VITICULTURE - Le loup solitaire de Corcova

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 29/03/2015 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 13:38

Un domaine viticole roumain centenaire rattaché à la France par l'une de ses plus grandes figures littéraires, Marcel Proust : il n'en fallait pas plus à Laurent Pfeffer, ?nologue, pour s'installer dans la petite bourgade de Corcova, dans le sud-ouest du pays.

Photo : Mircea Ristea et Radu Dumitrescu

Athlétique, barbe fine et regard aiguisé, Laurent Pfeffer est de passage à Bucarest. Pas pour longtemps. Il vient faire la promotion de sa cuvée 2013. Demain, il repartira à Corcova (sud-ouest) pour s'occuper de ses vignes. Quatre jours là-bas, trois jours à Bucarest, où vivent sa compagne et ses deux petites filles. ''Voilà comment se partage ma semaine'', lâche-t-il. Laurent Pfeffer vit pour le vin. Le sien, Catleya. Cet ?nologue français trentenaire a acheté en 2010 cinq hectares de terre sur les collines de Corcova pour y planter ses vignes. Il les a complétés avec cinq autres en 2012 et il en plantera encore cinq cette année. Catleya, c'est le nom qu'il a donné à ce domaine, dont les premiers vins, commercialisés cette année, dégagent des arômes envoutants et charnels. Charnels par leur lien à Marcel Proust et l'orchidée Catleya, symbole de l'amour dans son roman ''À la recherche du temps perdu''. Pourquoi cette référence ? Parce que Marcel Proust a toujours rêvé venir voir les terres roumaines de son grand ami, le Prince Bibesco. Ce dernier, qui possédait le vignoble de Corcova, a invité à plusieurs reprises l'écrivain français. Mais le voyage n'eut jamais lieu. Les vins de Laurent Pfeffer racontent cette histoire peu connue.

Une rencontre providentielle

C'est en 2003 que Laurent Pfeffer débarque pour la première fois en Roumanie. Il étudie l'?nologie à Bordeaux et un stage pratique le mène un peu par hasard dans le Centre public de recherche et développement viticole de Târgu Bujor, près de Gala?i (est). Quelque chose se passe. Ambitieux, il revient en 2007 pour acheter des terres et créer son propre domaine avec ses associés français. Il cherche dans la région de Gala?i, mais renonce rapidement. Les terres morcelées, l'absence de cadastre, les petits arrangements avec les autorités locales... il ne se fait pas à cette culture. C'est un peu par hasard qu'il rencontre ?erban Dâmboviceanu et devient l'?nologue de son domaine de Corcova, dont les vins portent le même nom. ''Il y a eu beaucoup de travail au début car on est parti de zéro. Il a fallu sélectionner les bons ouvriers et construire les vins'', explique Laurent Pfeffer. Cette rencontre lui met le pieds dans l'étrier et surtout lui fait découvrir Corcova. En 2010, il se décide et achète ses cinq premiers hectares. Il se donne à fond dans son travail tout en restant l'?nologue du domaine Corcova. ?erban Dâmboviceanu, qui devient un grand ami, lui prête une partie de sa cave pour entreposer ses vins. ''Les choix technique de plantation diffèrent entre nos vins, mais nous travaillons ensemble et je mets autant de passion à construire ses vins que les miens'', résume Laurent Pfeffer.

Tenace et passionné, ce jeune ?nologue français a donc réalisé l'objectif qu'il s'était fixé : créer son propre domaine. ''C'est parler un peu vite, car beaucoup de choses restent à faire'', corrige-t-il modestement. Aujourd'hui, il produit 22.000 bouteilles par an. Quand ses quinze hectares seront en production, il arrivera à une moyenne de 90.000 bouteilles. ''Je fais tout pour avoir le meilleur raisin et le meilleur vin possible. Mon but est de me faire plaisir, conclut-il. De toute façon, c'est un investissement qui se récupère sur des générations.''

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 30 mars 2015

Pour plus d'informations  : www.catleyawines.com

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