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CARNET DE VOYAGE - A la découverte de Sulina dans le Delta du Danube

Par Grégory Rateau | Publié le 26/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 26/06/2018 à 12:45
Photo : Grégory Rateau
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Nous aimerions aujourd'hui vous faire partager un récit de voyage, vous donner envie, peut-être, de marcher dans nos pas, en sachant d'avance, que la découverte d'un lieu, est propre à celui qui la vit. Nous allons donc vous conter notre première fois dans la ville de «Sulina», en plein cœur du Delta du Danube. Une ville seulement accessible par les eaux, perdue entre les bras du Delta, où une vague impression de bout du monde ne nous a plus quittés.




Nous partons aujourd'hui de la ville de Tulcea où, la veille, nous avions regardé au loin les pêcheurs s'embarquer pour le Delta du Danube. Il suffit de fixer les presqu'îles à l'horizon, pour avoir déjà un goût d'aventure. Le bateau moteur qui nous embarque à pleine vitesse pour Sulina, nous fait passer par de nombreux cours d'eau, bordés de roseaux et de nénuphars et survolés par des hérons, des mouettes, des cormorans,... La découverte du Delta vaut à elle seule les 4 heures passées dans le bus pour arriver ici, au point de départ d'un monde préservé et hors du temps. Figurant depuis 1991 sur la liste du patrimoine de l'UNESCO, c'est la seule région deltaïque au monde à avoir été entièrement déclarée Réserve de la biosphère. Un endroit où la faune et la flore feraient le bonheur de tous les naturalistes, des amoureux de la photographie et des âmes les plus romantiques. Lorsqu'au bout de deux heures, nous abordons la ville de Sulina, nous sommes heureux de constater que des restaurants de poissons ont été répartis sur toute la longueur de la falaise, car notre faim a grandi durant la traversée. Sur le quai voisin, nous sommes surpris de voir des usines abandonnées, des épaves de bateaux, une véritable ville fantôme semble regarder la vie qui est célébrée de l'autre côté; le passé fixe le présent dans un échange silencieux. Vers la fin du 19ème siècle, Sulina fut parmi les villes les plus prospères de Roumanie. Avec la création de la Commission Européenne du Danube, ce petit village de pêcheurs s'est transformé en ville dont le port comptait parmi les plus importants sur la côte occidentale de la mer Noire. Le Palais de la Commission Européenne du Danube et le phare à son embouchure, témoignent à eux seuls, du passé animé de cette ville. L'écrivain Jean Bart, ancien capitaine du port de Sulina, l'avait surnommée «Europolis» du fait qu'elle comptait une population cosmopolite faite de Roumains, Turcs, Grecs, Arméniens, Juifs, Russes et Italiens.

 




Après la dégustation d'une carpe à la sauce à l'ail et de sa mamaliga grillée que l'on peut manger avec la main comme du pain, nous buvons un verre ou deux de tsuica avant d'aller explorer la ville. Pour se repérer à Sulina, c'est facile, chaque rue est désignée par un numéro. Au-delà des rues I et II où nous retrouvons les mêmes blocs communistes que ceux laissés derrière nous, les rues III, IV et V ne sont pas pavées et le sable charrié par le vent recouvre entièrement le sol. Ici, nous découvrons de vieilles maisons lipovènes en toit de chaume, et peintes dans des couleurs vives, des baraques de pêcheur, et des constructions en bois qui rappellent ses influences orientales. Les jardins sont garnis de fleurs, surplombés de vignes et certaines maisons arborent un écriteau invitant les touristes à venir manger et dormir chez l'habitant.

 



En route vers la plage, nous passons devant l'unique cimetière marin d'Europe de l'Est, où des tombes de pirates côtoient celles de princesses et où reposent en paix aussi bien des musulmans, que des juifs, des catholiques et des orthodoxes.

Arrivés au bord de la mer, un restaurant se dispute la compagnie de quelques parasols isolés les uns des autres, un peu plus loin, une colonie d'oiseaux dévore tranquillement les restes d'un poisson échoué sur le rivage, puis des tentes sont dissimulées par des dunes de sable d'un blanc immaculé. Il suffit de faire quelques mètres pour se retrouver complétement isolés, avec à proximité, les eaux du Danube qui plongent dans la mer. Nous ne résistons pas à la tentation de nous baigner. L'eau est vraiment douce, à la température de l'air, on avance 10 bonnes minutes pour s'immerger jusqu'à la taille, ce qui donne une impression étrange de pouvoir marcher à sa surface. Le bout du monde est là, sous nos pieds, tout autour de nous, et nous nous tenons sur une brèche, où, à tout moment, il parait possible de basculer de l'autre côté.



 

Grégory Rateau

 

 

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Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
1 Commentaire (s)Réagir
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krista78 jeu 28/06/2018 - 19:22

Merveilleux petit reportage,ça donne envie de se prélasser sur le sable du bout du monde apres avoir passé par mille épreuves pour y arriver. Eh oui,c'est ça la Roumanie ,dès qu'on sort d'une grande ville ,on se retrouve en plein début du XIX-e siècle,dans la paix des paysages rustiques,sans prétentions,sans chichis...il faut aimer ! J'aime bien votre façon de voir la Roumanie,vous êtes dans le vrai ,vous avez saisi la simplicité de la vie de ce pays au-delà de tout ce qui concerne la modernité,la politique etc. Merçi !

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