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CULTURE – Dans les pas de Marguerite Duras

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 04/03/2009 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 13:29


En préparation de son film Un barrage contre le pacifique le réalisateur Rithy Panh retrace les "territoires du souvenir" en parcourant les lieux hantés par la romancière



(Source Photo.The PPP)
En vue de l'adaptation de son roman autobiographique des années 50 Un Barrage contre le Pacifique le réalisateur cambodgien Rithy Panh est revenu sur les pas de Marguerite Duras. Cette femme, née à Saigon et dont toute l'enfance s'est déroulée dans l'Indochine du Protectorat français, entourée de sa mère et de ses deux frères.

En filmant Un barrage contre le pacifique au Cambodge, là même où Marguerite Duras a passé la plupart de ses vacances et weekends jusqu'à l'âge de 17 ans, Rithy Panh a visité les villages, qu'il qualifie de "territoires du souvenir". Ses recherches l'ont mené au village de Samong Leu, district de Prey Nup. C'est ici, à proximité du Parc national de Ream, dans la province de Preah Sihanouk que Duras et sa famille ont habité. En bordure de la nationale 4, et 184 kilomètres au sud-ouest de Phnom Penh, seule une plaque commémorative installée il y a quelques années, indique que la romancière a résidé ici de 1925 à 1933.

"J'étais terrifié par les Français"
Le village de Samong Leu n'est pas facile à trouver. Aujourd'hui, seuls les anciens se remémorent la famille française qui venait passer des vacances ici? il y a bien longtemps. Ces anciens étaient encore enfants lorsque Duras et sa famille résidaient au village, mais ils se souviennent de la mère de Mme Duras comme de la ''srey barang'', la femme blanche : madame Donnadieu.
"J'habitais la porte à côté" se souvient Kong Phal, dont l'âge et le visage ridé complètent l'air espiègle, "J'étais terrifié par les Français. Les plus vieux nous disaient "ne leur parlez pas ou ils vous kidnapperont !"". Ces avertissements n'empêchèrent toutefois pas Kong Phal de jouer avec le fils de la srey barang. "Nous partions à la chasse ensemble. Il avait un fusil, et moi un lance-pierre. Il nous arrivait de trouver des ?ufs de dinde... Il m'a appris quelques mots de français, mais je les ai oubliés depuis. J'avais peu de relation avec la fille (Marguerite Duras) sauf lorsqu'elle me demandait quelque chose".

Ici, dans le village Cham de Samong Leu, personne ne travaille plus dans la maison en bois de la femme blanche. Mais tous les anciens se souviennent de Ngou, le vietnamien à la fois contremaître et chauffeur de la décapotable familiale que l'on retrouvera mort dans les toilettes. Racontée par l'Imam, cette disparition soudaine et dans un lieu insolite fait encore rire aux éclats les villageois.  

Des mémoires qui durent
Kong Phal se souvient également précisément du grand pavillon familial, avec son long corridor et son grenier à riz, ou encore de la rivière poissonneuse dans laquelle la famille se baignait souvent. Il est toutefois difficile aujourd'hui d'imaginer à quoi ressemblait le village d'antan. Il ne reste de la maison que les piliers. La rivière est depuis asséchée et une route traverse le village.

Dans les années 40, plusieurs villageois ont travaillé sur le projet de polders, appelés alors "casiers", que des ingénieurs français ont entamé pour la construction d'un barrage. Ceci, afin de récupérer des terres agricoles sur la mer. Si ceux qui n'avaient pas encore payé leurs taxes devaient travailler gratuitement, d'autres comme So Son percevaient un salaire. "Je gagnais une pièce rouge par jour. Un "thang", 24 kg de riz, valait alors 0.60 riels" se rappelle So Son. Ces digues étaient le rêve de la srey barang, madame Donnadieu, qui avait acheté 200 hectares à l'administration française. Une large part de ces terres restant toutefois inexploitables dues aux inondations annuelles d'eau salée qui les rendaient impropres à la plantation de riz.

Combattre les marées
En dépit de ces difficultés elle a cultivé ses terres de 1927 à 1938.
Un Barrage contre le pacifique raconte cette lutte pour la protection de ces terrains et les difficultés à construire des digues contre la mer. La pauvreté, qui a frappé la famille alors que la mère tentait qu'à cela ne tienne de développer ses terres, a profondément marqué la jeune Duras qui plus tard en fera un roman.

Rithy Panh a choisi de conclure son adaptation cinématographique sur ce rêve devenu aujourd'hui réalité. La Seconde guerre mondiale, la lutte pour l'indépendance, et plus tard le régime Khmer Rouge expliquent qu'il ait fallu attendre les années 90 pour connaître un regain d'intérêt pour les polders de Prey Nup. Plusieurs études ont conduit au chantier de réhabilitation des polders en 1998 avec le soutien financier de l'Agence Française de Développement (AFD). Il s'agissait de contrôler les eaux à une grande échelle par la construction de digues, de canaux, et de vannes, mais aussi en confiant la gestion du projet aux communautés locales.

Un rêve aujourd'hui réalisé
Dix ans plus tard, 10.500 hectares de terrain sont désormais protégés de la mer, et les effets sur la communauté sont clairement visibles. "En augmentant les revenus d'un grand nombre de foyers de la région, et en aidant les plus démunis parmi ces foyers ruraux, le projet a réduit la pauvreté" a conclu une étude menée par le GRET (Groupement de Recherches et d'Echanges Technologiques), une des ONG qui a participé au projet. La gestion des polders a été confiée aux cambodgiens il y a seulement quelques semaines. Il leur revient désormais de maintenir les polders, et leur viabilité.

Anne Laure Poree de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par LePetitJournal.com-Cambodge mercredi 4 mars 2009

Retrouvez cet article et le reste de l'actu en anglais sur http://www.phnompenhpost.com

Voir la critique ciné et la bande annonce de «Barrage contre le Pacifique» sur http://www.lepetitjournal.com/content/view/35778/1565/
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