de danser hors des frontières cambodgiennes. Rencontre avec une femme libre.
Lepetitjournal.com/Cambodge : Comment êtes-vous devenue une danseuse, chorégraphe et professeur si talentueuse ?
Belle Chumvan Sodhachivy : J'ai commencé à apprendre la danse classique à la Royal University of Fine Arts de Phnom Penh lorsque j'avais neuf ans. Au bout de six ans, j'ai commencé la danse contemporaine. J'avais besoin de connaître autre chose. La danse classique m'ennuyait. C'est ma mère qui m'avait poussée à prendre des cours car c'était une façon d'apprendre à être une jeune fille de bonne famille et une femme Cambodgienne à part entière. Je jouais toujours le rôle de Rama (Rôle de l'homme tiré du conte cambodgien de Ramayana, ndlr) et ne pouvais donc pas être moi-même. Au bout d'un certain temps, j'ai pris conscience que par la danse, j'avais la possibilité de m'exprimer pleinement. Je ne voulais plus être cantonnée à un seul rôle toute ma vie. Aujourd'hui je ne regrette pas car cela m'a donné des bases solides pour pouvoir apprendre d'autres danses. Je me suis mise à l'aérobic, au hip hop et au modern jazz. Aujourd'hui j'enseigne également la danse traditionnelle cambodgienne et contemporaine.

Au sein d'Amrita, nous aimons inventer des mouvements autour d'une émotion. De manière spontanée, le corps va réagir de manière différente devant la colère ou la joie. C'est sur cela que nous travaillons principalement. Parfois nous souhaitons raconter une histoire à la manière de tableaux empruntés à la danse classique cambodgienne.
Enrichir sa connaissance de la danse contemporaine, rencontrer des artistes du monde entier, s'en inspirer, partager, voyager et découvrir des univers nouveaux, c'est ce qu'Amrita m'apporte depuis que je travaille avec eux. Nous sommes comme une grande famille. Il y a tous les âges. Nous avons la même vision de la danse et la même passion. Le mélange de la tradition et de la modernité est notre crédo. Par exemple, les mouvements que nous empruntons à la danse classique cambodgienne, nous les accélérons ou ralentissons et nous y mêlons des pas de danse contemporaine.

Aujourd'hui les femmes ne sont pas écoutées car elles n'ont pour la plupart pas fait d'études et sont destinées à entretenir le foyer. La nouvelle génération est en train de faire lentement basculer ce système traditionnel et j'espère qu'un jour les femmes occuperont de positions de leader au sein de la société. Néanmoins, quand je vois certaines jeunes filles porter des mini jupes et se maquiller à outrance je m'interroge sur le fait de donner plus de liberté à cette nouvelle génération. Je pense qu'il est important de faire la part des choses entre l'enceinte de l'école et hors les murs où l'on peut porter ce genre de tenues. L'éducation passe aussi par le bon comportement à adopter en société. Il faut conserver un cadre sinon c'est le chaos qui s'installe.
Que pensez-vous de la politique aujourd'hui ?
Tout ce que je peux dire c'est qu'en tant qu'artiste le gouvernement ne m'a jamais aidé. Je suis devenue une bonne danseuse par mes propres moyens. Le gouvernement entend développer en priorité l'économie. L'art ne vient qu'en fin de liste.
Le système politique d'Hun Sen est peu efficace, ce qui conduit à des retards de salaire pour les professeurs par exemple. Par ailleurs, Hun Sen gouverne depuis trop longtemps mais cependant je doute que Sam Rainsy soit assez efficace pour diriger le pays. Certaines personnes qui l'entourent ont une mauvaise connaissance du pays et je ne pense pas qu'ils soient prêts à gérer le pouvoir.
Cependant, aujourd'hui, plus personne n'a peur d'exprimer son opinion politique et c'est quelque chose de très positif. Les rassemblements qui se succèdent me rendent heureuse car je réalise à quel point nous pouvons être forts devant le gouvernement.
Prochaine représentation : Le 9 mai 2014 au Department of Performing Arts. Disponible sur réservation.
Propos recueillis par Anne Tandonnet (lepetitjournal.com/Cambodge) samedi 28 décembre 2013









































