

Alors que le réalisateur autrichien Michael Haneke a remporté dimanche la Palme d'or de Cannes pour son film Amour, certains réalisateurs ont profité du Marché du Film du Festival pour faire la promotion de leur oeuvre et trouver des producteurs. C'est le cas du film Talking to the Trees, réalisé par Freddi Guido et Ilaria Borrelli et tourné au Cambodge. Cette fiction aborde le thème difficile de la prostitution enfantine et des abus sexuels sur mineurs.
Talking to the Trees raconte l'histoire de Mia (Ilaria Borrelli), jeune femme photographe blasée par sa vie monotone parisienne. Sur un coup de tête, elle décide alors de faire une surprise à son mari en le rejoignant au Cambodge pour son anniversaire. Mais à sa grande stupéfaction, elle le découvre dans un bordel avec une fille de 11 ans. Choquée, elle décide alors de racheter la vie de la jeune fille ainsi que des deux autres filles qui ont subi le même sort. Elles s'embarquent toutes les quatre dans un périlleux périple à travers la jungle cambodgienne afin de retrouver à la fois les familles et la liberté des jeunes filles.
C'est avec son mari Freddi Guido, qu'Ilaria Borelli a écrit le script de Talking to the Trees : "Depuis que je suis mère, je suis très touchée par le problème des enfants dans le monde. Le cinéma est un moyen très efficace de sensibiliser les gens sur les tragédies humaines en cours" explique-t-elle. Attiré par les récits et les photos du Cambodge, le couple y a trouvé l'environnement adéquat pour le tournage du film : "J'avais besoin d'un pays pauvre mais très beau parce que je recherchais le contraste entre l'énorme fléau qu'est la prostitution enfantine et la beauté de la nature. Je pense que dans un film, plus on montre ce contraste plus les gens réfléchissent à combien l'être humain peut détruire tout ce qu'il y a de plus beau, et qui nous est donné gratuitement à la naissance". Pour Ilaria Borrelli, jouer dans un film qui dénonce une telle injustice a également été d'une grande richesse pour son jeu d'acteur : "Plus on est ému par l'histoire, plus les émotions sortent naturellement de son visage, de ses yeux. C'est plus difficile de faire sortir des émotions quand l'histoire est superficielle, sans un message fort".
Une équipe de tournage majoritairement cambodgienne
Une fois au Cambodge et l'idée du film en tête, il fallait trouver l'endroit propice, un lieu pas encore trop touristique, où la nature continue de dominer. C'est donc dans la province de Koh Kong avec ses divers villages, ses plages, ses rivières et ses forêts que le tournage s'est déroulé pendant sept semaines de février à mars dernier. Pour les réalisateurs, il était inconcevable de travailler sans les Cambodgiens. Leur collaboration a débuté lors de la recherche de témoignages pour que le film soit le plus proche de la réalité possible. "Les associations humanitaires ont été d'une grande aide dans nos recherches. D'anciens policiers français qui avaient travaillé au Cambodge nous ont également raconté des cas de petites filles échappées des bordels grâce à la police cambodgienne. On a tous pleuré quand ils parlaient", se rappelle Ilaria Borrelli.
Ainsi, une quarantaine de Cambodgiens ont participé au tournage, la moitié en tant qu'acteurs et le reste en tant que techniciens, assistant de réalisation, assistant maquillage, preneur de son, cameraman, etc. "Ils étaient fantastiques, ils donnaient le maximum. Nous restons en contact avec certains d'entre eux car nous voudrions un ou deux participants pour notre futur film en Inde", espère Ilaria Borrelli. Un film dont le titre est déjà trouvé et qui portera sur le thème des réfugiés tibétains.
"Nous espérons que le film sera diffusé dans les cinémas cambodgiens"
Pour l'instant, le film a été réalisé mais Freddi Guido et Ilaria Borrelli doivent encore trouver une société de production cinématographique. Le marché du Film du Festival de Cannes leur a ainsi permis de faire la promotion de Talking to the Trees en le diffusant puis en rencontrant de potentiels acheteurs. "Nous sommes très positifs, le film a plu aussi bien aux Européens qu'aux Américains. Nous devrions signer les contrats de distribution prochainement" se réjouit d'avance Ilaria Borrelli. "Nous espérons que le film sera diffusé dans les cinémas cambodgiens, et si ce n'est pas possible, nous feront sûrement des projections privées pour montrer le film aux personnes qui ont travaillé avec nous".
Ilaria est optimiste et pense que les Cambodgiens apprécieront la représentation qui est dépeinte dans le film : "La jeune fille semble très courageuse face à un maquereau dangereux, son père apparait comme un personnage généreux et puis il y a le policier cambodgien sans qui Mia n'aurait jamais pu arriver à sauver les trois filles". Finalement, la seule difficulté à laquelle ont été confrontés les réalisateurs aura été "l'abondance de sangsues dans la forêt", conclut Ilaria Borrelli, amusée.
Anaïs Chatellier (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mardi 29 mai 2012
LePetitJournal.com organise Mercredi 30 mai une soirée "After Cannes" à partir de 20h30 au Tabù Velvet-Lounge. Pour plus d'infos rendez vous sur la page Facebook de l'événement.













