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BUCAREST CENTENAIRE - Le surréaliste Victor Brauner

Par Bucarest/Centenaire | Publié le 06/10/2018 à 00:00 | Mis à jour le 06/10/2018 à 16:27
Photo : omertiroche.com
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Faisant référence à la vie culturelle du Petit Paris, la capitale de la Roumanie, l’historien Constantin Giurescu disait de Bucarest, qu'elle absorbait toutes les forces créatrices, agissant comme une grande force qui aspirait les hommes de sciences, de lettres et les artistes, le domaine des arts plastiques permettant à la peinture de regagner ses lettres de noblesse, avec des influences néo-roumaines ou avant-gardistes.

 

 
Les trois garçons de la famille Brauner n’ont jamais cessé de manifester leurs penchants artistiques indifféremment des pays qui les avaient accueillis, deux d’entre eux préférant les arts plastiques alors que le troisième, se dédiait à la musique folklorique roumaine. La tournure des évènements à l'aube du XXe siècle les a toujours menés vers l’Europe de l’Ouest, pour leur rappeler, peut-être, que leur âme était liée à cette Roumanie de leur enfance et de leur jeunesse. Le cadet, Teddy (Théodore) Brauner, devient l'un de plus importants photographes surréalistes de son époque. Harry Brauner était chanteur : il aimait tant les chansons folkloriques roumaines, qu'il attire même l’attention de l’écrivain Marin Preda qui louait des chants funèbres d’une beauté étourdissante, des chansons tragiques d’adieux, de nostalgie, de mariage, quelques-unes sublimes, d'autres brutales et grotesques, comme personne n’en avait encore jamais entendu. Quant à l'aîné, Victor Brauner, le destin lui avait réservé un parcours des plus spectaculaires à l’aîné, celui-ci devenant, par la suite, une figure marquante de la peinture surréaliste et de la dissidence roumaine.

 


Le peintre Victor Brauner est né durant l’été de l’année 1903, le 15 juin, à Piatra Neamt. Dix ans plus tard, il part avec sa famille en Allemagne, séjournant après en Autriche, pour s’établir à nouveau en Roumanie à la fin de la Première Guerre mondiale. Il devient étudiant de l’Université Nationale d’Art de Bucarest (alors connue sous le nom d’École Nationale des Beaux-Arts), obtenant son diplôme en 1921 ; cependant, ses créations seront exposées bien plus tardivement, durant l’automne 1924. Considérant que l’artiste doit être un proclamateur, Brauner publie dans la revue 75 H.P. le manifeste de la picto-poésie : une forme d’art misant sur le dynamisme des images peintes, à travers la juxtaposition de plusieurs formes géométriques distinctes et la chromatique. À la base de cette technique, se trouvaient les principes de plusieurs mouvements de l’avant-garde: le dadaïsme, le futurisme et le constructivisme.

 


En 1932, Brauner devient membre officiel du groupe surréaliste, son chef de file, le poète français André Breton, préfacera même le catalogue de sa première exposition à Paris. Durant cette période, il réalise une série de tableaux dont le motif central gravite autour de l’œil ; ainsi, son Autoportrait à l’œil crevé a été considéré comme une sorte d’art prémonitoire. Sept années plus tard, l’artiste perdra effectivement son œil gauche : lors d’une dispute entre deux peintres surréalistes d’origine espagnole, il est atteint en plein visage par un verre brisé. Heureusement, Victor Brauner continuera quand même son travail artistique pendant presque deux décennies.

 


À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il commence à se préoccuper du sort des Roumains émigrés de manière illégale en France, sachant que, pour la plupart d’entre eux, la fuite et l’exil représentaient leur dernier espoir. Le peintre meurt le 12 mars 1966, il est aujourd'hui inhumé aux côtés de sa femme, Jacqueline Abraham, dans le très prestigieux cimetière de Montmartre.

 


Parmi ses créations, on retrouve une série de Chimères, les Espaces psychologiques, La Ville, l’Analogie animale, le Triomphe du doute, l’être-objet nommé le Loup-table mais aussi des peintures presque monochromes, comme l’Automoma, l’Aeroplapa et le Poisson à roulettes. Le critique d’art Jean Bouret, décelait les origines roumaines de Brauner dans son choix de coloration ocre-roux, de carmin pâle et de vert fondu, mais aussi dans l’omniprésence d'un érotisme dionysiaque.

 


Nous laissant séduire par la beauté musicale de l’épitaphe incrustée sur son monument funéraire, on peut affirmer que Victor Brauner vivait pour peindre et peignait pour vivre, offrant son âme toute entière à la toile. Selon l'artiste, la réalité était une entité nocive à laquelle il opposait le désir, grâce auquel on pouvait aboutir à la liberté créatrice, moteur du véritable soi.

 

Sources : Mchampetier.com, Neamt.ro, Husgallery.com

 

Ana Maria Rosca

 

Article réalisé dans le cadre du Programme Culturel București - Centenar avec le soutien de Primăriei Municipiului București à travers Administrația Monumentelor și Patrimoniului Turistic 

 

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