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CASIOPEEA - Beatrice Cante: "Le plus important pour les femmes que j’ai rencontrées, c’est de sentir qu’elles ne sont plus seules"

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Écrit par Grégory Rateau
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 mai 2017

La rédaction est allée à la rencontre de Béatrice Cante, porte-parole de l'association Casiopeea auprès de la communauté francophone, une association qui aide les femmes atteintes du cancer du sein. Béatrice a beaucoup voyagé pour suivre son mari en poste, et partout où elle va, elle désire utiliser son temps libre pour se rendre utile aux autres et encourager d'autres gens à se joindre à elle. La Roumanie lui a offert la possibilité de se lancer dans un nouveau combat pour aider les femmes et les sensibiliser à sa cause.

 

 

LePetitJournal.com de Bucarest : Pouvez-nous nous parler de votre association Casiopeea ?

 

Béatrice Cante : Cette association a été fondée à l'origine en 2010, par une française, Nathalie David, une expatriée. Elle suivait elle aussi son mari et a réalisé, une fois sur place, qu'en Roumanie les femmes n'avaient pas la même chance que leurs cons?urs françaises, à savoir qu'il n'y a aucun dépistage organisé pour prévenir le cancer du sein. En France, cela fait 20 ans que l'état prend en charge ce dépistage, toutes les femmes de plus de 40 ans sont donc fortement incitées à aller consulter pour faire une mammographie. Ici, cela n'existe pas.

 

 

Il n'y a donc pas du tout de campagne pour sensibiliser les Roumaines à ce sujet ?

 

Non, c'est la raison pour laquelle Nathalie a pris les choses en main pour sensibiliser l'opinion et aider à sa petite échelle. Une fois que le cancer du sein est constaté, ici, il n'y a pas non plus de prise en charge, c'est la mastectomie et vous pouvez retourner ensuite à votre vie. C'est souvent trop tard pour agir concrètement et les femmes doivent rentrer chez elles avec un ou deux seins en moins. L'association existe à Paris également, elle aide les femmes qui ont un cancer du sein à reprendre une activité physique, à ne pas baisser les bras pour continuer pour leurs proches.

 

 

Vous organisez une course rose en septembre ici à Bucarest. Qu'attendez-vous de cet événement ?

 

On veut que les gens viennent faire preuve de solidarité, qu'ils courent pour aider et attirer les regards sur l'événement et c ?est pourquoi il a été mis en place. Les participants aident à réunir des fonds pour que l'on puisse offrir des prothèses mammaires basiques, que l'on glisse à l'intérieur du soutien gorge, on ne fait pas de chirurgie esthétique. On aimerait aujourd'hui que cet argent soit également reversé pour la recherche, comme dans le reste de l'Europe, pour aider à guérir avant que des mesures irrémédiables soient prises. On a quand même beaucoup progressé dans ce domaine et il y a de moins en moins de mastectomie donc on garde espoir et on continue la lutte. Le plus important pour les femmes que j'ai rencontrées, c'est de sentir qu'elles ne sont plus seules.

 

 

 

Travaillez-vous avec des Roumaines au sein de l'association ?

 

Bien sûr et cela contribue grandement à faire évoluer les mentalités, elles montrent l'exemple aux familles, aux femmes qui ont honte de parler de ce problème et ne font pas toujours confiance à une étrangère. Cela me remplit de bonheur de découvrir un pays, d'apprendre au contact des locaux pour ne pas débarquer avec des préjugés et dire aux autres comment faire dans leur propre pays. Il faut un minimum d'humilité et d'empathie pour se lancer sur ce terrain, face à une culture qui est tout autre et demander aux gens de faire des efforts pour changer leur manière de voir et d'appréhender la maladie. J'apprends beaucoup à leur contact, par exemple, qu'ici en Roumanie il y a une certaine méfiance par rapport à la maladie, aux médecins, un fatalisme.

 

Pensez-vous que ce fatalisme soit aussi lié à la religion ?

 

Ce que me disent mes collègues c'est que souvent les patientes s'en remettent à Dieu, en pensant qu'elles ont été punies et qu'il serait inutile de lutter contre l'irrémédiable. Elles se méfient aussi des médecins, alors est-ce que cela est lié au fait qu'il existe encore des pots-de-vin, des traitements de faveur pour les gens plus aisés, je ne peux pas l'affirmer mais c'est une hypothèse plausible.

 

Quels sont vos projets pour sensibiliser les gens à cette maladie ?

 

On aimerait aller dans les écoles pour que les enfants de demain comprennent les enjeux de cette maladie et puissent agir le plus tôt possible, les jeunes femmes bien sûr, mais aussi leurs familles, leurs enfants, que chacun se responsabilise pour les accompagner et éviter qu'elles n'arrivent à un stade où l'on ne pourrait plus rien faire pour elles. On désire aussi mettre en place des cellules de soutien, pour accompagner psychologiquement ces femmes, les revaloriser, car la plupart sentent qu'elles ont perdu leur féminité, parfois les maris les abandonnent ce qui ne les aident pas à se reconstruire.

 

 

Je l'espère sincèrement pour vous. Avez-vous quelque chose à dire aux femmes françaises ou roumaines qui vont lire cet entretien et qui n'ont pas toujours le courage d'aller consulter ?

 

Et bien, que nous sommes là pour les aider, les conseiller et que cette maladie ne doit pas leur faire oublier l'essentiel, à savoir l'amour de leur famille, d'autres femmes qui vivent la même chose et celles qui ont réussi à surmonter cette maladie pour continuer à vivre.

 

 

Propos recueillis par Gregory Rateau (www.lepetitjournal.com/Bucarest) - Lundi 1 mai 2017

grégory rateau
Publié le 30 avril 2017, mis à jour le 8 mai 2017
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