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ANALYSE - Comment comprendre les événements de ces derniers jours ?

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 08/11/2015 à 23:00 | Mis à jour le 09/11/2015 à 19:18

En moins d'une semaine, la société roumaine a connu un drame sans précédent dans son histoire ? plus de 40 morts dans l'incendie tragique d'une discothèque ? et un mouvement social dont l'ampleur n'a peut-être jamais été égalée depuis la chute du communisme. Une semaine après les faits, le Petitjournal.com est allé parler avec plusieurs experts pour tenter de décrypter les faits.

Photo : Cristian Marculescu - www.hotnews.ro

''C'est à la fois un sentiment d'impuissance face au drame de vendredi (30 octobre, ndlr), mais aussi un ras-le-bol général contre nos dirigeants et leur indifférence, qui nous ont poussé dans la rue, explique Delia Grigoriu, une jeune mère de 33 ans. Nos mécontentements sont nombreux et nous sentons désormais que nous avons le pouvoir de changer les choses.'' La grogne populaire n'a pas cessé en Roumanie où des rassemblements ont eu lieu tous les soirs de la semaine dernière, suite à l'incendie du club Colectiv. Et si le Premier ministre a répondu aux demandes de la rue en démissionnant mercredi, au lendemain de la première manifestation,la pression sur la classe politique reste toujours aussi forte. ''Nous ne vous laisserons pas tant que nous ne vous aurons pas dressés'', indique un slogan qui circule encore beaucoup sur les réseaux sociaux.

''Ce qu'il se passe aujourd'hui dans les rues est la continuité d'un mouvement qui a débuté en 2012. A l'époque, le gouvernement est également tombé sous la pression des manifestants. En 2013, le projet de la mine d'or à ciel ouvert de Ro?ia Montana a engendré le même type de rassemblement, tout comme l'élection de Klaus Iohannis, l'année dernière'', explique le politologue Cristian Pîrvulescu. Mais les manifestations de ces derniers jours, tout comme les revendications qui en ressortent, sont plus précises qu'il y a trois ans en arrière, estime le sociologue Vintil? Mihailescu. ''Il s'agit d'une révolte existentielle, à différencier d'avec les manifestations de type syndical qui possèdent un agenda défini et des revendications ponctuelles, explique-t-il. Les thèmes que l'on discute aujourd'hui ne sont pas nouveaux. Ils ont été beaucoup débattus sur la scène publique ces dernières années.''

Conflit de génération ?

Et il semble que la classe politique ait compris, au moins en partie, l'importance du moment. Klaus Iohannis a invité vendredi des représentants de la rue et de la société civile au palais présidentiel, pour tenter de mieux comprendre les attentes des manifestants. Certains ont répondu à l'appel du président, surtout dans le milieu des ONG, mais la rue a clairement et quasiment unanimement répondu qu'elle refusait de se désigner un leader. ''C'est un signe très important car cela signifie que l'on ne veut pas personnaliser la révolte et que l'esprit civique des Roumains a mûri'',ajoute Vintil? Mihailescu. ''Il n'est en effet pas question que de politique, complète l'analyste Sorin Ioni??. Cet élan social révèle un désir profond de réforme dans toute la société, notamment dans le domaine des affaires, qui est aussi lié à la corruption. Il va falloir analyser au calme ce qu'il se passe.''

Mais qui sont ces Roumains qui répondent aux appels lancés sur les réseaux sociaux et bravent le froid pour envahir la rue ? ''La société roumaine possède dans son ensemble un profil psycho-culturel collectiviste. En d'autres termes, elle se compose de groupes basés sur des relations familiales ou amicales. Malheureusement, ce système a été défiguré par la corruption rendue possible par le népotisme, analyse le psychologue Daniel David. La jeunesse, par contre, semble avoir embrassé un profil psycho-culturel autonome : un modèle basé sur les individus, qui se solidarisent en communauté sur la base de valeurs communes. Je pense que les jeunes qui sortent dans la rue souhaitent que leur société se synchronise avec la modernité européenne et cela passera par un changement du profil psycho-culturel de l'ensemble de la société.'' Conflit de génération ? Le sociologue Vintil? Mihailescu n'en est pas sûr. ''Les jeunes qui sortent dans la rue ne sont que le sommet de l'iceberg. Car leurs parents et leurs amis sont derrière eux, dit-il. Ce mouvement est né d'un choc émotionnel et non pas politique ou intellectuel et c'est ce qui va le faire aller très loin.''

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 9 novembre 2015

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